Overdose !

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Jean-Pierre Bemba a été arrêté en région bruxelloise le week-end dernier à cause des atrocités commises par ses troupes en RCA, lorsqu’il les a envoyées prêter main-forte à Patassé, l’ex-président centrafricain. Pour beaucoup d’observateurs, Cour Pénale Internationale ou pas, cette arrestation est un message fort de la Belgique au Congo Démocratique.

Et Patassé ? Et Kagamé ?
Et tous les autres qui courent toujours, peut-on affirmer qu’ils se cachent ?
Pourtant ils voyagent, avec les mêmes compagnies aériennes que le commun des mortels, on leur donne même des visas de circulation le plus tranquillement possible…
Le principe de cette CPI, tout simple, que la RDC s’était empressée de ratifier on se demande bien pourquoi aujourd’hui, est supposé s’appliquer à tout le monde sans distinction.
Il dit, ce principe, que tout celui qui a commis des actes répréhensibles devrait en répondre devant la loi.
C’est pourquoi JPB a été arrêté, ce qui devait arriver. Mais pourquoi maintenant et pas avant puisque c’était possible et sur place en RDC ? Quand ? Tout le temps. Avant notre fameux 1+4 tiens, ou alors avant ses 48 % aux élections présidentielles de 2007 par exemple, ou quand Patassé s’est fait chasser du pouvoir en s’enfuyant au Togo pour s’y réfugier, ou très récemment quand JPB a fait le voyage du Portugal au Congo-Brazza d’où il a annoncé aux Kinois son prochain retour. Il a bien dû passer via quelque-état-que-ce-soit avant d’arriver chez Sassou Nguesso…
Et puis, les observateurs trouvent assez incompréhensible d’arrêter JPB pendant que Patassé court toujours. Que dis-je ? Non, il ne court même pas, tout le monde sait où il se trouve mais personne n’est encore allé le cueillir. Exactement comme Kunda Batwaré. Ils circulent, déclarent, décident, vont et viennent, sous le nez et la barde de tout le monde. Sauf que je n’irais pas jusqu’à dire, comme beaucoup, que ce n’est pas JPB qui a violé, pillé, cassé, il était à Sun City à l’époque. Non. Il est le chef suprême de ses troupes, c’est à lui de répondre de leurs actes, sinon Ceausescu n’aurait jamais été fusillé ni Hitler assassiné !
Il n’empêche que pour une grande partie des Congolais, la question demeure : « Pourquoi maintenant » ? Et pour plusieurs de revenir « aux contrats chinois »… Comme quoi, l’affaire continue de faire mal aux Belges, au point de toucher la coalition occidentale. À Kinshasa, les gens ont l’impression que c’est lorsque la Belgique a dit « maintenant », que la CPI est passée à l’acte ! Cour Pénale Internationale…
Pour appliquer la justice et la loi. Hum !
La politique, c’est vraiment quelque chose de sale. Plein de dessous de table. Ces choses que ni la maman bipupula ni le roulage ni l’instituteur ne voient, ne connaissent, ne soupçonnent. Le ministre Belge aux affaires étrangères vient à Kinshasa dire des choses à l’endroit du Président Congolais, pas complètement fausses c’est pour ça d’ailleurs qu’elles fâchent. Mais comme le protocole n’a pas été respecté, dans les égards et tout le bazar, véracité ou pas, les uns disent merde aux autres. Alors les autres font du zèle en allant jusqu’en Chine, puisqu’il s’agit de cela. De paternité, de tutelle, d’intérêts, de permission, de fric, d’investissements, de contrats, car en ce qui concerne la RDC, le dernier mot devait, doit et devra toujours revenir à la Belgique. On continue de dire merde par ici. Oups ! Alors les autres décident de frapper, et fort pour que ça serve d’exemple : JPB. Traduction congolaise ? « Lelo ya ye, lobi ya ye kuna » (Aujourd’hui c’est lui, demain ce sera l’autre là-bas)… Et comme congolais et belges fonctionnent en texto, les uns et les autres se sont compris en message codé… Il paraît même que le chef de l’Etat Congolais serait prêt à « demander pardon » à nos oncles belges, d’après ce qui se raconte dans les rues belges. Ce n’est vraiment pas ce qu’on raconte dans les rues congolaises où, pour une fois, l’Est et l’Ouest sont d’accord ! Merci tontons car sans l’avoir fait exprès, vous êtes parvenus à faire ressurgir un sentiment d’appartenance à une nation. Car même ceux qui ne « l »‘avaient pas voté hier, voyez-vous, le regardent aujourd’hui autrement et s’alignent derrière lui, je parle du président JKK. Certains parlent de couper les retransmissions de la RTBF sur toute l’étendue du pays, d’autres d’annuler tous les vols de Brussels Airlines. On n’est pas sorti de l’auberge !
Quant à JPB, aucun des dinosaures politiques n’a osé jusqu’ici prendre la parole en public pour le noyer au-delà. On s’est contenté juste de faire parler les « poids-plumes », ceux qui recherchent continuellement l’attention du chef par leur bavardage sans impact. Comprenez-vous pourquoi les gros poissons gardent silence ? A cause du « lelo ya ye, lobi ya ye kuna » !
Et Patassé ? Et Kagamé ?
Et tous les autres qui courent toujours, peut-on affirmer qu’ils se cachent ?
Pourtant ils voyagent, avec les mêmes compagnies aériennes que le commun des mortels, on leur donne des visas de circulation le plus tranquillement possible…
C’est parce qu’ils pèsent, eux. Petit mais costaud comme on dit. Nous, grand pays, scandale minier et géologique mais tellement « light » ! On est léger, nous, « pèpèlè », « pètè-pètè », light tout bonnement. C’est pour ça, par exemple, que la police belge refoule sauvagement les Congolais en situation irrégulière, en complicité avec la compagnie aérienne nationale belge, sans états d’âme. Ils sont menottés et bâillonnés comme des sacs avant et pendant le décollage et tout le monde doit se taire, sinon vous êtes interdits de voyager avec SN Bruxelles pendant six mois si vous n’avez pas trop grande gueule. Si vous parlez trop, que vous avez des téléphones ou des appareils photo numériques qui filment, vous ne monterez plus peut-être plus jamais dans un avion SN… Un Camerounais, dans un centre-fermé s’en souviendra toujours !
J’y ai vécu ce genre de scène incroyable ! Alors je me questionne. Pourquoi suis-je dans ce lot des overdoses de lâcheté et d’impuissance ? Pourquoi me faut-il toujours me demander pourquoi cette attitude, pourquoi ce regard ? Pourquoi est-ce que je continue de voyager avec cette compagnie aérienne ? Pourquoi cette conférence de Berlin jadis ? Pourquoi ces silences, jusque quand ? Pourquoi notre grandeur a perdu toute dignité, pourquoi mes compatriotes rêvent-ils tous de partir, ailleurs, pourquoi c’est interdit de rêver ?
Des réponses s’imposent d’elles-mêmes…
J’étais là, je l’ai vu de mes propres yeux !
On m’a raconté une fois l’histoire du Camerounais, mais là j’ai été scotché de le vivre…
Et au-delà de la rétention, des attitudes d’injustice, j’ai vu la violence, celle d’un policier, vis-à-vis d’un témoin oculaire, une femme… Une Camerounaise. Qui n’a pas voulu la fermer, qui a refusé de se taire et qu’on a brutalisé par un colosse de deux mètres. Pourquoi les policiers du monde entier sont-ils tous… pareils ? Est-ce un gène qu’on leur inocule ou bien « ça » fait partie des critères de recrutement ? Je veux dire que signifie ce langage un peu bête et vide et vite-fait qui dit « je suis la loi, c’est moi qui décide », face à un évènement pas des moindres. Un homme, menotté dans le dos, la tête maintenue vers le bas dans un sarcophage et entre ses jambes, s’agite, tenu en laisse par deux policiers. On est en deuxième cabine dans l’avion et les enfants commencent à pleurer et poser des questions. Hermine, Camerounaise d’origine et ce qu’on ignore tous à ce moment-là, travaille à la mairie de Chevilly en France. Elle gueule plus que nous tous, dit que ça ne se fait. « On » attrape son mari pour la calmer, et quand elle veut savoir où « on » l’amène, « on » la descend de l’avion par l’arrière, « on » la plaque au sol et elle a un coude qui l’étrangle à l’étouffer. On est où là ? A Zaventem… Lui, c’est un policier belge en plein dans le service de ses fonctions…
Petit pays, petit esprit disait l’autre !
On n’est pas des innocents non plus, il ne faut pas faire du fixisme, mais les faits qu’on vit dans un avion par exemple, un refoulement, ne doit pas seulement nous faire parler sur nos droits. Ça nous interroge sur ces overdoses qui nous font rêver l’ailleurs… Nos galères et compagnie. Mais est-ce une raison pour enchaîner un homme, le foutre dans une espèce de sarcophage et s’attendre à ce qu’il se taise huit heures de vol durant ? Ou est-ce une raison pour faire taire tous les autres passagers témoins de la scène ? Ou est-ce une raison pour s’en prendre à une pauvre femme comme on fait du catch ?
Les voix, qui se sont élevées, ce sont celle d’Hermine qui allait passer une semaine à Yaoundé avec son mari français de son état pour une fête de famille. C’est ce professeur parti prendre sa fille de 14 ans pour sa toute première fois à Kinshasa. Ce sont ces deux messieurs choqués de voir leur « sœur » être tripotée, plaquée, touchée par un type sous prétexte qu’il est policier. Ce sont ces regards silencieux et assassins vis-à-vis des hôtesses qui menacent de débarquer ceux qui n’arrivent pas à s’asseoir parce que sous le choc. Devions-nous tous nous murer dans une overdose de lâcheté ? Etait-il permis à ce policier belge de violenter cette femme jusqu’à la plaquer sur sol, le bras sur son cou parce qu’elle « trouble l’ordre public » ? On est à ce moment-là sur un espace de transit, Zaventem certes, mais quand même un espace de transit vu qu’on a tous passé les formalités de police ! Qui est seul maître à bord dans ce « couloir humanitaire » ? Peut-être le commandant de bord… Pourquoi reste-t-il silencieux celui-là ? Il paraît qu’on ne l’a pas mis au courant. Qui devrait le faire, les hôtesses ou les passagers ? Peut-être qu’on s’est chauffé pour rien, que tous les policiers du monde ont tous les droits et qu’on n’en a pas du tout ? Pourtant avec Air France, c’est arrivé que le commandant de bord débarque policiers et menotté quand les passagers se chauffent…
Petit pays petit esprit ?
Le visage du refoulé est plus visible quand on est dans les airs. Ses accompagnateurs ne connaissent pas sa nationalité, mais ils se disent « qu’il doit être Zaïrois »… En tout cas, cet avion-ci, de la compagnie Bruxelles nationale pour ne pas la citer, va à Kinshasa via Yaoundé. Et hormis la blancheur qui nous accompagne, tous les autres passagers sont Congolais et Camerounais. Donc, le refoulé, « s’il n’est pas l’un, il doit être l’autre », alors retour à l’envoyeur !
Ah les Chinois… On n’a pas fini d’en baver dis donc, maintenant qu’ils vont réussir à créer leur énième « Chinatown » à Kinshasa et à l’intérieur.
Qui sera le prochain après JPB ?
Patassé ? Kagamé ? La CPI va-t-elle rester au Congo Démocratique ou ira-t-elle un peu voir ailleurs ? Mais, vous savez quoi ? A la RTBF ils ont déjà l’émission et Baloji le rappeur-slameur le chante tellement bien : « Tout ceci ne vous rendra pas le Congo… »
Vas-y, chante…

///Article N° : 7632

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