Rêves de poussière

De Laurent Salgues

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Vent du désert, espace de poussière, écran large, des hommes sortent en tous sens de terre comme des martiens. Une mine d’or au Burkina Faso. Mocktar (Makena Diop) a fait la route depuis le Niger pour y travailler. Sa réserve mais aussi sa dignité masquent une douleur que le film révélera peu à peu. Il vient se mêler à ces orpailleurs, sorte de légionnaires venus d’ailleurs, prêts à risquer leur vie dans ces goulots aux plafonds fragiles sans qu’on puisse sauver ceux qu’ils enfouissent. Pour beaucoup, le rêve de richesse a fait long feu et leur galère d’immigrés est une dérive de la vie que Laurent Salgues explore comme une allégorie du drame africain.
Tons sable et ocre, clairs-obscurs et demi-teintes, même les vêtements de travail sont au diapason d’une poussière qui envahit tout même les rêves, et qui rappelle celle qui s’élève quand on enterre un mort. Elle colle au visage et au corps à la sortie de la mine, faisant chaque jour selon un tragique rituel de ces demi-fous des revenants. La mine est leur prison. Ils en acceptent sans broncher les règles sans merci, du racket du patron aux conditions de travail inhumaines, et leur labeur n’a rien à envier à Sisyphe. La distribution des rôles est immuable, et lorsque l’ouvrier Thiam (Rasmane Ouedraogo) devient patron, sa fonction triomphera de l’humanité qu’il portait en lui.
Tout cela, Laurent Salgues le décrit sans sociologie, avec force plans fixes extatiques d’une sourde beauté plastique, souvent à distance, sans intrusion autre que le devenir des hommes dans un monde sans pitié. Il s’appuie sur la faculté de Makena Diop et Rasmane Ouedraogo à porter l’intériorité de leur personnage pour faire de son film une douce et lente méditation monochrome s’élevant au niveau de celle de Mocktar, un regard désabusé et sans jugement sur un monde qui tourne en rond, un rêve de richesse inaccessible, car lorsque l’or est enfin trouvé, cela ne profite à personne qu’à celui qui donne pour retrouver son intégrité. Cet orpailleur aux mains de paysan ne pourra que perdre ses visions dans les dunes du désert qu’est devenue sa vie, mais avec la dignité d’un continent qui conserve au fond de lui le sens de la valeur des êtres et de la place des choses.

///Article N° : 4541

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