La rage de vivre des Dizzy Brains

Lire hors-ligne :

Les Dizzy Brains, les « cerveaux malades » se sont fait connaître à Madagascar (et au-delà) par leur style insolent et sincère.  Out of the cage » est leur cri de liberté.

Avec l’impertinent « Fais ton boulot mec! », lancé en 2016 au Petit journal de Canal +, en guise de défi au président malgache Hery Rajaonarimampianina, le groupe les Dizzy Brains a fait le buzz sur les réseaux sociaux. L’histoire des Dizzy Brains c’est celle d’une bande de jeunes de « Tana », la capitale malgache, assoiffés de liberté dans une société réputée conservatrice. La rencontre entre les musiciens s’est faite en 2011 pendant un festival à Antananarivo… sur le parking de l’hôtel Carlton. Normal pour un groupe de garage! « Depuis tout petit je jouais avec mon frère Mahefa le bassiste. On a connu les 2 autres musiciens il y a un peu plus d’un an. » explique le chanteur du groupe Eddy. « Mirana, le batteur aime le reggae. Poun, le guitariste est dans le jazz. Chacun amène son identité musicale pour faire du rock. C’est l’âme et le trésor du groupe. »

Leur originalité par rapport à d’autres groupes de rock malgache est de regarder résolument dans le rétroviseur avec des références aux années 60-70, comme Jacques Dutronc dont ils ont repris « Le cactus », les Sonics, les Rolling Stones, les Beatles, David Bowie… « On puise dans la base du rock, le blues, le garage, en apportant un peu de modernité et une touche malgache. »

 

Lever les tabous

Avec ses textes crus en malgache, Eddy torse nu et hagard sur scène, tel un Iggy Pop de l’Océan indien, écorne les tabous de la société malgache. « A Madagascar il ne faut pas parler de sexe, de politique et de religion. Mais nous on veut carrément casser ça! »  La chanson « Noana be » évoque la frustration sexuelle: « ça parle d’une fille qui se déshabille. Ce que nous petits Malgaches on aimerait avoir. Draguer les filles chez nous c’est assez difficile! » Le malaise exprimé est aussi social: « On raconte ce qu’on vit, ce qu’on voit dans les rues de Tana. Même quand on est très diplômé on ne trouve pas de boulot. Il y a tellement de corruption, de misère. On parle de ce qui n’est pas bien dans le pays pour avancer. Certains Malgaches veulent cacher ça. D’autres sont fiers de nous et disent: « Allez-y les gars! »

Le titre de leur premier album Out of the cage, sorti en mai 2017, chez Libertalia records, est révélateur de la rage qui anime les Dizzy Brains: « On veut sortir de cette cage dans laquelle on a été enfermée, du mépris qu’on subit depuis des années. » Le ton provocateur du groupe leur a valu des retours de bâton au pays: « Quelques personnes haut placées dans l’État nous attaquent sur les réseaux sociaux, nous traitent de « petits mecs incompétents ». Certains chansons comme « Vangy » qui signifie « les crocs », ou « Anao Inona » ne passent pas à la radio parce que ça dit que les jeunes ne peuvent rien faire de leur vie. Les radios et les télés ne veulent pas avoir de problèmes avec l’État. Ils font de l’autocensure par peur que leurs locaux soient saccagés. En 2009 une radio a été brûlée par des gens excédés qu’on y parle tout le temps de pauvreté. »

Sortir de la merde!

Pour Eddy et ses amis le cliché sur la pauvreté à Madagascar ne tombe pas du ciel: « Quand on vient jouer en France on nous parle tout le temps de Madagascar comme un pays pauvre et très corrompu. Mais c’est vrai! C’est un beau pays mais les Malgaches ne se rendent pas compte de leur réalité. Ils sont assez fatalistes. Nous on est issus de classe moyenne. Autour de nous il y a tellement de gens pauvres qu’on ne peut que les plaindre. Chez nous l’eau sent la merde. Alors que notre gouvernement prétend que l’eau est potable. Ça en dit long sur l’Histoire de ce pays!» D’ailleurs, lors de leurs concerts en Europe les Dizzy Brains n’hésitent pas à interpeller la diaspora malgache, estimant qu’elle n’est pas assez consciente des problèmes de Madagascar.

Après une tournée internationale cette année, avec des eargasms remarqués au Québec, au Maroc et en Corée du sud mais aussi à l’automne en France aux festival Vibrations urbaines de Pessac et Rio Grande de Montauban les Dizzy Brains sont partis se ressourcer au pays… en attendant un deuxième album prévu en 2018.

 

 

 

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Ce contenu vous intéresse ? Africultures a besoin de vous pour continuer d'exister. Alors soutenez-nous !

Laisser un commentaire