Mamadou Maboudou Gnanou : « Se diversifier dans l’audiovisuel »

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Principaux films produits

Longs métrages. 2008 : Ouaga battle
2012 : Entre le cœur et la raison

Documentaires. 2010 : Initiation aux masques de Boni
2012 : Exploitation Minière au Burkina Faso Etat des Lieux et Perspectives (2*52’)
Séries télévisuelles
2006 : Arts d’Afrique
2015 : Sentiments en otage (4 ép. de 20 à 24’)
2017 : Bibata, la cité de la passion

Réalisateur et producteur burkinabè autodidacte, Mamadou Gnanou se passionne pour le cinéma dès son enfance. Il se forme sur le terrain par de nombreux stages, en commençant par la technique, afin d’apprendre les différentes facettes du métier. Produisant aussi bien des documentaires, des séries télévisuelles que de la fiction, il s’intéresse aussi bien aux problèmes de son pays qu’à la vie en société, notamment celle des jeunes, dont il contribue par ailleurs à produire les films.

Comment êtes-vous arrivé au cinéma ?

Depuis le lycée je fréquentais les cinéastes sur les plateaux de tournage pour faire des stages, et après je me suis engagé personnellement pour apprendre les métiers du cinéma. J’ai suivi mon chemin, de stages en stages, également auprès des chaines de télévision, où j’ai acquis une certaine expérience. Je me suis beaucoup documenté, je n’ai pas fait une formation académique en tant que telle. J’ai beaucoup lu, je me suis beaucoup investi jusqu’à ce que je comprenne le fonctionnement du cinéma de manière générale. Je dirai que cette formation m’a permis aussi d’aboutir à la réalisation et de produire pour d’autres personnes. Je fais aussi la production pour des jeunes qui veulent s’exercer, s’essayer, qui ont du talent. Je suis un autodidacte mais ça ne m’empêche pas maintenant de souhaiter une formation, parce que je suis en train d’explorer mes limites et il est toujours nécessaire d’avoir un autre regard et de se recycler. Les temps évoluent, les méthodes de travail évoluent aussi.

Je suis producteur et réalisateur, et avant que ça ne soit une profession réelle pour moi, je n’ai jamais su faire quelque chose d’autre que le cinéma bien qu’on dise que ça ne nourrit pas son homme. Je me débouille par moi-même et je ne suis pas aussi un salarié de l’Etat, même si généralement les cinéastes au Burkina sont dans la fonction publique. Cela leur permet d’avoir un salaire mensuel pour vivre et exercer le métier du cinéma à côté ; ce qui veut dire que le métier n’est pas indépendant et ne permet pas à quelqu’un de vivre. Je fais partie de cette génération qui a lutté avec beaucoup de difficultés, parce que ce n’est pas facile pour arriver à produire des œuvres et essayer de les exploiter suffisamment pour vivre  de ce travail.

Dès l’enfance regardiez-vous beaucoup de films ?

Oui, enfant, je fréquentais les plateaux de tournage, et regardais de nombreux films. Tout petit, mes parents n’avaient pas de poste téléviseur. Mais à chaque rediffusion du film de Sembène Ousmane Le mandat ou un film africain, les voisins le disaient à mes parents pour que je vienne le voir chez eux. Ils savaient que je m’intéressais beaucoup aux films, surtout aux films africains. Très jeune  j’ai compris que j’avais cette fibre de vouloir m’investir dans ce métier.

Plus tard, j’ai fréquenté les salles de cinéma. Au Burkina Faso on ne peut pas être cinéaste sans les fréquenter. Le cinéma est dans la culture du burkinabè depuis longtemps, bien avant la révolution, grâce au Fespaco notamment. La culture du Burkinabè est d’aller au cinéma, c’est une habitude culturelle, et la plupart des gens vont au cinéma soit pour se distraire, soit pour accompagner quelqu’un, soit pour se donner rendez-vous. C’est pour ça que ça fait mal aujourd’hui de voir que les salles sont en train de fermer, qu’il y a moins de cinéphiles.

Au cinéma bien sûr des films m’ont marqué ; c’était des Django, des westerns et des Jacky Chan par exemple. Les films de karaté nous ont marqués, on les regardait régulièrement, mais on allait surtout voir ce qu’il y avait à l’affiche, comme des films de l’Inde également. On avait une passion pour tous ces films avant que viennent des films africains.

Comment êtes-vous rentré dans la profession ?

J’ai fait plusieurs métiers dans le cinéma, en commençant par assistant réalisateur, puis réalisateur, mais j’ai commencé par des stages à la technique. J’ai été électro au tout départ, pendant très longtemps avant de passer d’une branche à une autre pour pouvoir bien m’exprimer puis faire de la production. Il n’y avait pas de producteur, et à un moment donné, quand vous avez votre œuvre sous le bras et que vous faites le tour, vous cherchez quelqu’un pour produire, mais c’est très difficile. Donc c’est pour cela que j’ai essayé de produire ma toute première œuvre, Arts d’Afrique, un magazine culturel semi documentaire, qui faisait le portrait des artistes, musiciens, stylistes, artistes peintres, chorégraphes. L’œuvre a été diffusée un peu partout en Afrique parce que Canal France International (CFI) a coproduit avec moi et m’a fait des préachats. J’ai enchainé par une production avec la télévision nationale du Burkina.

D’où venait l’argent de vos productions ?

Ma première œuvre a été réalisée à Abidjan en Côte d’Ivoire où j’étais en coproduction avec le Ministère de la culture, qui m’a équipé avec tout le matériel, et m’a aussi fourni des techniciens pour pouvoir tourner. Pour les déplacements des techniciens, la restauration et la communication, cela a été sur mes fonds propres que j’investissais dans la production, sans aucun apport extérieur.

Ensuite pour mes sources de financement j’essaye toujours d’investir, avant de chercher l’apport des autres. J’essaye de coproduire pour au moins garantir le matériel, avec un apport personnel qui me permet de travailler, de payer les techniciens et les comédiens. Mon principal partenaire financier c’est le Ministère de la culture du Burkina, qui apporte un peu. Je soumissionne aussi à des appels, comme l’OIF.

Pour les longs métrages, il y a un peu l’exploitation des films en salles et les chaines de télévision. Mais pour pouvoir amortir nos œuvres, les ventes en DVD, et maintenant en ligne sur le net sont des voies à explorer pour pouvoir nous en sortir. Je suis en train d’étudier quels moyens il faut avoir pour faire de la vente en ligne avant qu’ils ne soient diffusés sur les chaines de télévision. Mais la difficulté majeure c’est la distribution, parce que même au Burkina il n’y a pas de distributeur professionnel. Moi-même j’ai fait un peu la distribution, mais qui  se limite aux  salles de cinéma du pays ; je n’ai pas cette habitude d’approcher la télévision pour pouvoir leur proposer des œuvres. J’espère qu’avec la dynamique actuelle de la réorganisation du système cinématographique au Burkina Faso, il y aura des formations destinées aux étudiants qui veulent se spécialiser dans la distribution.

Quelles sont vos productions ?

Dans ma structure, les Films du Yona, je travaille avec deux personnes permanentes, un secrétaire et un régisseur, mais j’embauche quand un projet se met en route. J’ai donc produit ma série de magazines de près de 50 épisodes ; en 2008 j’ai fait un long métrage de 90mn sur le hip hop, Ouaga battle d’un coût d’environ 38 millions de FCFA, puis un film documentaire qui retrace l’initiation des masques dans une région qu’on appelle Boni (Initiation aux masques de Boni, 2010). Il a été suivi en 2012 d’un long métrage, Entre le cœur et la raison.

J’ai ensuite fait deux documentaires de 52mn sur l’exploitation minière au Burkina Faso (Exploitation Minière au Burkina Faso. Etat des Lieux et Perspectives, 2012), et d’autres petits documentaires de 26mn toujours sur l’exploitation minière, sur l’orpaillage, sur la désintoxication, etc.

J’ai fait une série parce que j’ai toujours quelque chose à dire, et pour parler des mines, il y a plusieurs thèmes et plusieurs domaines qu’il faut explorer pour comprendre. Quand on dit « les mines », il y a l’industrie minière, il y aussi l’orpaillage. Quand je m’attaque à un sujet je préfère approfondir pour que celui qui suit mon film puisse le comprendre complètement. Pour le financer, j’ai eu un soutien auprès de la Chambre des mines, et par la suite l’œuvre a été vendue à Canal France International, pour un petit prix mais ça démontre la valeur de mon travail qui a été reconnue quelque part.

Ensuite, j’ai fait encore un long métrage qu’on a traité en série, Sentiments en otage, qui évoque la vie sentimentale des jeunes. Et ma dernière production est une série télévisuelle, Bibata ou la cité de la passion, a bénéficié d’une subvention du ministère de la culture, des arts et du tourisme. Bibata est une belle femme jouée par Guiré Alizeta, comédienne de profession, et le film a été tourné à Ouagadougou, mais il aura une suite probable dans un pays voisin. Les acteurs principaux du film sont tous burkinabè et j’en suis le réalisateur comme pour la plupart de mes œuvres.

Aujourd’hui quelles sont les qualités pour être un producteur au Burkina ?

Je produis des jeunes, comme récemment, un court métrage sur  sur la vie des femmes homosexuelles. Pour être un producteur au Burkina je dirai qu’il faut savoir faire deux choses : ne plus se lancer comme moi uniquement dans le cinéma, mais se diversifier dans l’audiovisuel. Et il faut le faire avec les reins solides, c’est à dire avec les moyens nécessaires, ou bien avoir des revenus à côté pour se permettre de pouvoir produire de temps en temps.

Je suis très optimiste pour mon avenir personnel, avec beaucoup de films à produire chaque année, beaucoup de réalisateurs différents, beaucoup de jeunes. Je suis très ambitieux, je sais que je vais y arriver, mais je dois faire autre chose pour pouvoir me financer. Ce métier nécessite de l’argent, il faut donc trouver une bonne subvention, un bon soutien bancaire et puis se lancer ; rien n’est impossible.

Propos recueillis par Sofia Elena Bryant et Claude Forest à Ouagadougou en mars 2017 ; entretien réalisé par Claude Forest.

 

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