Marie-Denise Douyon (Haïti)

Peintre
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Comment échapper à l’étiquette  » peintre ethnique  » ? Une peinture inscrite socialement et attentive aux femmes.

 » À Montréal, on donne très peu de moyens aux artistes. Mais comme on le sait tous, ce n’est pas un métier lucratif de toute façon, alors il faut vivre avec. Ce qui est difficile, c’est de conjuguer sa créativité avec des emplois alimentaires. Comme je suis graphiste, je suis déjà sujette à de nombreuses contraintes imposées par le client ou l’employeur, le marché ou la mode. En peinture, c’est pareil. Quand on a un style qui n’entre pas dans le cadre des tendances classiques occidentales, on est étiqueté peintre ethnique. Quel mot ! Mais bon, il vaut mieux s’en servir comme tremplin. Mais quand même, le milieu devient – avec cette étiquette collée dans le dos – plus étroit, plus limité. Enfin, n’oublions pas non plus que Montréal n’est pas la ville la plus hot en terme d’art moderne. Ce n’est pas tout à fait considéré comme une plaque tournante. L’idéal serait comme pour un écrivain, de vivre ici, d’y avoir un atelier, et d’être distribué ailleurs dans le monde.
Le réseau des galeries est très fermé. Il ne fonctionne qu’à partir du bouche à oreille ou peu s’en faut. La communauté haïtienne de Montréal m’accueille quant à elle chaleureusement. Elle m’apporte du support… et achète des toiles. C’est sûr que les sujets que j’aborde, les événements auxquels je participe, les interpellent. Seulement je ne pense pas être juste bonne à cataloguer dans cet ordre d’idées. Je crois vraiment que ma peinture va au-delà des personnages, au-delà des étiquettes. Je visionne mes créations par série, au gré des expositions prévues, et j’en change d’une fois à l’autre. Je peux poser un regard social sur un événement qui me marque particulièrement. Ainsi, dernièrement, j’ai réalisé  » Viol au dessus d’un nid de coucous  » qui s’inspirait du viol d’une jeune haïtienne qui avait été médiatiquement et socialement justifié par son origine culturelle. Dans l’absolu, les femmes demeurent mes sujets de prédilection. Ce n’est pas une volonté de révolte, ce serait plutôt une apologie en hommage à ces femmes qui luttent silencieusement, courageuses, fidèles à leurs idéaux, qui élèvent leurs enfants, qui sont solidaires. Ce sont véritablement elles les piliers de la société. « 

Marie-Denise Douyon. Née en 1961 à Port-au-Prince (Haïti), Marie Denise Douyon a passé son enfance au Maroc, étudié aux Etats-Unis, est revenue à Haïti en 1987 avant de s’établir au Québec en 1990 où elle travaille comme illustratrice et graphiste. Elle intègre dorénavant aux titres de ses oeuvres des proverbes et maximes de diverses cultures.///Article N° : 715

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