Fiche Personne
Réalisateur/trice Producteur/trice Scénariste

Bertrand Tavernier

France

Français

Né le 25 avril 1941, à Lyon.

Son père, René Tavernier, écrivain et poète, fut le fondateur de la revue Confluences qui eut de nombreux problèmes avec la censure de Vichy et qui reste l’une des seules revues libres publiées durant l’occupation. Giraudoux, Aragon, Georges Sadoul y collaborèrent.

Dès l’âge de 14 ans, Bertrand Tavernier sent qu’il veut devenir réalisateur. Dans un cahier où il colle des photos de films, il note et souligne les noms des trois premiers metteurs en scène qui l’impressionnent : John Ford, Henri Hathaway, William Wellman.

Durant ses années de collège, il fait son apprentissage cinématographique au cinéma Studio Obligado (de CONGO BILL aux FORBANS DE LA NUIT, de FORT APACHE à la REVANCHE DES DIEUX ROUGES), au Pathé Cinéma (LE RÉVEIL DE LA SORCIERE ROUGE), au California (AVENTURES EN BIRMANIE), toutes ces salles hélas disparues. Puis c’est la découverte de la cinémathèque, le choc occasionné par les films de Renoir, les premiers hommages à Fritz Lang, à Buster Keaton.

Avec quelques amis à la Sorbonne (dont Frédéric Vitoux et Philippe Haudiquet), il fonde L’Étrave, un journal où il publie des articles et des interviews. C’est en allant interviewer Jean-Pierre Melville après DEUX HOMMES DANS MANHATTAN qu’il se lie d’amitié avec celui-ci. Il sera son assistant stagiaire sur LÉON MORIN PRETRE, puis son attaché de presse pour ce même film et pour LE DOULOS.

A la même époque, il fonde avec Bernard Martinand et le poète Yves Martin, le ciné-club Le Nickel Odéon pour voir des films qui n’étaient presque jamais programmés. Les présidents d’honneur en étaient King Vidor et Delmer Daves.

Après LÉON MORIN, Bertrand Tavernier rentre chez Georges de Beauregard comme attaché de presse et il défend des films comme CLEO DE 5 A 7, ADIEU PHILIPPINE, LE MÉPRIS, LA 317ème SECTION, LES CARABINIERS, L’OEIL DU MALIN…

Pour lui, c’est un vrai apprentissage : il suit les tournages, les différents stades du montage, discute avec les réalisateurs. Il continue à écrire des critiques dans Cinéma 61,62… Positif, Les Lettres Françaises, Combat, Les Cahiers du Cinéma où il découvre la rigueur morale d’Éric Rohmer.

Devenu attaché de presse indépendant, il s’associe avec Pierre Rissient. Ensemble, ils vont se battre pour Losey, Fuller, Raoul Walsh, Ida Lupino, Claude Sautet, Jacques Rouffio, Howard Hawks, John Ford, Claude Chabrol, sans oublier les jeunes metteurs en scène Alain Tanner, Ken Loach, Mike Leigh, Robert Altman, John Boorman, Jerry Schatzberg… Faire découvrir des films de Lang, Mc Carey, Abraham Polonsky. De L’EXTRAVAGANT MR RUGGLES à LA FEMME A ABATTRE en passant par SHOCK CORRIDOR, tous ces films piliers de l’art et essai ont été sortis et lancés par eux.

Mais depuis des années, Tavernier veut passer à la réalisation. Après deux sketches tournés durant la période où il travaillait pour Georges de Beauregard, LE BAISER DE JUDAS et UNE CHANCE EXPLOSIVE, il écrit une adaptation de Robert Louis Stevenson, LA PLAGE DE FALESA pour Jacques Brel et James Mason, obtient leur accord, mais ne trouve pas de producteur. Puis après un ou deux autres projets avortés (dont une adaptation de Dumas qui deviendra QUE LA FETE COMMENCE) et deux films comme co-scénariste dont l’un de Riccardo Freda, qui lui donne ainsi sa première chance, c’est la rencontre avec Simenon et avec Aurenche et Bost.

L’HORLOGER DE SAINT PAUL, malgré le soutien de Denis Château pour Gaumont et Pierre Vercel pour Pathé, est refusé par tout le monde pendant un an quand Raymond Danon accepte de le produire. A sa sortie, en 1974, le film obtient le prix Louis Deluc, l’Ours d’Argent à Berlin, le Hugo d’Argent à Chicago.

QUE LA FETE COMMENCE, sorti en 1975, connaît les mêmes déboires et le film n’aurait jamais pu être tourné sans l’obstination de la productrice Michèle de Broca et l’aide d’Yves Robert et de Danielle Delorme. Le film remporte le César de la meilleure réalisation, du meilleur scénario, du meilleur second rôle (Jean Rochefort), du meilleur décor (Pierre Guffroy).

En 1976, trois Césars également pour LE JUGE ET L’ASSASSIN (Galabru, scénario et Philippe Sarde).

Puis en 1977, c’est DES ENFANTS GATES où la première fois, il devient co-producteur, car là encore le film a les plus grandes difficultés à se faire. Il crée ainsi Little Bear.

En 1980, c’est LA MORT EN DIRECT (DEATH WATCH) qu’il met trois ans à financer. Tourné en anglais à Glasgow en Ecosse, écrit avec David Rayfield, c’est l’un des plus beaux rôles de Romy Schneider (c’était l’un des ses trois préférés) et le premier « sérieux » de Harry Stanton.

La même année, il tourne très vite UNE SEMAINE DE VACANCES, le premier scénario qu’il écrit avec Colo. Noiret reprend brièvement le personnage de L’HORLOGER DE SAINT-PAUL. C’est aussi l’un des premiers rôles de Gérard Lanvin. Bertrand Tavernier, se passionnant pour les acteurs, a toujours mêlé des acteurs connus, souvent utilisés à contre-emploi et des nouveaux visages ou des découvertes : Nicole Garcia, Christine Pascal, Michel Blanc et l’équipe du Splendid, sans oublier Harry Dean Stanton, Louis Ducreux, Dexter Gordon et Julie Delpy.

En 1982, il tourne COUP DE TORCHON, qui passe à travers toutes les gouttes des Césars (11 nominations). Sélectionné aussi pour l’Oscar du meilleur film étranger, il l’évitera brillamment !

UN DIMANCHE A LA CAMPAGNE remporte en 1984 le prix de la mise en scène à Cannes, le prix de la critique new-yorkaise et celui de la critique anglaise.

Puis en 1985, c’est AUTOUR DE MINUIT (ROUND MIDNIGHT) où, malgré l’aide d’un producteur comme Irwin Winkler, il faut à Tavernier plus de deux ans pour faire accepter son sujet. Dexter Gordon obtient une nomination aux Oscars pour le rôle de Dale Turner et Herbie Hancock remporte ce trophée pour la meilleure musique.

Transposant à l’écran les enseignements de la Nouvelle Histoire, Bertrand Tavernier s’attache, dans LA PASSION BÉATRICE en 1987, et en 1989 dans LA VIE ET RIEN D’AUTRE (qui obtient un très grand succès), aux conséquences de deux conflits : le déclin de la féodalité à l’issue de la guerre de Cent Ans, sujet d’une oeuvre historique dont l’authenticité a rarement été égalée dans le cinéma français : la quête des derniers disparus de la Grande Guerre qui permet au cinéaste de brosser le portrait d’un homme truculent, solitaire, et obstiné, rôle qui vaut à Philippe Noiret le César du meilleur acteur et le Félix du meilleur acteur européen, le film obtenant d’ailleurs le prix du jury à cette même cérémonie, ainsi que de très nombreuses distinctions dont le prix du meilleur film étranger à Los Angeles (décerné par la critique) et à Londres (BAFTA).

LYON, LE REGARD INTÉRIEUR (1988), tourné après LA PASSION BÉATRICE pour la télévision dans la série « Chroniques de France », est un documentaire sur sa ville natale, vue à travers le regard lucide et si humain de son père René Tavernier que son fils interroge tout au long d’une ballade fascinante à travers un Lyon bien mal connu.

Bertrand Tavernier a d’ailleurs tourné plusieurs documentaires. Deux moyens métrages : CINÉ CITRON, écrit par Jean Cosmos et LA 800ème GÉNÉRATION, puis deux (très) longs métrages : PHILIPPE SOUPAULT ET LE SURRÉALISME (en collaboration avec Jean Aurenche) et MISSISSIPPI BLUES en 1984 (co-réalisé par Robert Parrish) dont la version longue en quatre épisodes s’intitule PAYS D’OCTOBRE.

Bertrand Tavernier qui n’a jamais renié son passé cinéphile a aidé plusieurs metteurs en scène qu’il admire (comme Riccardo Freda), parfois hélas sans succès. Il a co-produit deux films de son ancien assistant Laurent Heynemann LA QUESTION et LES MOIS D’AVRIL SONT MEURTRIERS (où il est aussi scénariste) et LA TRACE de Bernard Favre (également co-scénariste).

Deux fois président de la SRF, vice-président de la SACD, il se bat depuis des années pour préserver le droit d’auteur, le droit des cinéastes à être seuls maîtres de l’intégrité de leur oeuvre, à contrôler le montage final de leurs films, à lutter contre la « colorisation » ou les spots publicitaires à la télévision.

En 1990, DADDY NOSTALGIE avec Jane Birkin, fruit d’une nouvelle collaboration avec Colo marque le retour de Dirk Bogarde au cinéma et redécouvre Odette Laure. Pendant cette année, Bertrand Tavernier trouve aussi le temps de rédiger avec son vieux complice Jean-Pierre Coursodon les 1250 pages de 50 ANS DE CINEMA AMERICAIN, Grand Prix du Livre Art et Essai.

Il retourne au documentaire en 1991 avec LA GUERRE SANS NOM (co-auteur Patrick Rotman), film de quatre heures sur la guerre d’Algérie vue par les appelés et rappelés de la région de Grenoble.

C’est pendant le montage de ce film qu’il fait la connaissance, grâce à son fils Nils, de Michel Alexandre avec qui il se lance dans l’écriture de L.627 en 1992. Il écrit pendant le tournage son « journal intime « QU’EST-CE QU’ON ATTEND ? » (Ed. du Seuil).

LA FILLE DE D’ARTAGNAN suivra en 1994. Il prend en charge la réalisation de ce film qu’il co-produit, une semaine avant le début du tournage, à la place de Riccardo Freda. Retardé dans sa préparation de L’APPAT, il réussi néanmoins à filmer quelques scènes. LA FILLE DE D’ARTAGNAN reçoit un très bon accueil à l’étranger dans les festivals et dans les salles.

Il décide de produire le film de Marcel Ophuls VEILLES D’ARMES, histoire du journalisme en temps de guerre. Il est nominé aux premiers Césars du meilleur film documentaire. Il a remporté le Grand Prix de la SCAM.

Bertrand Tavernier enchaîne immédiatement à la sortie de LA FILLE DE D’ARTAGNAN, la suite du tournage de L’APPAT avec Marie Gillain (il l’avait rencontrée lors d’un festival au Japon), Bruno Putzulu et Olivier Sitruk. Il reçoit L’Ours d’Or au Festival de Berlin. Il soutiendra la promotion du film dans des lycées et collèges, dans des banlieues « rouges », dans des festivals en province et à l’étranger?

D’autre part, 1995 est l’année du Centenaire du Cinéma : il s’investit dans de nombreuses manifestations en tant que Président de l’Institut Lumière de Lyon, vice-président de l’Association Premier Siècle et membre de l’ARP.

En 1995, il retrouve Philippe Torreton avec qui il avait travaillé sur L.627 et L’APPAT, pour le tournage de CAPITAINE CONAN qui vont les mener jusqu’en Roumanie. Le film, sorti en 1996, permet à Bertrand Tavernier de recevoir le César du meilleur réalisateur, et à Philippe Torreton celui du meilleur acteur. Le film va également remporter plusieurs prix dans différents festivals mondiaux.

Investi dans la défense des Sans-Papiers, et signataire de l’Appel à la désobéissance civique des réalisateurs, du 11 février 1997 Bertrand Tavernier est invité par Eric Raoult à aller vivre un mois dans une cité, en l’occurrence, celle des Grands Pêchers à Montreuil. Il en suivra un documentaire : DE L’AUTRE COTÉ DU PÉRIPH qu’il réalise avec son fils, Nils. Ce documentaire a été notamment sélectionné au Festival de Berlin en 1998.

Actuellement, Bertrand Tavernier est en post-production de son prochain long métrage, qu’il a écrit avec sa fille Tiffany et son gendre, Dominique Sampiero. CA COMMENCE AUJOURD’HUI raconte le combat d’un instituteur et directeur de maternelle contre les ravages de la crise économique dans le nord de la France. C’est Philippe Torreton qui incarne ce personnage volontaire entouré de Maria Pitarresi et Nadia Kaci. La sortie du film est prévu pour 1999.

Source : Little Bear (société de producion de BERTRAND TAVERNIER), Paris.
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