Regards d’artistes sur les archives #1- Tarz par Héla Ammar

Notre partenaire, le site Fotota, initie une série d’entretiens avec des artistes qui utilisent les archives photographiques. Première à ouvrir le bal, Héla Ammar, à travers sa pratique photographique, veut témoigner des changements qui s’opèrent dans la société tunisienne depuis la chute de la dictature. Tarz (2015) est sa dernière installation. Présentée à Sidi Bou Saïd, Marseille et Bamako, Tarz rend compte des soubresauts de l’histoire politique tunisienne, à travers un fil rouge qui tisse entre eux différents fragments de la mémoire historique de la résistance populaire qui ne s’est jamais tarie depuis la colonisation française. Héla Ammar a littéralement « brodé » des images d’archives, privées et officielles, mais aussi ses propres photographies, pour mieux saisir l’empreinte qu’a laissé l’image de la révolution tunisienne dans sa mémoire.

Dans quel contexte social et politique est née l’installation Tarz ?
Tarz (qui signifie « broderie » en arabe) est née peu après la révolution tunisienne. La chute de la dictature a notamment permis de libérer l’image de la fonction de propagande dans laquelle le régime l’avait enfermée. Très vite, l’image de reportage ou documentaire s’est taillée une place de choix, traduisant d’abord l’énorme besoin d’immortaliser les moments uniques que nous étions en train de vivre, pour ensuite témoigner de sujets dont l’exploration était jusque-là interdite.
Étrangement, cette soif d’images de l’instant présent a provoqué chez moi un manque des images du passé. Comme si cette présence soudaine d’une Tunisie en pleine effervescence révélait l’absence de tous les pans d’une Tunisie occultée ou reniée. C’est dans cette quête de repères temporels que s’insère ce projet. Cela correspondait à un besoin de replacer cet événement majeur dans le cours de l’histoire de la Tunisie et d’interroger une mémoire tronquée.
Cette installation photographique mêle aux archives des images du présent. Le tout, relié par une broderie de fil rouge, tisse un champ spatio-temporel unifié et constitue une tentative de recoller les fragments d’une mémoire éclatée. Un fragment est par définition la partie d’un tout. Pris isolément, il peut suggérer l’image entière, de la même manière qu’il en révèle ce qui en est absent. C’est un peu la logique de cette mosaïque : des fragments de passé et de présent se juxtaposent dans une tentative désespérée de former un tout.

D’où viennent les images d’archives de cette installation ?
J’ai eu énormément de mal à rassembler les images d’archives. En raison du passé militant de mon aïeul, je me suis naturellement dirigée vers les archives familiales mais une bonne partie d’entre elles avaient été détruites, faute d’entretien. Quant aux autres, elles étaient largement éparpillées.
En Tunisie, les Archives nationales sont centralisées, depuis 1999, dans une bâtisse moderne, répondant aux normes de conservation des documents d’archives. Les institutions publiques du pays ont l’obligation légale d’y déposer leurs archives auxquelles s’ajoutent des dons privés.

Lire la suite de cet entretien sur le site FOTOTA, blog dédié aux enjeux de la recherche sur la photographie en Afrique.

///Article N° : 13476

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