Ouverture de la galerie Elili à Bacongo

Entretien de Marian Nur Goni avec Émilie Wattellier et Baudouin Mouanda

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Le collectif Génération Elili, soudé et investi depuis quelques années déjà autour de la formation, création et promotion d’une photographie allant au-delà de son aspect mémoriel et familial, vient de créer un espace de travail et d’exposition ouvert sur la rue dans le quartier populaire de Bacongo, à Brazzaville. Rencontre avec deux de ses membres actifs pour évoquer une aventure collective qui prend une nouvelle tournure.

Pourriez-vous nous relater le cheminement qui vous a amené à créer la galerie Elili ?
Le collectif Génération Elili existe depuis 2006 à Brazzaville, en République du Congo. À sa création cinq photographes s’étaient impliqués, suite à des ateliers photographiques financés par un projet de l’Union européenne. Nous sommes maintenant une quinzaine, dont dix membres actifs. Nous nous réunissons deux fois par mois pour discuter de nos projets en commun et pour organiser des activités, décidées de façon collégiale. Le bureau de l’association joue un rôle de coordination mais chaque membre est invité à s’impliquer activement.
Nous avons créé un blog (1), accompagné d’une lettre d’information, où un nouveau sujet est mis en ligne chaque semaine. Nos portfolios y seront également présentés bientôt.
La structure était ainsi créée mais nous n’avions pas de lieu propre au collectif. Nous nous réunissions grâce à l’aide d’autres associations culturelles, la plupart du temps en plein air. Nous n’avions donc pas de lieu en tant que tel pour travailler. En 2010, le nouveau bureau élu du collectif (2) a fait de la recherche d’un local et des moyens de le prendre en charge une de ses priorités. Début 2012, ce grand espace (3) a été trouvé : il permet au collectif à la fois de disposer d’un espace de travail et de réunion, avec ordinateurs et bibliothèque et, aussi, d’ouvrir la galerie Elili.
Quelle est la vocation de la galerie Elili ?
La galerie Elili poursuit le même but que celui du collectif : la promotion de la photographie au Congo et de la photographie congolaise en particulier.
Au Congo, comme dans beaucoup d’autres pays africains, la photographie au sens large n’est pas très connue. Nous souhaitons donner à voir aux Congolais d’autres genres de photographie que celui auquel ils sont habitués : à savoir, principalement le portrait et les photos de fête. Pour cela, un des atouts de la galerie Elili est qu’elle est située dans une avenue d’un quartier populaire : Bacongo. Cela permet d’attirer des personnes qui ne fréquentent pas les lieux d’exposition habituels (à Brazzaville, ce sont principalement l’Institut français et le Centre culturel russe qui organisent des expositions photographiques).
Depuis l’ouverture de la galerie, fin février, de nombreux habitants du quartier viennent regarder les expositions. Ils étaient également nombreux et de toutes les générations lors de notre fête d’inauguration, ce 18 mai 2012. Par ailleurs, cette inauguration a été suivie par de nombreux journalistes et a pu être relayée dans la presse locale.
Comment va-t-elle fonctionner concrètement ?
La galerie est ouverte officiellement au public tous les mercredis et jeudis après-midi et toute la journée du samedi. Les membres du collectif assurent une permanence tournante pour accueillir les visiteurs. Elle est également ouverte lorsqu’un membre vient travailler sur place.
Nous prévoyons d’y présenter une exposition tous les trimestres et nous en sommes déjà à notre deuxième exposition pour 2012 (4). Pour cela, tous les tirages et les cadres ont été réalisés sur place, à Brazzaville.
Nous sommes, bien sûr, ouverts à exposer des photographes extérieurs au collectif, ceci pour autant qu’un accord soit trouvé pour la prise en charge de l’exposition car nous ne disposons pas encore d’un budget pour cela.
Avec quels soutiens a-t-elle été mise en place et va pouvoir œuvrer à l’avenir ?
Nous avons pu avancer un an de loyer grâce aux différents dons et subventions que nous avons reçus en 2011. Les cotisations seules des membres du collectif ne suffisant pas, il a été décidé que pour chaque activité payée ou subventionnée commune, une partie sera reversée dans la caisse du collectif (l’autre partie étant destinée au(x) photographe(s) qui ont eu à y travailler).
Par ailleurs, nous avons en prévision des projets pour lesquels une partie du fonctionnement du collectif est prise en charge.
À terme, nous voudrions aussi que la chambre dont dispose l’espace de la galerie puisse servir d’hébergement pour des artistes en résidence, ceci à un prix modeste.
Nous pouvons aussi mentionner le soutien de l’actuel directeur artistique de l’Institut français, notamment en terme de visibilité.
Quels projets sont-ils prévus à moyen et long terme et quelles « stratégies » avez-vous envisagé pour ancrer le travail de la galerie dans le tissu social dans lequel elle est implantée ?
Actuellement, nous finalisons un projet d’initiation à la photographie pour des enfants en difficulté, hébergés dans un centre d’accueil situé non loin de la galerie. Ce projet devrait démarrer en juillet pour six mois dans un premier temps.
À moyen terme, nous souhaitons également contacter les écoles du quartier pour leur proposer des activités autour de la photographie.
Enfin, nous envisageons d’organiser régulièrement des soirées de projection de photographies à l’extérieur, sur la terrasse de la galerie – bien évidemment gratuites et ouvertes à tous – des conférences sur la photographie…
Êtes-vous en train de nouer des partenariats avec des structures qui ont des objectifs similaires aux vôtres dans la sous-région ou ailleurs ?
Au Congo, nous en sommes aux tout premiers contacts avec une galerie assez dynamique basée à Pointe-Noire.
Dans la sous-région, le collectif Génération Elili fait partie du réseau des photographes d’Afrique centrale. Nous sommes donc en contact régulier avec d’autres structures, notamment celle de Mesmin Ignabode à Bangui (République Centrafricaine).
Par ailleurs, nous sommes en train de monter un projet pour réunir des collectifs de photographes venant de toutes les régions d’Afrique dans un atelier qui leur permettraient de renforcer leur structure, de constituer un réseau et par là même d’encourager les partenariats.
Nous restons ouverts à toutes sortes de partenariats qui iraient dans le but du collectif, la promotion de la photographie en Afrique et de la photographie africaine, en particulier congolaise.

Notes :
(1) Visiter blog de Génération Elili [ici]
(2) Le bureau de l’association est ainsi structuré : Baudouin Mouanda en est le coordonnateur, Arnaud Makalou le directeur technique et artistique et Émilie Wattellier la trésorière.
(3) L’espace est composé d’une salle et d’une terrasse de quarante mètres carrés chacune, d’une chambre et d’une salle de bains et d’une réserve.
(4) Il s’agit de travaux du collectif portant sur des thèmes libres.
Juin 2012.///Article N° : 10855

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Les images de l'article
Vue de la rue de la galerie Elili © Baudouin Muanda - collectif Génération Elili
La galerie Elili en plein jour © Émilie Wattellier - collectif Génération Elili
Exposition du collectif © Émilie Wattellier - collectif Génération Elili
La galerie vue de l'extérieur © Émilie Wattelier - collectif Génération Elili
La terrasse de la galerie © Émilie Wattellier - collectif Génération Elili
Les membres actifs du collectif © Émilie Wattellier - collectif Génération Elili




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