Noirs et esclaves en Colombie

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Conservé aux archives générales, le fonds documentaire sur l’esclavage, Noirs et esclaves, inscrit en 2005 au programme Unesco Mémoire du Monde, est un fonds d’importance capitale pour l’étude de l’esclavage en Colombie. Il contient aussi des documents sur l’ancien royaume de Nouvelle-Grenade, un territoire immense qui incluait le Venezuela, le Panama et l’Équateur d’aujourd’hui.

Le fonds documentaire de Colombie, appelé Noirs et esclaves, compte 55 dossiers, d’à peu près 1 000 pages chacun, environ 55 000 pages en tout. Ce fonds a été organisé selon les critères du XIXe siècle, des critères thématiques. Il inclut une documentation qui porte sur l’esclavage dans le royaume de la Nouvelle-Grenade, du milieu du XVIe siècle au début du XIXe siècle. Nous disposons d’un autre fonds intitulé Les Chefs et les Indiens, qui comporte des archives sur les souffrances de l’esclavage vécues par les groupes d’indigènes dans l’époque pré-hispanique. Les Anaconas – des Indiens qui étaient des prisonniers de guerre réduits en esclavage – y expriment leur douleur. Tout cela constitue nos premières sources pour écrire l’histoire de l’esclavage.
Il existe des subdivisions géographiques à l’intérieur du fonds : par pays voisins de la Colombie ou par province de la Colombie. Nous avons tout mis sous microfilm puis mis le fonds en ligne. Ces documents servent à enseigner ce qu’était l’esclavage, par exemple le contrat de vente d’une esclave de 13 ans, vendu au prix de 200 pesos et qui comporte la marque apposée ensuite sur le corps de l’esclave, ou un document signé par une propriétaire d’esclaves, ou un autre qui montre comment on mesurait les esclaves quand ils arrivaient au port. Grâce à ce document, nous avons pu reconstruire la règle avec laquelle on mesurait les esclaves et ainsi négocier leur prix. Nous avons également un fonds important aux Archives régionales de Boyaca, ainsi qu’aux Archives centrales de Cauca, à Popayán, que nous avons mis en ligne.
Le fonds Manumission regroupe la documentation produite sur les affranchissements d’esclaves. En 2001, nous avons célébré les 150 ans de l’abolition de l’esclavage. À cette occasion, nous avons réalisé une exposition. À partir de documents, nous avons construit, de la façon la plus fidèle possible, des instruments de torture et des chaînes d’après des dessins de l’époque. Nous avons reconstruit la règle avec laquelle on mesurait les esclaves quand ils arrivaient au port et la muraille de Cartagena, sur laquelle les esclaves avaient gravé des symboles tribaux. C’est une exposition itinérante dans laquelle, selon la région visitée, nous mettons en valeur certains documents.
Parmi nos actions, celle qui implique que le visiteur « vive » pendant quelques instants le fait d’être attaché comme un esclave. Par exemple, le visiteur met les chaînes d’esclavage. Nous avons reproduit les instruments pour marquer l’esclave, comme la marque du roi au XVIIIe siècle. Le visiteur marque sur la poitrine et sur le dos un mannequin représentant un esclave. Il ne s’agit pas d’une apologie de la douleur. Notre idée est de montrer un processus que les Colombiens ignorent aujourd’hui. Les élèves n’en reviennent pas qu’on ait pu faire une telle chose à un être humain. L’exposition s’est enrichie au fil de son parcours, de son itinéraire, de ville en ville. Notre idée est de monter cette exposition partout dans notre pays, de sorte que tous les élèves comprennent l’esclavage et qu’ils reconnaissent l’existence de la population afro-colombienne. Nous souhaitons présenter l’exposition dans tous les pays qui ont participé à la traite négrière pour toucher le plus large public. Notre objectif n’a pas été de monter un spectacle de cirque mais de créer un instrument pédagogique pour que les jeunes prennent connaissance et conscience de ce qu’a été l’esclavage.

///Article N° : 11545

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