Safâa Erruas

Désirs et douleurs d'une fente originelle

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Le sang qui coule dans mes veines

« Le sang qui coule dans mes veines » interroge la tension permanente entre le monde extérieur et l’intime, dans un langage minimal et silencieux. Les images, composées de très légers et longs mouvements, communiquent une réalité émotionnelle d’une douceur apparente qui n’exclut pas pour autant la violence.

Son installation tient dans une toute petite boîte. De sa douce main, Safâa Erruas déploie de petites aiguilles à la pointe recouverte de ouate, destinées à donner corps à une œuvre longiligne d’au moins un mètre. Sa mise en forme, nous informe Safâa, requiert deux journées de travail. Labeur dont la lenteur mesurée et la minutie rappellent les tâches féminines ancestrales.
Une surface blanche et plane est la seule exigence de l’artiste qui a inscrit son nom dans l’histoire de l’art par ses œuvres d’une blancheur monochrome rappelant étrangement les murs peints à la chaux des médinas marocaines.
Comme seul outil, nous demande-t-elle, un marteau. L’esprit peine alors à s’imaginer qu’un instrument de martèlement violent puisse se rendre au service de la douceur et la fragilité contenues dans ses œuvres.
Et c’est là que se trouve toute l’intensité de ses installations. Cette tension entre la délicatesse et la violence que l’on peut toutes deux associer à l’expérience féminine. Car dans l’économie plastique qui fait la force de son œuvre, dans son minimalisme esthétique, se lit la forme féminine en son point d’intimité le plus profond. Cette fente originelle est mise en exergue à la surface d’une cimaise par la main experte de l’artiste et un jeu de lumières calculé. Source d’attraction sexuelle, centre des plaisirs charnels, elle est aussi réceptacle des douleurs infligées par un « désir qui lacère » et par le poids des coutumes qui refusent toute voie d’accès au jeune corps féminin.
Par sa blancheur immaculée, cette forme oblongue donnée par les aiguilles, n’est pas tant l’incarnation du sexe féminin que le signe d’un con universel sur lequel Erruas inscrit l’expérience de toutes les femmes. Qu’il s’agisse du dévoilement et de l’offrande de soi – la fente en effet exposée est offerte au public – ou au contraire, de l’interdit suggéré pas les fils suturaux dont la douce scintillance argentée se révèle quelque peu troublante.

///Article N° : 10386

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