L’urgence de dire

En 2013, Julien Mabiala Bissila publie Crabe rouge (1), qui traite de la guerre civile au Congo-Brazzaville et de la dictature de Sassou Nguesso. Le texte est consacré à l’affaire des disparus du Beach, du nom du débarcadère fluvial de Brazzaville. En mai 1999, des dizaines de personnes fuient la guerre civile au Congo, se réfugient en RDC, avant de disparaître à cet endroit. Julien Mabiala Bissila retisse le récit d’un rescapé. Dans une interview à Africultures, il confie : « En France, on parle de censure, mais au pays, on ne nous censure pas. On nous hachure. Ce n’est pas une oeuvre qui est censurée, c’est son auteur. Il disparaît. Seuls quelques auteurs n’ont pas peur d’en parler […] Car parler de « ces choses-là » est toujours risqué. Quelle que soit la fable« . Témoignage.

« Je peux le dire, Crabe Rouge, voilà le texte qui m’a fait dire : tu peux écrire. Et depuis, j’écris. À Brazzaville, quand on est un enfant qui a eu la chance de passer sur les bancs de l’école, on aime les auteurs, les livres, on imagine les écrivains comme des dieux, des gens intelligents. À savoir : les ministres du Congo sont presque tous des écrivains. Alors, on tente dans notre chambre d’enfant, d’écrire comme Aimé Césaire ou Maxime Ndebeka ou Henri Lopès. Ce dernier est ambassadeur du Congo en France, et écrivain. « Un exemple de réussite » te dit ton père ou ta mère… On imite leur plume. On écrit des nouvelles en secret. On n’ose surtout pas dire qu’on écrit. Il faut un choc, un déclic. Il faut un jour que ton ...

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Julien Mabiala Bissila aux Francophonies en Limousin
© Soeuf Elbadawi / Fonds W.I
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