O Beijo da Madame Ki – Zerbo de Adriano Mixinge

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36 textes de l’auteur composent ce livre, publié en 2017. Ecrits entre 1997 et 2009, ils dessinent le portrait de l’intellectuel angolais vivant hors de sa terre natale. 

Les textes rassemblés sous ce titre, O beijo de Madame Ki-Zerbo (1) par Mixinge ont d’abord parus dans le Jornal de Angola entre 1997 et 2009. Ces précisions ne sont pas anodines car elles expliquent à la fois la brièveté de ces chroniques et en partie leur contenu thématique. Celles-ci, en effet, ne dépassent pas trois ou quatre pages et font connaître au lecteur angolais les émotions (que l’auteur nomme « vibraçoes » (p 13) suscitées par telle ou telle situation appréhendée au gré  d’impératifs professionnels de l’auteur qui l’ont mené l’auteur de Luanda à La Havane (où il était étudiant), à Paris et Madrid. La petitesse de ces chroniques interdit une analyse fouillée et argumentée ; Mixinge  en est bien conscient puisqu’il les présente comme de simples « ébauches » (p 101). Cela n’implique pas que ces pages aient un intérêt limité car elles dessinent le portrait de l’intellectuel angolais vivant hors de sa terre natale – même si Luanda peuple immanquablement sa sensibilité et sa mémoire, il ne cesse d’arpenter tel ou tel quartier et d’en humer l’air ambiant  (la Malasanha dans la capitale madrilène, un parc au centre de Paris (cf p 127)) , repérant les habitudes de vie et les diverses communautés qui composent la population de chacun d’eux.

Par là, Mixinge se révèle un subtil observateur des cultures française et espagnole au moins dans leur rapport à l’Afrique. C’est d’ailleurs, nous semble-t-il, le fil directeur de ces pages. Et s’il se sent chez lui à Madrid comme dans notre capitale, c’est qu’il y retrouve une certaine ouverture de l’élite et des autorités locales envers les arts africains. Mixinge prend un plaisir évident à enregistrer les noms des poètes ou de romanciers d’origine angolaise établis dans la capitale espagnole. Il visite régulièrement les expositions de peintres, plasticiens ou de photographes africains et ne manque pas de signaler que les œuvres de tel ou tel artiste angolais, malien sud-africain etc ont fait l’objet d’un commentaire élogieux dans tel média parisien ou madrilène.

Ce n’est pas là simple travail journalistique. Car son statut de fonctionnaire n’a jamais détourné Mixinge de son attirance pour la fiction. Le voilà tenaillé par une contradiction pénible ; il ressent l’urgence d’écrire et simultanément l’impossibilité de donner corps à ce désir pourtant de plus en plus impérieux. Car si, à Madrid, il bénéficie d’une aisance matérielle qui lui faisait défaut quand il vivait à Luanda, force est de constater que là n’est pas l’essentiel. Il lui manque « les matrices qui sous-tendent les attitudes et l’imaginaire que (ses) parents ont toujours tenté de lui inculquer » (p 63). l’auteur se reconnaît une « identité hybride » (ibid) mais constate que celle d’Afrique est déterminante par rapport aux autre acquises dans la durée au gré de ses nominations professionnelles. Et ce n’est pas le multilinguisme environnemental qui fait problème, c’est cet humus comportemental, ces gestes, ces attitudes corporelles, ces réactions langagières incontrôlées (exclamations, jurons, interjections etc) qui scandent le quotidien de n’importe quel autochtone, qui font barrage à l’écriture.

Il y a là les linéaments d’une réflexion plus approfondie sur les conditions de la production littéraire quand l’auteur, d’origine africaine, se trouve, non pas exilé mais déraciné de sa terre natale et qu’il éprouve, au plus profond de lui-même, l’absence de ce souffle de vie – une autre manière de nommer la culture – sans lequel toute créativité est moribonde.

 

 

 

 

 

(1) Adriano Mixinge : O beijo dsa Madame Ki-Zerbo – Ediçoes Guerra e Paz – isboa – 2017 _ 150 pages.

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