Nouveau recueil poétique de Ondjaki

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Avec ce recueil poétique, ha gente em casa, (1) Ondjaki mène le lecteur sur des chemins déjà balisés dans les publications antérieures.  Le souvenir heureux de l’enfance ainsi que les formes et les conséquences de la corruption politique et administrative dans l’Angola d’aujourd’hui avaient fourni déjà le matériau des récits de Ondjaki tels que Os da minha rua (2004) et Os transparentes (2013) qui ont fait la renommée de l’écrivain. Mais la poésie n’est en rien une doublure de la prose en ce que cette thématique débouche sur une interrogation majeure concernant l’acte d’écriture, qu’elle que soit la forme à laquelle il aboutit.

Ondjaki n’est-il pas poète dès l’instant où il se penche sur ses années d’enfance ? Il n’est pas outrancier de dire que le passé est le centre de gravité de la plus grande partie de la production poétique, tous auteurs confondus. « Le poète est le génie du ressouvenir : il ne peut rien sinon rappeler, rien, sinon admirer ce qui fut accompli » notait Kirkegaard (2). Ondjaki est l’homme du retournement ; celui dont la visée première est de restaurer par une langue appropriée ce temps où l’enfant découvre son environnement ambiant, en parfaite harmonie avec les éléments naturels et les « gente em casa », en l’occurrence son grand-père pêcheur et épisodiquement son père. Le premier n’est pas seulement le maître qui enseigne l’art de la pêche, c’est celui qui initie son petit-fils à l’éloquente beauté du monde en préparant son matériel de travail, en examinant l’état du ciel et de la mer afin de prévoir l’endroit et le moment opportuns pour lancer sa ligne ou ses filets. Mais quel que soit son geste ou son regard, jamais il ne montre une intention pédagogique ; transmettre son savoir-faire professionnel à  sa descendance n’est pas son souci premier, c’est de son propre chef que le poète note scrupuleusement les diverses étapes qui permettent de transformer le plomb solide chauffé dans une pièce d’argile creusée en son centre et munie d’une gouttière en une substance dont la consistance semi-liquide permettra de prendre la forme de petites billes qui vont lester de fil de la canne à pêche et maintenir l’hameçon à bonne hauteur :

à l’intérieur du poêle
d’où tu demandes de m’éloigner
Où tu portes avec toi du plomb en ébullition
Dont le parfum me donne la nausée
où nous marchons ensemble
dans cette lente procession

du feu à la forme
de l’ébullition à la terre cuite

Pareil changement d’état avait de quoi éveiller la rêverie d’un alchimiste ou d’un lecteur de Gaston Bachelard (3) mais l’approche d’Ondjaki demeure celle d’un enfant qui ne cesse de s’étonner de la précision gestuelle de l’aïeul et de sa prévention vis-à-vis du jeune garçon qu’il était alors. Dans tout cela, le dialogue est absent ; La prise de parole de l’aîné est rare :

voici que ton regard se met à choisir
les choses à dire
les choses du silence

Lorsque le vieil homme s’adresse à lui, c’est pour déterminer le temps qu’il va faire dans un futur proche ; il parle de la mer

et de la mer tu passes au vent
pour parler de maintenant, de la température d’aujourd’hui
pour ajuster le temps de demain

Le regard qu’il porte sur son environnement naturel obéit à une finalité purement matérielle – il s’agit de prévoir si la pêche du lendemain sera bonne. Car cet homme n’est pas un rêveur et ne cède guère à la méditation devant les cieux parsemés d’étoiles ou une mer reposée mais qui est sur le point de s’agiter dans les heures qui viennent. Il en va de même avec la fabrication du plomb de pêche qui fait l’admiration du jeune garçon quand il constate le passage

de la cendre liquide au sale-mouillé
où le plomb gagne la forme que tu lui as dessinée

du feu à la forme
de l’ébullition à l’argile
Le garçonnet n’oubliera pas non plus la précision du lancer par lequel Grand-père dispose les hameçons à l’endroit le plus opportun pour ramener le poisson ; il gardera en mémoire sa parfaite maîtrise de l’attente du moment optimal (p 43). Pareille activité se déroule dans un lieu immuable et ordonné de toute éternité :

Il perce le Kaombo
où il attachera la ligne épaisse
plus loin plus haut ils attacheront les hameçons
plus haut, la mer
au-dessus, la surface avec le soleil, les bières
Le bateau et vous
toi et mon père

et dans un temps que rien ne vient bouleverser
et c’est déjà
une sensation si ancienne :
Il y a combien d’années que cette ligne dure, le plomb
les trois hameçons, le poisson
ils t’appellent pour que tu sois
toujours – depuis d’années
le premier à attraper le premier poisson ?

Mais si la mémoire a le pouvoir de donner vie à ce qui a été, elle ne peut opérer une présentification intégrale. Ce manque fait apparaître une fissure que rien ne peut combler entre présent et passé :

Il fait Cacimbo à Luanda, grand-père, et tu n’es pas d’ici
Et ce potager n’est pas le tien
ni cette terre cuite, ni cette vigne

Les deux lignes temporelles s’enchevêtrent inexorablement, preuve qu’un mal-être permanent perturbe quiconque en fait l’expérience. L’adulte ne peut s’empêcher de se retourner vers cet « arrière-pays » (Yves Bonnefoy) où tout n’était que calme et bonheur. C e mouvement engendre une désillusion :

Les jours me brûlent
Je réinvente le monde

j’échoue

Ce sont là les premiers mots du recueil d’Ondjaki. Ceci n’est pas anodin. Car ils définissent le pourquoi du geste poétique en tant qu’il est un « montreur de choses passées » (4). Dans le texte qui retient notre attention, la nostalgie du temps de l’enfance est bien là mais elle ne déborde pas sur le désir pathologique de ce qui est perdu à jamais. Il s’agit seulement de donner forme à l’éloignement des choses ou des gens aimés en exprimant les scènes auxquelles l’enfant participait, les réflexions qu’elles suscitaient en lui -la fonte du plomb provoque une sorte de   nausée et concrétise la laideur (p 39) – et le sentiment que ces années se sont déroulées dans un monde unique de beauté et d’harmonie.

Rappeler ce qui est enfoui ne peut se faire sans médiation : la contemplation du ciel, de la lune, du lac le ramène « em busca da maresia » ( 20) c’est-à-dire à l’enfance passée au bord de la mer. Et revoilà l’adulte qui se revoit sur le bateau de l’aïeul :

l’ancre « lavanto » : pas trouvé, sans doute coquille pour « levanto » = « l’ancre levée »
le canoë est prêt
Attends moi le lac, si
près de la lune
Toutefois, le poète n’écrit pas pour commémorer le passé ; le matériau des sensations et des idées mémorisées n’est pas capté tel quel par l’écriture, il est travaillé en fonction de la situation présente et d’un passé supra-individuel qui refait surface sans même que l’écrivain le désire. La lune et le lac sont sexualisés ;

le corps de la lune
oublie qu’il a été jaune
s’allonge lentement
au-dessous de ce qu’est l’eau
au-dessous de ce qu’est la glace

Dans un environnement en tout point opposé à celui de son enfance, le poète retrouve non seulement des scènes vécues il y a des années mais « des idées très lointaines » (5) qui renvoient à des archétypes qui traversent la pensée humaine en tout temps. On sait que nombre de cosmogonies, que ce soit celle de la Grèce antique ou de telle ou telle société africaine, pensent la formation de l’univers à partir du principe d’engendrement humain en se représentant la naissance de la vie comme celle des principaux constituants du monde visible à partir de la copulation. Le souvenir prend donc de l’épaisseur en ravivant, par le biais de l’entreprise poétique, et sans qu’intervienne l’intention de les mettre à jour, certaines constantes des mythologies les plus archaïques. Ce faisant, l’auteur rencontre à son insu « les grands rêves « de l’humanité (Jung) grâce à « un onirisme naturel, originel » (6) qui, au niveau du poème, ranime des « images (qui) n’ont pas de passé (et) ne viennent d’aucune expérience antérieure » (7). Et l’une des vertus cardinales    du geste poétique tient à cette capacité de maintenir des liens avec un fond mythique et légendaire impersonnel mais qui se révèle être en prise directe avec la personnalité psychique et le présent vécu par l’écrivain.

Notons que ce retournement vers un passé à la fois personnel et supra -ou im-personnel n’est pas lié à un environnement géographique unique. Selon Bachelard, l’imagination « a la faculté de former des images qui dépassent la réalité «  (8)  si bien que tout naturellement (sans qu’aucune médiation soit nécessaire), le lac se transforme en gel et la lune conserve sa part d’humanité en fécondant l’élément aquatique. Toutefois ce changement de lieu amène un bouleversement dans la psyché du poète, lequel ne peut se détacher de ceux qui ont été ses proches durant ces jeunes années :

Je pénètre à l’intérieur, sans un mot
lentement, je pose la question :
Y a-t-il quelqu’un à la maison ?

Séjourner hors de son lieu d’enfance équivaut à un exil forcé. « As feridas falam » (ibid). Mais l‘expérience n’est pas de l’ordre de la nostalgie. Elle est riche de sens en ce qu’elle permet de mesurer la complexité de son monde intérieur. En contemplant le lac gelé, il ne fait pas que revivre les scènes de pêche avec Grand-père, il donne du corps aux sensations enfouies, telles ces voix et l’odeur de sel qui sont restées intactes en lui. D’autres voix semblent se lier à celles qui lui étaient familières ; cela peut être des « fantasmas » (pp 19-20) qui viennent phagocyter le parler de la mémoire et la ligne évolutive de la création poétique. Le « je » se révèle ainsi composite, c’est un « labirinto inacabado (p 22) fait d’une multiplicité d’instances sans qu’il soit possible d’y introduire une cohésion, un ordonnancement.

,             Face à  cet imbroglio, l’auteur éprouve l’abolition de son moi intime ; il se découvre étranger à lui-même ;

Je perds la vue
Cependant, s’il éprouve alors une grande déréliction, il ne s’abandonne pas pour autant à la morosité.  Car le futur proche et le lointain passé pèsent d’un poids égal sur le présent ; ils sont de force équivalente si bien que la puissance du souvenir des jours d’antan ne peut annihiler l’urgence du futur qui demande à être vécu :

demain est
un autre jour;
il reste peu aujourd’hui
pour demain

Demain ouvre à  de l’inédit sinon à de l’inouï. Le futur s’écrit à l’encre de la révolte la plus offensive. La partie du recueil intitulée Pessoas dénonce

les chaînes, la cellule
l’abus, le manque de respect
l’humiliation

Si le premier vers fait manifestement référence au temps de l’esclavage et plus tard, du colonialisme, les derniers visent le post-colonialisme d’après l’indépendance nationale dont les responsables sont assimilés à des « caninos ferozes » (p 27) qui font subir aux gens du peuple une exploitation (celle de leur force de travail) éhontée et .

Déshumanisante, les rendant « calados, inertes, vencidos » en les privant notamment du droit à la prise de parole dès l’instant où ils s’en servent pour se rebeller contre ce qu’on leur impose, que ce soit la spoliation des richesses nationales – le texte pointe « o  petroleo de todos …tomado por tao poucos » (p 29) – les ordres qu’ils reçoivent ou les  lois qu’ils sont tenus d’observer . Devant pareil état de fait, il est du devoir du poète de militer au sein même de sa création, pour une reconnaissance de l’humanité des sans voix. Par sa force de conviction et pour autant qu’il dise «  « numa so voz » (p 28) c’est-à-dire qu’il fasse corps avec les façons d’être et de penser de ces gens  privilégie, le verbe poétique a le pouvoir de les inciter à  dépasser leur misère économique et affective et de leur faire apercevoir son contraire. Ce faisant, Ondjaki emboîte les pas d’un Neto, d’un Nazim Hikmet et plus largement de toutes les voix qui ont choisi le camp des révolutionnaires ; il adopte les techniques stylistiques et typographiques éprouvées (répétitions, exclamations, choix du lexique, écriture en retrait, italique, blancs pour séparer les blocs de vers, parenthèses) qui visent à provoquer chez le lecteur l’ébranlement physiologique ressenti par l’auteur devant toute cette désespérance. « La poésie est incluse dans tout ce qui affranchit. Le plaisir poétique est le plaisir d’une libération » (9).

Cette dernière ne relève pas uniquement de la stratégie militaire ; elle est également prégnante dans le champ intellectuel. La dernière partie du livre en donne un exemple et pose la question ;

Raconter l’Afrique                          depuis le commencement
A partir de la fin

Cette interrogation n’est seulement d’ordre méthodologique et ne se pose pas uniquement au chercheur même si elle engage en totalité son travail dans une voie ou dans une autre. Elle est sous-tendue par une éthique intellectuelle c’est-à-dire un positionnement eu égard à l’état actuel des cultures du continent, celles-ci englobant toutes les strates de la vie (conception de la propriété terrienne et de la richesse, relation au milieu naturel, rapports entre générations, modes de transmission du savoir etc).  Ici est mise en cause toute l’idéologie attenant au capitalisme conquérant, fier de son développement, pour lequel  l’accumulation sans fin des plus-values constitue le but ultime des activités humaines et dont les conséquences se révèlent catastrophiques tant au niveau de l’exploitation irraisonnée du sous-sol que sur le plan de l’éducation ou de ce qu’on nomme aujourd’hui le vivre ensemble.

Depuis que l’esclavage a donné à la mer  « o cor de azul banhada » (p 56), la corruption a pris possession de l’Afrique. Tout est objet de tractations. Tout s’achète, y compris la terre. Aujourd’hui (depuis quelques décennies) la toute puissance de la finance induit un orgueil démesuré. Imbus de leur réussite matérielle, les nouveaux riches se montrent insensibles à la pauvreté de ceux-là même qui leur permettent de faire fortune.

Les principes les plus inaliénables (, le respect de la terre, de la vie et de la parole donnée) sont ainsi bafouées depuis des siècles (p 20). En introduisant une nouvelle échelle de valeurs où l’argent occupe le point suprême, le colonialisme a « cassé en deux l’histoire » de lAfrique. Hampate Ba ne s’y est pas trompé : « Aucun colonisateur n’est un philanthrope. Tous ceux qui colonisent ont un complexe de supériorité (…) La volonté de dominer était évidente (…) une grande perturbation dans le domaine culturel fut la rupture progressive de la transmission des connaissances traditionnelles. Jusqu’alors, cette transmission était assurée oralement d’une génération à l’autre par la filière des initiations africaines régulières, des initiations de métier et des écoles coraniques (…) Or, par tous les moyens. L’administration coloniale s’efforça de décourager leurs activités. (…) C’était grave car on étouffa toute velléité de créativité chez nos artisans (…) Traumatisme culturel (que) ce lent travail e dépersonnalisation qui s’accomplit au cours des décennies, au point que les Africains en arrivèrent à douter de leurs propres valeurs et à ne concevoir l’évolution ou le progrès qu’à travers l’imitation totale des colonisateurs, et ce dans tous les domaines » (10).

Néanmoins ce qui a été subverti n’est pas pour autant détruit. La remarque de Hegel selon lequel la négation maintient existants les deux éléments qu’elle relie trouve ici sa pleine confirmation. Pour éloigné qu’il soit des préoccupations actuelles de la majorité des gens, le mode de penser pré-esclavagiste n’est pas totalement effacé – le livre relève «  pela voz nunca calada dos mais-vehos » (p 62)  et il appartient au poète d’en restaurer le contenu.

Car avant les autres, il a pris conscience de ce que les Grecs nommaient le kaïros. Il a le sentiment que le temps n’est pas homogène du point de vue de l’action. Le toujours n’y règne pas en maître ; il est scandé par des moments opportuns pour entreprendre un geste inédit jusqu’alors. C’est parce que les masses populaires sont à bout de l’exploitation qu’elles subissent et qu’il y a des voix capables de contrecarrer l’efficace du discours oppressif émanant des représentants de la richesse (pétrolière) que l’espérance d’un temps neuf n’est plus du domaine de l’illusion.

Comment ces voix peuvent-elles confondre celles qui durant plus de trois siècles ont étouffé toute protestation ? En développant une rhétorique qui scande en divers points de l’énoncé une opposition frontale entre les deux temporalités (passé-présent), l’une étant l’inverse de l’autre en ce qu’elle déploie des normes contraires à celles revendiquées par l’autre instance. Ainsi Ondjaki oppose successivement le mot au geste, le livre à l’arbre, (p 55) la bible à la vérité (p 56), l’odeur de la mer au pétrole, l’horloge au le temps (p 59) la musique à la fantaisie (p 61) . Cette série de termes antithétiques a pour objectif de persuader le lecteur que la seule issue possible réside dans un rejet massif de l’état de société tel qu’il est aujourd’hui.

Une fois ce saut heuristique réalisé, on comprendra la nécessité d’approcher un ordre de vie qui soit en osmose avec les la nature ambiante et plus largement avec les fondements culturels les plus ancrés dans la tradition. C’est donc en percevant «a voz antes da grande viagem » (le départ des esclaves) (p 57) , en se réappropriant la parole ancestrale qu’on prendra la mesure de la «falsidade» (p 56) des relations (commerciales ou autres) entre les diplomates occidentaux ou les colons et les autochtones. De cette confrontation entre un passé trans-mémoriel et un présent historiquement daté, le premier terme est nécessairement le pôle fort. Il est perçu comme dépositaire d’une positivité première qui tient lieu d’étalon pour évaluer le mode d’exister introduit en terre africaine par le colonialisme. En cela il permet de prendre une pleine conscience des « mentira » (p 61) du fait colonial, de l’ « intrinseca ilusao » ‘p 56) de son discours, de « l’abuso», du « desrespeito», de « l’humilhaçao » (p 32) de ses pratiques.
*
Un tel travail de la pensée brise la continuité de la temporalité, de sorte que l’état présent des civilisation africaines n’apparaît plus comme le développement dans la durée des potentialités de l’âge pré-colonial mais comme une déviance mortifère de ses structures. La question fondatrice du texte :

Raconter l’Afrique                          depuis le commencement
A partir de la fin

prend alors tout son sens. Au lieu de partir du commencement (du premier état de civilisation) pour progresser vers la fin (l’état actuel) ; on jaugera l’aujourd’hui par rapport à ce qui fut en-deçà du phénomène esclavagiste. On verra alors que cet en-ça « os antes » (ibid) est «um tempo que engloba todos os tempos » (p 58) puisqu’il permet d’accéder à l‘essence de tous les épisodes qui lui succèdent c’est-à-dire de les évaluer à l’aune du «ponto cardeal humano » (p 62), en dépassant les antagonismes de l’Histoire.

Comment parvenir à intuitionner cet ordre des choses ? En révoquant tout jugement haineux, « tudo o que se constroi para atatcar o outro » (p 58). En retrouvant la plénitude d’être de l’enfant. En se délivrant de l’emprise de la phraséologie coloniale – «il faut réapprendre à penser » (12)  En laissant aller le corps devant la mer , la « rumor da foresta », le « sal » ‘p 61), le « vime » le « corpo da noite », la « nunca calada dos mais-velhos » (p 62). Ainsi la boucle est bouclée : les premiers émois de l’enfant sont l’élément déclenchant d’une réappropriation du passé de l’humanité le plus lointain car «na ponta dos gestos criativos / de uma criança» (p 62) se tient le futur dénué de toutes les vississitudes accumulées depuis l’instauration du «grand voyage».  Le jadis vécu pendant l’enfance permet de faire surgir l’originaire. Et la poésie (ou le faire artistique d’une manière plus générale) a ce pouvoir majeur d’opérer   un retour vers ce qui fut nous et en même temps de nous faire découvrir la demeure ancestrale dont nous sommes les derniers héritiers. Telle nous paraît être la leçon de ce grand recueil poétique.

Pierrette et Gérard Chalendar

 

Traductions réalisées par Célia Sadai.

(1) Ondjaki :  Ha gente em casa – Editorial Caminho – 2018 – 63 p.
(2) S. Kirkegaard : Crainte et tremblement – trad franç Edit Aubier –  1984 – p 16.
(3) On pense ici à l’étude de G. Bachelard La terre et les rêveries de la volonté
(4) Mallarmé : Poésies et autres textes – Livre de poche – 2013 – p 270
(5) Nietsche : Humain, trop humain – Edition Denoel-Gonthier p 150
(6) G. Bachelard : Poétique de l’espace p 90
(7) G. Bachelard : ibid (p 209).
(8) Cité par Gabriel Germain : L’imagination poétique et la notion de métapsychologie chez Bachelard in Colloque de Cerisy (Juillet 1970) Bachelard– Union Génétale d’Edition – 10 x 18 -1974 – p 183.
(9) G. Jean : La poésie – Edit du Seuil – 1966 – p 146.
(10) Hampaté Bâ : interview accordée à philippe Decraène et par ue dans Le Monde du 25 ocobre 1981.  Cirée et rééditée dans Entretiens avec le Monde – Editions La Découvert-Le Monde – 1984 – pp 173-174.
(11) Expression de Nietzche citée par Alain Badiou in Le siècle –Edition du Seuil – 2005 – p 31
(12) Paulin Hountondji : Sur la philosophie africaine – Editions CLE – Yaoudé – 1980 – p 47.

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