« La littérature africaine, comme ses écrivains, a son histoire qui n’est pas celle de la France »

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Nous apprenons, ce 28 février, le décès d’une grande dame de lettres, professeure à l’Université de Dakar, Lilyan Kesteloot. Elle travaillait depuis les années 1950 sur les littératures africaines francophones. Elle nous partageait régulièrement ses lectures sur Africultures, qui ne sont pas encore toutes publiés, et nous offrait, il y a encore quelques jours une réflexion sur la francophonie en écho aux débats de ces dernières semaines. Le voici.

« D’une francophonie, l’autre ». 

La francophonie est l’objet nombreuses critiques de la part des écrivains africains, comme Véronique Tadjo qui est l’un des contributeurs. Ce débat est autour des enjeux idéologiques et politiques de la francophonie, depuis que le président de la République française a proposé à Alain Mabanckou de contribuer aux « travaux de réflexion » qu’il souhaite « engager autour de la langue française et de la Francophonie »

Sans faire de la langue française une  »langue africaine », je m’associe totalement à la tribune de Véronique Tadjo dont le diagnostic sur l’état du française est hélas tout à fait exact ! Nous qui vivons et enseignons en Afrique, constatons tous les jours la dégradation du français parlé, comme écrit de nos étudiants universitaires… qui vont aller enseigner dans les collèges et lycées.

C’est un grave handicap pour leur avenir professionnel hors de l’éducation nationale… et pour leurs futurs élèves… n’en parlons pas !

Comment redresser ce niveau dangereusement bas ? C’est cela que devraient étudier les instances de la francophonie… plutôt que de faire de la politique.

En revanche, peut-on encore aujourd’hui traiter le français en butin de guerre ? Cette expression utilisée par Césaire, Mongo Beti et d’autres, nous semble anachronique, car les intellectuels d’alors s’en sont servis dans un retournement contre le colonisateur. Mais aujourd’hui, il s’agit d’un simple outil d’instruction et de communication indispensable. En attendant les programmes d’enseignement, la promotion publique et culturelle de nos langues nationales.

Dans l’urgence, la langue française est un instrument, comme la voiture qu’il s’agit de bien conduire pour arriver, ayant code et permis qu’on peut traduire en différentes langues. C’est sans doute l’écrivain Boubacar Boris Diop qui correspond à cette image lorsqu’il écrit en wolof pour les locuteurs wolof. Et  traduit ensuite en français afin d’élargir son lectorat d’abord en Afrique francophone, et puis bien ailleurs. Véronique parle aussi de la littérature africaine (dont elle est un beau fleuron). Là aussi, elle a pleinement raison, et représente bien, je crois, la majorité des Africains « locaux » qui écrivent, ainsi qu’une partie des « voyageurs » ou « émigrés », tels Gaston Paul Effa,  Sony Labou Tamsi, Hemley Boum, Tanella Boni, Nafissatou Dia, Ken Bugul, Aminata Sow Fall, Felwine Sarr, sans parler des tout grands comme Boris Diop et Tierno Monenembo. La littérature africaine, comme ses écrivains, a son histoire qui n’est pas celle de la France. Il n’y a pas de mal à cela !

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