Portrait de blogueuses : la team L’Afro

Elles se battent pour une meilleure visibilité des Noir.e.s. dans une société française qu’elles définissent « monochrome », notamment dans les médias mainstream. Deux jeunes femmes nées en France et vivant à Paris ont lancé, il y a un an et demi, le blog L’Afro.

Elles s’appellent Dolorès Bakèla et Adiaratou Diarrassouba, elles ont 31 et 28 ans, et partagent une formation journalistique, une grande colère vis-à-vis des discriminations existant dans la société actuelle et une profonde envie de faire bouger les choses. Elles forment aussi un duo complémentaire : l’une a approfondi l’étude des sciences politiques, de l’allemand, des lettres modernes et de l’histoire, l’autre de l’anglais, de la civilisation nord-américaine, de la communication et de l’analyse des médias. L’une se définit comme « impulsive », l’autre plus « posée », deux énergies liées pour exprimer des combats communs. En cette fin de mois de février elles ont mené leur sixième évènement public, qui portait cette fois autour du traitement médiatique des afrodescendant.e.s en France.
Comme toujours, la salle était comble. Cette rencontre fait partie des débats réguliers qui accompagnent le blog L’Afro qu’elles ont créé le 31 octobre 2015, le même jour où a eu lieu la Marche pour la dignité et contre le racisme organisée par le MAFED(1), à Paris. Le but ? « Nourrir la multiplicité des histoires afrodescendantes en France », explique Adiaratou. Et Dolorès de rétorquer, qu’« il ne s’agit pas d’une simple plateforme de promotion, de relais d’informations et de faits divers sur les Afros ». Et pourquoi « L’Afro » ? Car c’est une des coiffures que les personnes noires peuvent porter quand elles sont Nappy : « l’expression nous parle en réalité d’une image renvoyée mais aussi ressentie : celle d’être d’origine subsaharienne, tout en conviant aussi les nombreux Nord-africain.e.s noir.e.s à s’y reconnaître » continue Dolorès.

L’actu des afrodescendant.e.s

Toutes les deux sont nées et ont grandi à Paris, l’une de parents congolais, l’autre de parents ivoiriens. Et c’est bien de ces ancrages qu’elles partent pour décrire par des enquêtes, des interviews et des reportages, l’actualité des « Afrofrançais.e.s » de métropole et des DOM TOM. L’ouverture, à Paris, d’une salle de concert baptisée originairement Le Bal nègre était au coeur des débats du 20 février et les a amenées à réfléchir sur l’importance du langage et de l’étymologie des termes selon le contexte et l’histoire de qui les emploie, en France métropolitaine, aux Antilles comme aux États-Unis. Sans se sentir héritières de l’histoire des mouvements et des cultures africaines-américaines – elles leur consacrent quelques articles – elles sont amenées par les imbrications de l’histoire à s’y rapporter : « On ne peut pas parler du mot ” nègre” sans nous référer à l’histoire de l’esclavage. Donc quand ça sert, on re-contextualise les choses » explique Adiaratou. Mais leur socle est surtout français et actuel. C’est ainsi par exemple qu’elles dédient une série aux acteurs et actrices afrofrançais.e.s, à l’image de Déborah Lukumuena, César du meilleur second rôle dans le film Divines. Ou qu’elles explorent « Les nuits afroparisiennes », série initiée en 2015, dans le cadre du magazine Afriscope.  Les figures féminines sont particulièrement mises en avant sur L’Afro. On y lit par exemple une interview avec Amandine Gay sur son film Ouvrir la voix, le portrait de la DJ Andy 4000 ou encore celui de l’astronaute Jeanette Epps. « Ce sont surtout des femmes qui sont à la manoeuvre des situations quand il s’agit de faire changer le discours, de faire avancer la pensée » constatent les bloggeuses. Elles en sont la preuve vivante : deux journalistes professionnelles, qui se forcent toujours de mener des analyses à la hauteur des sujets traités, avec rigueur et profondeur. Pour un engagement sans concessions, sur et hors le blog, Adiaratou et Dolorès affirment, à propos des nouvelles générations d’afrodescenant.e.s dont elles font partie : « Si on ne fait pas ce travail, il n’y a pas quelqu’un d’autre qui va le faire à notre place ». En avril prochain, elles invitent à une réflexion intitulée : « Médias afrodescendants, il faut qu’on parle ! »

Plus d’infos : lafrolesite.wordpress.com

1. Le collectif de la Marche des Femmes pour la Dignité.

Partager :

Laisser un commentaire