Mayotte : poétique de la langue

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À Mayotte, le collectif Shime oeuvre depuis 1998 pour la reconnaissance des langues régionales à l’école et dans l’ensemble de la société. Puisant dans les imaginaires, contes et chants de l’île, Shime a choisi la poésie comme médium.

Le 21 février dernier, comme tous les ans, le collectif Shime donnait le ton à la journée internationale de la langue maternelle. À Mamoudzou, chef-lieu de Mayotte, tout un chacun pouvait ainsi s’improviser poète à travers un concours en shimaoré ou kibushi, langues de l’archipel des Comores dérivant du kiswahili. Le shimaoré serait en train d’être abandonné au profit du « shizungou », mêlant un français mal usité et shimaore. Le kibushi est quant à lui une variante mahoraise du malgache avec des racines austronésiennes. « Dans l’île de ma naissance, Mayotte, on nous demande depuis très longtemps d’aimer ce qui vient de l’extérieur et de bannir notre culture, nos langues à l’école. La mise en avant de la poésie sur le thème de l’amour, cette année, est une manière de séduire toute une génération de Mahorais qui ont tourné le dos à leur culture et leur
langue », explique Spelo Rastami, président du collectif. À travers la poésie, elle qui est « expression de la liberté de chacun », l’homme espère que les Mahorais devancent ainsi les institutions en redécouvrant la valeur de leurs langues, car dans les écoles de l’île, la langue française semble seule, avoir droit de cité. Crée en 1998 par des enseignants de l’hexagone souhaitant apprendre le shimaoré, rejoint un an plus tard par Spelo Rastami, le collectif oeuvre pour que le shimaoré et le kibushi soient un appui à l’enseignement scolaire. Ainsi, entre 2001 et 2010, Shime a mené des projets de recherche-action sur plusieurs écoles pilotes où l’enseignement était proposé en langue régionale. L’évaluation a montré d’excellents résultats de la part des élèves de ces établissements. Pourtant, bien qu’initiées par le vice-rectorat, les conclusions de ces recherches n’ont pas eu de suites et tous les regards restent rivés sur la langue française. « Les résultats d’ici sont très négatifs, l’acharnement pédagogique ne peut pas continuer. On ne peut pas demander aux enfants d’entrer dans l’école de la République à condition qu’ils laissent de côté leur langue et leur culture. On ne bâti pas une langue étrangère sur les ruines d’une langue maternelle », martèle Spelo. À contre-courant, le collectif s’adresse aux Mahorais eux mêmes, et notamment aux jeunes, dont les moins de 18 ans forment plus de 65 % de la population.
Valoriser les langues
La poésie est alors un biais pour aborder la langue, son orthographe, sa grammaire, sa structure, de manière plus charnelle ou « succulente » comme aime le dire Spelo. C’est d’ailleurs ainsi qu’il a
nommé son émission, dans sa traduction en shimaoré Zalada, diffusée sur Mayotte 1re sous la forme d’un espace ouvert à celui qui souhaite écrire et déclamer sa poésie. En parallèle, une autre émission Wusoma shimaoré (« Tu apprends le shimaore »), porte un objectif plus clairement pédagogique. Présent aussi dans les villages mahorais avec ses ateliers d’écriture, le collectif puise dans les chansons et danses traditionnelles comme le deba, pour lier langue, poésie et culture maternelle. Langues d’avenir, le shimaoré et le kibushi le sont aussi, il suffit de tisser le fil de leurs origines. De la famille des langues swahilies, le shimaore offre des opportunités dans le domaine des échanges économiques et culturels avec une grande partie de l’Afrique orientale et australe. « Nos langues régionales sont des langues internationales. Et ça m’étonne que la grande France ne voit pas cette opportunité qui existe chez nous pour s’ouvrir » soupire Spelo.

Plus d’infos :
http://mayotte.la1ere.fr/emissionsradio/za-lada///Article N° : 12802

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