L’ivoirité, ou les dérives d’un discours identitaire

Entretien de Soeuf Elbadawi avec Sidiki Kaba

Dans une correspondance adressée le 17 décembre 2000 aux lecteurs d’Africultures, Tanella Boni résumait la situation en ces quelques mots : ” Les hommes politiques veulent être les représentants de ce peuple qui, en Côte d’Ivoire, est en train de devenir une chimère. D’abord parce que ce peuple ne s’exprime plus au singulier. Ce peuple n’est plus un seul peuple. Il est divisé du point de vue des rêves, des émotions, des passions, des désirs. Le peuple divisé ne regarde plus dans la même direction. Bien au contraire, il s’entre-déchire. Pendant ce temps, les hommes politiques se donnent “l’accolade du bélier” comme s’ils se caressaient les tempes sur fond de traîtrise et de calomnies “.

Elle comme d’autres ne faisaient alors que nommer cet ” innommable “ qui les gagnait au quotidien. Personne ne sait quand une société bascule du discours identitaire à la barbarie. Au Rwanda, le conflit hutu/tutsi a fini par un génocide. En ex-Yougoslavie, les Serbes et les Croates ont connu la tragédie de la purification ethnique. Les mots aboutissent parfois au bain de sang. On sait comment ça commence. On ne sait jamais jusqu’où ça peut aller. Ce qui autorise certains à vite pointer les dérives possibles, dès lors qu’un conflit identitaire prend des proportions inattendues. Avec près de 30 % de sa population considérée comme étrangère, la Côte d’Ivoire a vu se multiplier les dérives identitaires sur son sol dès la mort de Félix Houphouët Boigny. Sous prétexte de m...

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