Penser ensemble le racisme et l’homophobie

Entretien d'Anne Crémieux avec Louis-Georges Tin

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Autrefois perçue comme un sujet purement privé, l’homosexualité est devenue un peu partout dans le monde un enjeu politique et même géopolitique. Elle est débattue dans les instances internationales et se trouve prise dans les relations Nord/Sud, qu’on le veuille ou non. Y a-t-il toujours eu des identités homosexuelles en Afrique ? Pourquoi la question coloniale est-elle si présente dans le discours homophobe sur le continent ? Quel lien y a-t-il entre racisme et homophobie ? En quoi ces deux attitudes ont-elles largement contribué à la diffusion du sida, en Europe comme en Afrique ? Pourquoi le combat en faveur de la dépénalisation universelle de l’homosexualité avance-t-il si peu ? Autant de questions auxquelles Louis-Georges Tin a répondu pour introduire ce numéro sur l’homosexualité et la transsexualité en Afrique.

Anne Crémieux : Pourquoi, du côté des Occidentaux comme du côté des Africains, semble-t-il si difficile de penser ensemble l’homosexualité et la question noire ?
Louis-Georges Tin :
Quand les colons européens arrivèrent en Afrique, ils ne manquèrent pas d’observer les pratiques sexuelles qui avaient cours sur le continent. Des unions pédérastiques avaient lieu chez les guerriers zoulous, afin de renforcer les liens de solidarité masculine, mais aussi chez les Kololo-Lozi de Zambie, ou encore chez les Azandes, en République centrafricaine.
En Angola, les sodomites travestis étaient respectés en raison de leurs pouvoirs magiques supposés. Toutes ces traditions choquaient les colons, bien disposés à imposer dans ces nouveaux territoires l’ordre chrétien, et souvent puritain, dont ils se voulaient les hérauts. Ce travail ne fut pas évident. En témoigne par exemple l’affaire des « martyrs du Buganda » (1885-1887). Mwanga, le dernier roi du Buganda, au cœur de l’actuel Ouganda, constata que, désormais convertis au christianisme, les pages avec lesquels il avait d’ordinaire des relations sexuelles se refusaient à lui. Furieux, il en fit exécuter plusieurs dizaines, signe que la condamnation des relations homosexuelles lui semblait tout à fait inacceptable.
Au Royaume-Uni, l’époque victorienne déboucha sur un renforcement des lois et des normes homophobes, avec par exemple, l’affaire Oscar Wilde, l’écrivain irlandais qui fut condamné en 1897 à deux ans de travaux forcés pour homosexualité. C’est dans ce contexte que s’effectua la grande vague de colonisation, à partir de la fin du XIXe siècle. Les colons exportèrent donc dans les colonies des valeurs chrétiennes marquées par un certain retour au fondamentalisme, et c’est ce christianisme-là, très particulier, qui fut inculqué aux indigènes.
Cette colonisation mentale ne fut pas sans effet. Les colonisés devinrent souvent plus soucieux de puritanisme que les colonisateurs eux-mêmes. Par un complexe d’infériorité bien fait pour renforcer ces rapports de domination politique, les colonisés travaillèrent activement à montrer au colon qu’ils ne correspondaient pas à cette image négative qu’on avait d’eux. Ainsi, Jomo Kenyata, l’anthropologue qui devint par la suite premier président du Kenya indépendant, publia en 1938 un ouvrage préfacé par Malinowski, Facing Mount Kenya, dans lequel il se donna beaucoup de mal pour démontrer que les relations homosexuelles sont étrangères à la culture des Giyuku en particulier, et à la culture africaine en général. Cette thèse, fort discutable, fut fort bien reçue des mouvements panafricains, désireux de prouver qu’ils n’étaient pas moins exigeants en matière de morale sexuelle que les Européens eux-mêmes, lesquels leur renvoyaient sans cesse l’image de peuplades indolentes et débauchées.
Aujourd’hui, on affirme souvent en Afrique qu’il n’y a pas d’homosexuels sur le continent, et s’il y en a, que leur existence serait un effet de la « contagion » occidentale, et de toute façon, que l’homosexualité serait contraire aux valeurs africaines ancestrales. Il n’est pas difficile de répondre à ces arguments.
À l’évidence, il y a toujours eu des relations homosexuelles en Afrique, tous les travaux ethnologiques le montrent. À l’évidence, ce n’est pas l’homosexualité, mais bien plutôt l’imposition de lois homophobes qui est liée à un effet de « contagion » et, en l’occurrence, à un effet de contagion coloniale. En Afrique du Sud, par exemple, la législation britannique renforça celle, déjà très répressive, que les Afrikaners avaient déjà mise en place, contre les sodomites.
À l’évidence, Sodome et Gomorrhe, la Bible et le Coran, sur la base desquels on prétend condamner l’homosexualité, sont des représentations issues du monde juif, chrétien ou musulman et, en ce sens, ne sauraient incarner en tant que telles les « valeurs africaines ancestrales » dont on se réclame bien souvent, quelque sens que l’on donne à cette expression.
Est-ce qu’il y a des différences fondamentales de conception de l’homosexualité d’une culture à l’autre ? Ou est-ce qu’au contraire, la conception de l’homosexualité se globalise ?

Certains théoriciens indiquent, non sans raison, qu’on ne saurait confondre les pratiques gaies des back rooms de San Francisco et les relations sexuelles entre guerriers en contexte zoulou. Serait-il approprié de dire des guerriers zoulous en question qu’ils sont « gais » ? Certes non. Et d’ailleurs, peut-on même parler d’homosexualité dans ce cas ? C’est tout le débat qui a eu lieu dans les années 1980 entre les « constructivistes » et les « essentialistes ». Les uns, héritiers de Foucault, estimaient qu’il s’agissait de modèles sociaux très différents les uns des autres, qu’on ne saurait regrouper sous un même vocable, quel qu’il soit. Les autres, s’inspirant entre autres de John Boswell, affirmaient qu’il s’agissait toujours de relations homosexuelles entre hommes ou entre femmes, quelque nom qu’on leur donne par ailleurs.
Cela dit, dans le contexte d’aujourd’hui, ce débat scholastique tend à perdre de sa pertinence. En effet, les campagnes homophobes sont si fortes et si diffusées qu’elles ont enveloppé dans une même haine le modèle « gai » occidental et les pratiques coutumières, sans chercher à faire de distinguo. Bref, on peut débattre sans fin pour savoir si les woobis et les yossis de Côte d’Ivoire correspondent ou non au concept d’homosexualité : ce qui est certain, c’est que ceux qui les condamnent correspondent parfaitement au concept d’homophobie.
Quels liens peut-on établir entre racisme et homophobie ?
A priori, aucun, sauf qu’il s’agit dans un cas comme dans l’autre de discours de haine sociale. Cependant, les mécanismes du rejet, de la relégation et de la discrimination étant souvent les mêmes, on retrouve des schèmes et des thèmes similaires dans un cas comme dans l’autre.
Ainsi, pour affirmer l’infériorité de l’Autre, plusieurs stratégies sont possibles. Par exemple, l’assimiler à la Femme. Aussi surprenant que cela puisse paraître, c’est un lieu commun du discours colonial que d’affirmer le caractère « efféminé », alangui, indolent des Africains, à l’instar des homosexuels masculins, dont la féminité supposée constitue un cliché tout à fait récurrent.
Assimiler l’Autre à l’animalité est également possible : proches de la nature, les Africains seraient en fait des bêtes, ou des macaques plus ou moins évolués, comme les homosexuels seraient des porcs, aux pratiques sexuelles tout à fait dégradantes.
Autre stratégie rhétorique, réduire l’autre à sa sexualité, la sexualité étant perçue en soi comme une réalité dégoûtante : ainsi, les gais et les lesbiennes seraient des débauchés ou des pervers, et les Africains seraient des bêtes de sexe forcément polygames (contrairement aux Européens, en général fidèles en amour…), sans parler des petites Africaines, gazelles excitantes et lubriques – la littérature coloniale est pleine de ces tropismes.
Il ne s’agit pas seulement de conjonctions thématiques. Les théories elles-mêmes utilisées d’un côté furent souvent récupérées de l’autre. Ainsi, toutes les recherches sur la race, qui se développèrent dans la médecine coloniale du XIXe siècle, furent progressivement appliquées aux invertis, perçus eux aussi comme étant une sorte de « race » dégénérée, que les scientifiques tentaient en vain de définir. À l’inverse, toutes les théories chrétiennes sur « la contagion » homosexuelle finirent par infiltrer les théories sur la « race », justifiant en retour l’interdiction des mariages inter-raciaux. Ainsi, on peut dire que le racisme et l’homophobie se sont mutuellement renforcés, ce qui apparaît très clairement dans l’exemple des Afrikaners sud-africains. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les grands leaders de la Nation arc-en-ciel comme Madiba Mandela ou Desmond Tutu ont tenu à inscrire dans leur constitution non seulement le refus de tout racisme, mais aussi de toute homophobie, l’Afrique du Sud devenant de ce fait, en 1996, le premier pays du monde à agir en ce sens.
Quelles sont les conséquences de ces idées reçues en Europe et en Afrique ?
Parmi toutes les conséquences, l’exemple le plus évident et le plus tragique est sans conteste la question du VIH. Le racisme et l’homophobie ont joué un rôle capital dans la diffusion du sida dans le monde. En Europe, l’épidémie a été rapidement présentée comme étant la maladie des Noirs et des homosexuels, groupes les plus touchés dès le départ. L’identification du patient zéro fut d’ailleurs l’un des enjeux de la recherche épidémiologique : on trouva Gaëtan Dugas, steward canadien homo ou bisexuel, décédé en 1984 ; d’autres soupçonnèrent plutôt un immigré haïtien célibataire, qui aurait introduit le virus en 1969. Donc, un Noir, ou un homosexuel. Dès lors, fléau des minorités ethniques ou sexuelles, l’épidémie n’intéressa pas grand monde. Il fallut attendre de longues années pour que les responsables politiques (politiquement irresponsables) prennent la mesure de la pandémie. Comme elle touchait de plus en plus les hétérosexuels blancs, il devenait urgent de se mobiliser. Cette prise de conscience arriva tard, très tard, sinon trop tard, et causa la perte de dizaines de milliers de personnes, dont la majorité était blanche et hétérosexuelles, qui moururent en fait à cause du racisme et de l’homophobie et ne le surent jamais.
Le même problème se posa en Afrique noire, mais à front renversé et avec des conséquences encore plus graves. En Afrique subsaharienne, l’idée selon laquelle les hétérosexuels seraient concernés semblait tout à fait incongrue.
Maladie des homosexuels, le sida était par conséquent une affaire de Blancs, puisque l’homosexualité n’existe pas en Afrique – telle fut bien souvent la posture ordinaire des autorités (in)compétentes. Pendant longtemps, et encore aujourd’hui dans une certaine mesure, cette vision fut un obstacle majeur à la prise en charge des personnes atteintes par le VIH. Une sorte de fierté africaine et (hétéro)sexuelle empêchait de voir la réalité en face. Qu’il y ait des homosexuels en Afrique était chose impensable ; qu’il y ait des homosexuels atteints par le sida, on s’en moquait de toute façon ; qu’il y ait des hétérosexuels contaminés, on ne voulait y croire. Le sida hétérosexuel ? c’était forcément un mythe.
Ainsi, par un paradoxe qui pourrait faire sourire si le sujet n’était pas aussi tragique, de nombreux responsables africains refusaient de s’intéresser à cette maladie parce que, à leurs yeux, elle ne concernait que les Blancs et les homosexuels, alors que dans le Nord, on mit un certain temps à s’y intéresser puisque, croyait-on, elle ne concernait que les Noirs et les homosexuels.
En ce sens, il faudrait s’interroger sur le coût humain, mais aussi économique de l’homophobie et du racisme. On ne le dit jamais, mais compte tenu de leur rôle dans le développement de la pandémie de sida, il est évident que le racisme et l’homophobie ont coûté très cher à l’humanité (en tuant des millions de personnes qui n’étaient souvent ni noires ni homosexuelles), même si ce coût est en général invisible, pour ne pas dire invisibilisé. Encore n’a-t-on rien dit des autres dommages causés par ces discriminations : vies gâchées, opportunités sacrifiées, possibilités supprimées, développement entravé…
Comment les pays occidentaux, fiers de leurs avancées en matière de respect des droits de l’homme et des libertés, s’engagent-ils pour les droits LGBT dans le monde ?

Dans un contexte où le mouvement gai et lesbien est majoritairement blanc, il est évidemment difficile de faire vraiment avancer la lutte contre l’homophobie en contexte africain. Certains intellectuels, notamment dans la mouvance queer, reprochent aux associations homosexuelles du Nord de chercher à imposer dans le Sud des normes occidentales, à imposer une culture gaie et lesbienne sans rapport avec le substrat culturel des pays en question. Il y aurait donc là une forme d’impérialisme culturel, avatar nouveau de phénomènes colonialistes anciens. Paradoxalement, cet argument des ultra-radicaux occidentaux correspond totalement à la position de nombreux conservateurs africains, soucieux de préserver les « valeurs africaines » de toute contagion occidentale, et qui attaquent les homosexuels africains, accusés d’être les complices objectifs de l’impérialisme gai issu du Nord.
Il n’est pas impossible qu’il y ait ici et là, dans certaines associations LGBT, une certaine vision néocoloniale, mâtinée de cette forme d’homo-nationalisme que dénoncent à juste titre des chercheurs queer, comme Judith Butler.
Cependant, le néocolonialisme, s’il existe, se situe massivement ailleurs. Il réside beaucoup plus, et de manière très classique, dans les rapports Nord-Sud, qui structurent les associations LGBT dans le monde, comme ils structurent les relations internationales en général.
Au niveau international, le véritable enjeu est aujourd’hui le suivant : quelle est donc la priorité des associations LGBT ? Est-ce la question du mariage, évidemment la plus médiatique, ou la question de la dépénalisation, évidemment la plus importante ? Ne pas pouvoir se marier est évidemment fâcheux ; mais être condamné à la prison ou à la potence est certainement plus ennuyeux. La question du mariage des couples de même sexe se pose plutôt dans les pays du Nord ; la question de la dépénalisation de l’homosexualité se pose majoritairement dans les pays du Sud. Dans le Nord, les associations pourraient bien se mobiliser sur la dépénalisation, mais elles ne le veulent guère, car le problème ne les concerne pas directement. Dans le Sud, les associations voudraient bien se mobiliser sur la dépénalisation, mais elles ne le peuvent guère car elles sont souvent dans une situation de clandestinité et de grande précarité à la fois. Bref, ceux qui veulent ne peuvent pas, et ceux qui peuvent ne veulent pas. Par conséquent, les choses n’avancent pratiquement pas. Évidemment, en théorie, rien n’empêche que l’on puisse se mobiliser à la fois pour la liberté (la dépénalisation de l’homosexualité) et pour l’égalité (l’accès au mariage pour tous). Mais dans un contexte où il faut toujours définir une priorité – ce qui oriente le momentum politique, médiatique et surtout financier – il ne faut pas trop compter sur les associations du Nord pour se mobiliser sur les problèmes du Sud. Même les associations prétendument internationales, étant basées dans les pays du Nord, ne cessent de reléguer à plus tard les problématiques des homosexuels du Sud. Du reste, puisqu’il s’agit d’Africains et d’Arabes, bien souvent musulmans, ne s’agit-il pas de populations sous-développées, plus ou moins barbares et condamnées à l’obscurantisme ? Peut-on vraiment espérer qu’un jour elles cessent d’être sexistes et homophobes ?
Où l’on se rend compte que les homosexuels africains ou musulmans sont d’abord (voire ne sont jamais que) des Africains et des musulmans… Dans ces conditions, n’est-il pas plus raisonnable d’investir les moyens disponibles, évidemment limités, dans les vraies priorités, « nos » priorités ? Rarement formulés en ces termes, ces raisonnements et ces petits calculs organisent cependant de manière invisible la « rationalité » politique des actions militantes, dont les logiques euphémisées sont souvent difficiles à décrypter pour celles et ceux qui seraient extérieurs au milieu, raison pour laquelle personne ne parle de ce sujet.
À l’évidence, sur les questions LGBT, les associations internationales ont choisi leur camp : capables de mobilisations fortes et vigoureuses quand il s’agit du mariage (dans les pays du Nord), elles s’avèrent toujours pleines de prudence et de réticences quand il s’agit de la dépénalisation (dans les pays du Sud), le désir de ne pas heurter « les sensibilités locales » cachant mal en fait le refus d’investir les moyens nécessaires dans des pays considérés comme étant de toute manière « arriérés ». Une sorte de différentialisme culturel est alors invoquée pour surseoir à l’application des droits universels. Certes, chacun a droit à la liberté, mais certains, compte tenu des caractères qui leur sont attachés, doivent attendre un peu plus que d’autres. Après tout, on ne peut pas se battre sur tous les fronts en même temps, n’est-ce pas ? En ce sens, le néocolonialisme et le caractère homo-nationaliste qu’on reproche à certaines ONG internationales résident moins dans leur propension à vouloir toujours imposer dans le Sud le modèle culturel des pays du Nord, que dans leur refus, au contraire, d’investir dans le Sud les moyens dont disposent les pays du Nord.
Au fond, il en va dans le mouvement LGBT comme il en est des relations internationales. Dans les instances multilatérales, personne n’est xénophobe – ce serait absurde, ce serait la meilleure façon de s’isoler. En revanche, quand les pays les plus faibles, en général les pays du Sud, exposent leurs problématiques, on leur répond qu’elles sont très intéressantes, qu’elles sont même essentielles, mais que l’agenda a déjà été défini, et que par conséquent, elles ne pourront être intégrées au plan quadriennal qui a été défini. Qu’ils reviennent donc dans quelques années, et sans doute alors pourra-t-on entendre leur complainte. Par conséquent, c’est la question de l’agenda et des priorités qui est au cœur de la politique, au niveau international comme au niveau national. La vraie question est donc : qui définit l’agenda ?
Dans le mouvement LGBT, les relations ne sont pas différentes. Les priorités ont été définies depuis longtemps par les associations du Nord : tout pour les campagnes sur le mariage, rien, ou presque, sur la question de la dépénalisation, toujours reléguée, minorée, congédiée. On voudra bien mettre en œuvre des actions symboliques de temps à autre, favoriser la politique des petits pas, mais rien qui puisse mettre en péril la hiérarchie des priorités établies, la hiérarchie des faibles et des forts, c’est-à-dire, en définitive, la hiérarchie des peuples et des races. En tout cela, l’observateur lucide pourra voir, s’il est indulgent, une forme d’égoïsme, ou alors, s’il est plus incisif, une forme de racisme néocolonial…

///Article N° : 11963

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