« Nous croyons en l’impact que les arts peuvent permettre dans nos sociétés »

Entretien de Claire Diao avec Lien Heidenreich-Seleme du Goethe Institut

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Depuis plusieurs années apparaissent au générique de nombreuses créations culturelles africaines un logo : celui du Goethe Institute. Équivalent des Instituts Français version germanophone, 18 Goethe Institute mènent depuis 1961 en Afrique une politique de coopération culturelle avec l’Allemagne. Lien Heidenreich-Seleme, directrice des programmes d’Afrique sub-saharienne à Johannesburg (Afrique du Sud), nous explique les actions de cette institution allemande

Créé en 1951, le Goethe Institute s’est déployé en Afique à partir de 1961 (1).Vous avez rejoint le Goethe Institute en 2004. Quelle évolution observez-vous dans la coopération culturelle entre l’Allemagne et l’Afrique depuis 10 ans ?
La coopération culturelle entre l’Allemagne et les pays du continent africain s’est définitivement renforcée depuis dix ans. En 2008, l’Office fédéral des affaires étrangères allemand a initié le « Aktion Afrika », mettant ainsi des fonds à disposition des Goethe Institute pour mener des projets dans des domaines tels que l’éducation supérieure et la formation, mais aussi pour intensifier les échanges culturels entre l’Afrique et l’Allemagne. Nous sommes également très impliqués dans le soutien des structures locales et la promotion des échanges intra-africains à travers des programmes comme Moving Africa, par le biais duquel nous invitons des artistes africains à des festivals du continent. Nous avons aussi bâti de nouvelles structures viables pour la coopération avec de nouveaux Goethe Institute en Angola, au Rwanda, en Tanzanie et un nouveau bureau de liaison au Burkina Faso. En 2015, nous ouvrirons de nouveaux bureaux de liaison à Kinshasa en République Démocratique du Congo. Tous ces développements sont très enthousiasmants.
Qu’est ce qui définit les pays dans lesquels les Goethe Institute sont basés ?
Nous aimerions, bien entendu, être présent dans tous les pays du continent africain. Nous avons des Goethe Institute dans les principales villes d’Afrique sub-saharienne comme Johannesbourg, Lagos et Nairobi. Dans les pays où nous n’avons pas de Goethe Institute, nous soutenons des structures locales à travers des projets. Par exemple, au Mali, à Madagascar, au Mozambique, au Zimbabwe ou en Ouganda, nous soutenons des sortes de « Goethe Institute », des structures locales qui travaillent en accord avec nos lignes directives et qui participent aux réunions de nos réseaux régionaux.
Quelles sont les particularités et les points communs de ces 18 Goethe Institute installés en Afrique du Nord, Afrique de l’Ouest, de l’Est et en Afrique australe ?
En tant qu’institut culturel allemand, les Goethe Institute de toute l’Afrique ont trois principales activités : l’enseignement de l’allemand, la coopération culturelle et une bibliothèque, service d’informations. Nous coopérons avec des partenaires locaux dans les pays d’accueil pour développer ces trois activités de la façon la plus appropriée.
Lequel de ces Goethe Institute sert de référent à votre siège social basé à Munich ?
Il y a deux offices régionaux en Afrique qui coordonnent les Goethe Institute dans leur région et en réfère au siège social de Munich. Ainsi, le Goethe Institute de Johannesbourg (Afrique du Sud) coordonne l’Afrique sub-saharienne, et celui du Caire, l’Afrique du Nord.
Qui travaille dans ces Goethe Institute : des expatriés ou du personnel local ?
Les employés des Goethe Institutes sont un mélange de fonctionnaires allemands et d’employés locaux.
Qui finance, en Allemagne, les projets culturels que vous développez en Afrique ?
Les Goethe Institutes reçoivent des fonds de l’Office fédéral allemand des affaires étrangères. Les cours de langue permettent d’engendrer des revenus supplémentaires. Il y a également une gamme de fondations publiques et privées et de sponsors avec lesquels nous coopérons pour réaliser nos programmes.
Quel est le budget annuel moyen d’un Goethe Institute qui soutient des projets culturels en Afrique ?
Cela varie considérablement.
Entre la danse, le théâtre, la littérature, le cinéma, les arts plastiques, l’architecture et la musique, y a-t-il des domaines davantage soutenus par le Goethe Institute et pourquoi ?
Nos Départements de programmes culturels se concentrent sur une variété d’approches artistiques différentes, des arts visuels au théâtre, de la danse à la littérature, au cinéma, etc. Notre objectif est de soutenir la scène culturelle locale, renforcer le dialogue panafricain à travers les arts et favoriser les liens avec l’Allemagne. Un aspect-clé de la manière dont les Goethe Institute travaillent est la formation de partenariats avec des institutions existantes, la favorisation de réseaux par le biais de coproduction, le renforcement de capacités et la présentation de productions de haut niveau. Le Goethe Institute est une entité autonome qui fournit des espaces libres et renforce les liens, sans pousser une idéologie ou un programme particulier autre que notre croyance en l’impact que les arts peuvent permettre au sein de nos sociétés. Le Goethe Institute fournit une plateforme inclusive qui permet d’impliquer un grand nombre de projets d’artistes, avec des gens de tous horizons. Nous choisissons de travailler sur des projets qui non seulement testent nos limites mais créent fréquemment des ponts et déconstruisent des croyances bien ancrées avec des contenus provocateurs et expérimentaux. En quatre ans, nous avons choisi des thèmes globaux avec lesquels nous nous sommes connecté. A partir de 2015, les thèmes seront l’avenir, l’urbanisation et la participation. Dans le domaine de l’avenir, nous travaillons en Afrique subsaharienne sur un projet interdisciplinaire baptisé « Futurs Africains – Science-Fiction en Afrique » qui engagent les artistes qui ont travaillé avec la notion de futur en Afrique. Autour de la thématique de la participation, nous allons notamment nous engager, sur des projets culturels auprès de la population LGBT (2) de plus en plus marginalisée en Afrique.
Ces dernières années, le Goethe Institute a soutenu de nombreux projets cinématographiques africains, notamment en Afrique du Sud, au Kenya ou au Soudan. Quel est son objectif ?
A travers notre investissement dans des projets cinématographiques, nous espérons créer des réseaux et des conditions pour que les cinéastes africains puissent continuer de produire des films de bonne qualité, pertinents pour le public du continent et d’ailleurs. Nous soutenons par exemples des programmes qui encouragent la mise en réseau comme la Berlinale Talent Durban et le Durban Film Mart (3). Le Goethe Institute d’Afrique sub-saharienne s’est également investi dans le projet de courts-métrages African Metropolis, de la phase de conceptualisation à l’accompagnement de la distribution internationale des films achevés. Ce projet a abouti à la production de 6 courts-métrages africains de fiction tournés dans 6 métropoles africaines et a été accueilli dans de prestigieux festivals de cinéma comme le Durban International Film Festival ou le Toronto International Film Festival. Des projets comme African Metropolis ont permis au Goethe Institute d’apporter sa contribution au développement d’une industrie cinématographique indépendante sur le continent africain, d’être investi dans la production de courts-métrages qui représentent les villes, les préoccupations et les sociétés africaines contemporaines, tout en participant à l’enrichissement d’un débat culturel sur le continent africain.
Comment l’Allemagne définit sa politique culturelle par rapport à celle de la Francophonie ?
Notre manière de travailler en Afrique francophone est exactement la même qu’en Afrique lusophone ou anglophone.

Propos recueillis et traduits de l’anglais par Claire Diao

(1) A Lomé au Togo, Yaouné au Cameroun et Accra au Ghana.
(2) LGBT : terme désignant la communauté lesbienne, gay, bisexuelle et transexuelle, NDLR.
(3) Depuis 2008, le Durban International Film Festival (Afrique du Sud) organise un Talent Campus qui réunit 50 jeunes scénaristes, réalisateurs, producteurs ou critiques de cinéma d’Afrique sur le modèle du Berlin Talent Campus du Festival de Berlin (Berlinale). Le Durban Film Mart, créé en 2009, est quant à lui un marché du film qui permet aux producteurs de trouver d’autres producteurs, des fonds et des partenaires pour mener à bien leur projet en développement.
///Article N° : 12705

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