Saint-Louis d’hier à demain : un creuset de l’histoire

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Dans le cadre du 350ème anniversaire de la Fondation de St Louis, Roland Colin – anthropologue, économiste et écrivain – a donné (le 30 mai 2009) une conférence aux Comptoirs du Fleuve à Saint-Louis du Sénégal sur l’histoire de cette ville emblématique. En voici le texte.

Saint-Louisien un jour, Saint-Louisien toujours
(Adage populaire)

Indéniablement, la ville sénégalaise de Saint-Louis est un creuset de l’histoire. S’y ébauchèrent les modèles successifs du système colonial, avant qu’y prenne forme la naissance d’une conscience politique de dépassement et de libération du rapport inégalitaire qu’il implique. Sa situation extraordinaire à l’embouchure du Fleuve ouvrant la voie d’accès à l’Afrique profonde, au carrefour du front d’acculturation atlantique et du front d’acculturation saharien, l’avait vouée aux aventures fondatrices de l’interculture et du métissage. En ce temps de commémoration, je ne veux retenir que quelques-unes des étapes marquantes de ce cheminement exemplaire.
1816 : le message révolutionnaire de Jean Dard
1816 : une année charnière. La défaite des armées napoléoniennes s’accompagne d’un remaniement stratégique dans la géopolitique intercontinentale. L’Angleterre, à la tête des vainqueurs, a profité plus que toute autre nation des bénéfices du commerce triangulaire esclavagiste, qui ont alimenté, pour une part décisive, la première révolution industrielle. D’autre part, ses colonies américaines et leur économie de plantation viennent de s’émanciper. Elle devient, en conséquence, adversaire de la traite négrière, barrant ainsi la route à ses concurrents qui en avaient tiré moindre profit. On entre alors dans l’ère de la colonisation territoriale. Faute de la transporter outre-Atlantique, on utilisera la main d’œuvre servile dans son site d’origine. Chaque nation colonisatrice s’efforcera ainsi de conquérir le maximum de territoire à partir des bases de traite côtières. C’est le début du grand partage de l’Afrique, qui aboutira, 70 ans plus tard, au traité de Berlin, en 1885.
La France va récupérer ses bases coloniales historiques. Saint-Louis en est le fleuron africain. Louis XVIII charge le colonel Schmaltz de reprendre possession de la ville occupée par les Anglais. Le nouveau gouverneur s’embarque sur la Méduse, survit au naufrage et, nonobstant le drame atroce du radeau abandonné, arrive à bon port en juillet 1816. Il a pour mission d’assurer la « mise en valeur » du territoire qui fera l’objet de l’expansion et de la conquête. Il installe l’agronome Richard, « jardinier du Roy », dans une première station d’expérimentation, qui sera dénommée Richard Toll. Mais, pour encadrer les projets et l’action agricole, il faut des auxiliaires des colons blancs. Le Sénégal n’avait pas d’école pour former cette classe d’intermédiaires. Schmaltz décide donc de créer la première école dans l’espace africain d’influence française. En octobre 1816, il fait venir un jeune instituteur, Jean Dard, et c’est le début d’une extraordinaire aventure. Jean Dard découvre avec effarement que ses élèves ne parlent pas français, alors que lui-même ignore leur langue maternelle. Il décide d’apprendre le wolof, en rédigera la première grammaire et le premier dictionnaire, et instaure de la sorte un enseignement bilingue, radicalement inédit, la « langue des racines » servant de fondement à l’apprentissage de la lecture et de l’écriture, avant que l’on en vienne au français.
Cette démarche, jugée révolutionnaire, soulève une tempête de polémiques. C’est reconnaître la dignité de langue et de culture à part entière à un « idiome nègre », considéré jusque là comme appartenant à une population n’ayant pas émergé de sa « barbarie ». Il y a, à la clé, des enjeux immenses : la reconnaissance du droit à la différence, la légitimation langagière du métissage, et donc, en germe, la négation du principe fondateur de l’exploitation coloniale. Schmaltz soutient Dard. Le système tient une quinzaine d’années avant que s’affirment victorieusement les forces contraires. Vers 1840, l’instauration de la traite de l’arachide s’accompagne de l’avènement d’une politique de normalisation scolaire et culturelle au bénéfice du seul français, confiée à la congrégation des Frères de Ploërmel, qui avaient fait leurs preuves dans ma Bretagne natale, où ils avaient été chargés de procéder à l’éradication du breton.
L’émergence d’une conscience identitaire
Mais l’expérience n’avait pas été vaine. Elle s’était accompagnée d’une accentuation d’une certaine conscience sociale et culturelle, pour laquelle Saint-Louis s’était révélée pionnière, dans la voie de la rencontre et du métissage. L’abbé Boilat, lui-même mulâtre autochtone, en sera le porte-parole, au milieu du siècle, s’attachant à formuler avec talent et courage une première revendication d’accession des élites africaines au partage de la responsabilité. Dans le même temps, le maire de Saint-Louis, lui aussi mulâtre, Durand-Valantin, sera, en 1848, le premier député d’un territoire africain admis à siéger au Parlement français.
Malgré les retours en arrière, au sein de la population Saint-Louisienne s’affirmait de la sorte une conscience identitaire africaine qui ne se démentira plus, et aboutira à la formation d’une élite sociale et politique, qui jouera un rôle de premier plan lorsque viendra l’heure de la transformation et de la rupture du lien colonial. Je dois ainsi rappeler que, de façon indépendante du « mouvement de le Négritude » lancé à Paris par Césaire, Senghor et Damas, au début des années 1930, s’était mis en place à Saint-Louis un cercle que ses membres nommaient « groupe de l’authenticité », qui comprenait notamment Mamadou Dia, Abdoulaye Sadji, Fara Ndiaye, jeunes instituteurs refusant de se couler dans le moule colonial. Pour avoir solennellement jeté, du haut du pont Faidherbe, leur « casque colonial » dans le fleuve, imposé par la tenue officielle de « l’évolué », ils furent sanctionnés et mutés « en brousse ».
Mais la création d’un « Conseil colonial », devenu Conseil général, avait commencé d’associer, même si cela était bien timide, les représentants de la population à la gestion des affaires publiques : une pré-capitalisation, en quelque sorte, de l’expérience démocratique espérée, dont Saint-Louis demeurera le site emblématique.
Le temps de l’autonomie première
Le choc de la Seconde guerre mondiale ébranle tous les systèmes coloniaux du monde. La France va tenter, dans un premier temps, de préserver son fief, en faisant évoluer son empire colonial en « Union française », dans la ligne des promesses faites par de Gaulle à la Conférence de Brazzaville en janvier 1944, qui accordaient de nouvelles franchises aux populations des Territoires coloniaux, tout en excluant l’indépendance. Il s’agissait, en préservant la prééminence du pouvoir central français, de promouvoir une décentralisation accompagnée d’une certaine participation aux assemblées de la République, dans la voie de l’assimilation. Mais cette position s’avéra difficilement tenable. En effet, admettre progressivement l’égalité des droits, c’était, à terme, aboutir à mettre en minorité la population hexagonale dans les instances de pouvoir. Elle n’était en aucune façon prête à l’accepter.
On en revint donc à faire droit à une autonomie différenciée et dissymétrique. Ce fut la fameuse « Loi-cadre » du 23 juin 1956. Dès lors, je puis parler en acteur-témoin. J’étais Saint-Louisien à l’époque, chef de cabinet du gouverneur du Sénégal, Don Jean Colombani. Ce dernier affichait une sympathie qui n’était pas de mise pour Senghor et Dia, qui contraient la balkanisation soutenue par Paris. Colombani fut limogé. Je le suivis. En mai 1957, au moment de constituer le premier gouvernement de la Loi-cadre, Senghor me demanda de revenir au Sénégal, et c’est ainsi que j’entrai au cabinet de Mamadou Dia, où je resterai jusqu’en décembre 1962 ; Ce fut une étape passionnante. J’en évoquerai quelques épisodes marquants, touchant plus particulièrement Saint-Louis.
Dans un premier temps, Mamadou Dia me chargea du dossier du transfert de la capitale de Saint-Louis à Dakar. Ce fut une affaire difficile, complexe, voire douloureuse, mais nécessaire au regard de la raison d’Etat et de la stratégie politique institutionnelle. Dans le cadre de la balkanisation en acte, le risque était évident autant qu’insoutenable de voir Dakar érigée en place de souveraineté extra-territoriale, ce qui aurait représenté une amputation mortelle pour le Sénégal. La France y poussait. Le ministre Jacquet, versant de l’huile bouillante sur les plaies, vint à Saint-Louis défier les pouvoirs sénégalais en soutenant les thèses de leurs adversaires. Malgré les oppositions, dont on ne comprenait que trop les fondements humains, la décision fut maintenue et appliquée, avec la promesse que Saint-Louis garderait sa place de « cœur de la nation », au regard de laquelle se reconnaissaient l’essentiel des jeunes élites autant que les anciens.
La marche à l’indépendance : Saint-Louis le 12 décembre 1959
La marche à l’indépendance fut une rude aventure, entre l’impatience motrice de Mamadou Dia et la prudence résignée de Léopold Senghor. L’un et l’autre constituaient une équipe miraculeuse pour franchir les obstacles. Ils le firent ensemble jusqu’au drame de décembre 62.
Après l’épisode à vif du Référendum de septembre 1958, où de Gaulle soumettait ses partenaires au choix quasi impossible entre l’indépendance et les liens avec la France, au prix de graves blessures politiques, l’issue avait été déterminée, non sans problèmes de conscience, par Mamadou Dia, à la fois chef du gouvernement et Secrétaire général du parti, l’UPS, et cela malgré les flottements senghoriens. Le Sénégal voterait « oui » à la Communauté, du fait, particulièrement, qu’il était du plus haut risque d’accéder à l’indépendance nominale sans avoir mis à bas l’économie de traite. Mais il annonçait solennellement qu’il s’engagerait immédiatement dans un vaste Plan de développement, dont la finalité était, dans les quatre ans au plus tard, de créer les conditions de l’indépendance réelle, en instaurant une démocratie participative, articulée avec le démantèlement des dominations économiques et une révolution des structures. Dans le même temps, le Sénégal s’engagerait avec détermination dans la création de la Fédération du Mali, que la France affectait d’ignorer
Le dénouement eut lieu à Saint-Louis, le 12 décembre 1959, lors du Conseil exécutif de la Communauté, dont ce fut la dernière réunion – événement majeur, où de Gaulle reconnut officiellement le droit à l’indépendance et où furent annoncées les négociations de transfert de compétences. J’en ai gardé un souvenir très vif, d’autant plus que je présidais le comité d’organisation de ce Conseil exécutif. J’évoquerai le moment le plus fort de cette grande échéance historique.
A la fin de la réunion du Conseil, où le Sénégal était représenté par Mamadou Dia, chef du gouvernement et premier chef de l’Etat sénégalais, de Gaulle, après avoir accepté la demande du Sénégal et du Soudan, liés au sein du Mali, d’ouvrir la voie de l’indépendance, avait conclu, non sans émotion, son intervention par une phrase de l’Evangile reprenant les propos du Christ aux pèlerins d’Emmaüs : « Restons ensemble, car il se fait tard ».
Aussitôt après, le général de Gaulle et Mamadou Dia marchèrent côte à côte vers la tribune installée place Faidherbe, où plus de 30 000 personnes étaient rassemblées. Il était 17 heures, et la lumière du soleil couchant donnait à la scène une coloration magique. L’Agence de Presse Sénégalaise notait : « Tout autour de la place, les balcons et les terrasses des immeubles étaient garnis de grappes humaines et des enfants étaient même montés dans les arbres ».
Mamadou Dia prononça le premier discours : « Voici que, depuis trois jours, Saint-Louis du Sénégal est devenue la capitale de la Communauté. Voici que nous vivons un grand moment de l’histoire de notre vieille cité, et que nous ressentons l’émotion de cette gloire neuve et inattendue. Nous voyons là la preuve que le transfert de la capitale n’a pas été un abandon. Nous y voyons la preuve, surtout, que la vocation historique d’une ville s’explique autrement que par la géographie, l’économie, quelle que soit l’importance que ces facteurs jouent à nos yeux, par delà les impératifs politiques ou administratifs les plus immédiats. Il en est des cités comme des hommes, dont le destin est d’être toujours au carrefour des chemins de l’histoire, d’être toujours présents pour porter de solennels témoignages – des cités qui ne meurent jamais… ». Mamadou Dia, après avoir insisté sur le sens de l’indépendance, réaffirme ses options fédéralistes, en marquant que le Conseil de Saint-Louis représente l’ouverture à l’indépendance pour tous les Etats : « Nous espérons que les autres Etats autonomes auront, eux aussi, leur indépendance, non dans la rupture ou la sécession, mais dans l’association et l’amitié. Nous nous efforcerons d’établir de plus en plus fermement les liens de notre solidarité économique et culturelle avec eux ».
En réponse, le discours du général de Gaulle, en termes émouvants et forts, confirma l’avènement de la liberté : « En voyant cette grande et belle place, en apercevant ce fleuve puissant, et en considérant la foule innombrable qui m’entoure, je veux évoquer les trois cents ans qui furent ceux de l’histoire de Saint-Louis (…) Pendant ces trois siècles, votre ville a fait peu à peu son caractère, qui est celui de la noblesse dans la douceur, celui de la distinction, celui de la valeur populaire ». Evoquant l’interpénétration des cultures et des sociétés, le général poursuit : »Hors de France, il n’y a pas une ville au monde où un Français ne se sente chez lui mieux qu’à Saint-Louis, et il n’y a pas une ville au monde où un Sénégalais ne se sente chez lui mieux qu’à Paris (…) Il y a là un capital de compréhension, d’estime, d’affection réciproque dont nous avons tous hérité, et que nous serions fous et bien coupables de renier aujourd’hui, au milieu d’un monde qui est rempli d’hostilité, de fureur et de haine. Mais c’est un fait que cette interpénétration ne suffit pas à constituer la base des rapports du Sénégal et de la France, en raison des droits de l’homme que la France a proclamés, en raison des droits des peuples à disposer d’eux-mêmes que la France approuve…En raison des grands courants qui ont été déclenchés dans le monde par les immenses bouleversements des deux guerres mondiales, nous voyons une vaste transformation s’opérer sur cette terre et dans bien d’autres.
Nous voyons le Sénégal ayant acquis son gouvernement, nous le voyons voulant, avec son voisin le Soudan, constituer la Fédération du Mali, et nous le voyons demander à accéder, pour le Mali et pour ses deux composantes, à la souveraineté nationale. Cette évolution s’est produite et continue de se produire non seulement avec l’accord, mais avec l’aide de la France ».
C’est donc à Saint-Louis que le chef de l’Etat français reconnaît explicitement le « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », c’est-à-dire la fin de la domination coloniale. Dès lors, la chaîne de libération s’appliquera inexorablement à tous, incluant l’Algérie malgré les difficultés extrêmes à sortir d’une guerre meurtrière. Le Sénégal y aura joué son rôle, qui n’était pas mineur, et que l’histoire doit reconnaître.
La lutte pour le développement et la démocratie participative
Je dois évoquer ensuite la brillante stratégie de développement libérateur lancée par Mamadou Dia dès octobre 1958, et approuvée par Senghor dans ses étapes fondatrices. Le Plan de développement du Sénégal, élaboré avec le concours du Père Lebret et de ses équipiers, représentait une novation absolue pour l’Afrique, réunissant la science, la technique et l’engagement politique, en faisant la part belle à l’enracinement social et culturel.
Je me souviens, j’étais présent. C’est à Saint-Louis que se tint la séance conclusive des travaux d’élaboration du Plan. Au côté de Mamadou Dia, il y avait, entre autres, Lebret, Karim Gaye, le Ministre du Plan et du développement, André Guillabert, qui représentait l’Assemblée nationale, et aussi Daniel Cabou, gouverneur de la Région. Ce fut le début d’une grande aventure : l’Animation rurale apparaissait comme l’arme éducative décisive au service de la démocratie et du développement. Puis les orages se sont levés. J’ai répondu au devoir d’en retracer minutieusement l’histoire, là encore en acteur témoin, dans Sénégal notre pirogue, au soleil de la liberté. Le drame a voulu que les deux frères, compagnons des combats de la première heure, par une cruauté du destin, ne puissent surmonter les fissures, devenues fractures, d’un cheminement au départ exemplaire.
Senghor était le champion d’un nouveau message de portée immense : la réhabilitation des valeurs identitaires de la Négritude appelait la rencontre, le métissage des intelligences, des cœurs, des projets humains. Dia était, à cet égard, son disciple fervent, engagé, efficace. Il représentait, lui-même, la conscience et les valeurs du Sénégal profond dont il procédait. Il avait vécu cet éblouissement de la fécondation des deux univers dès le temps de ses apprentissages Saint-Louisiens de jeunesse, à l’école Blanchot, qui l’avaient préparé à accueillir ce message senghorien, conciliant naturellement les deux versants de sa culture.
Pour Senghor, dans son monde personnel, par delà les fulgurances de l’intelligence, le vécu des contradictions, privé qu’il avait été d’une adolescence des racines, s’avérait plus douloureux, comme une blessure tenace, que l’accession aux jeux du pouvoir ne fit qu’aviver, en le faisant rompre avec les forces équilibrantes du vécu ordinaire. C’est, en effet, dans le vécu ordinaire que s’opérait l’ajustement naturel des sensibilités sociales de Senghor et Dia, pour le meilleur de la pensée et de l’action. J’en ai été témoin et confident. Puis le temps vint où, émergeant à la solitude institutionnelle de sa position au sommet de l’Etat, Senghor vit se rompre les fils du dialogue vital et quotidien avec son compagnon. Dès lors, tous les traquenards des ennemis de l’entreprise commune pouvaient être tendus. Ils le furent. Ils devinrent imparables du fait que la communication humaine entre eux deux était rompue.
Ce que l’on a nommé « coup d’Etat », bien abusivement, dans le décours des événements qui suivirent, n’avait été, en réalité, qu’une péripétie, à la fois dérisoire et tragique, traduisant un non-sens humain et politique, et rejetant Senghor dans la solitude dorée des honneurs de la République, et Dia dans celle, infiniment cruelle, de la prison brûlante de Kédougou. D’une certaine façon, un drame à hauteur de l’antique tragédie grecque, au grand dam de l’histoire africaine, qui avait bien besoin de ces deux hommes ensemble. Un épisode tragique, dans la série des drames du continent qui virent tomber une série de figures emblématiques : Lumumba, Amilcar Cabral, Thomas Sankara et tant d’autres.
Un message pour le présent et le futur
Mamadou Dia, vieux lutteur, à peine sorti de prison, après douze années de souffrances, lance un nouveau message en fondant, le 13 avril 1975, l’Internationale Africaine des Forces pour le Développement, aux côtés de Joseph Ki-Zerbo, de Cheikh Hamidou Kane et de quelques autres, mus par une passion militante. Pour sortir du piège des appareils d’Etat trop vulnérables par eux seuls aux forces extérieures, il faut revenir aux sociétés civiles, c’est-à-dire enraciner la démocratie et le développement dans le peuple.
L’initiateur du mouvement, qui se vit lourdement entravé par les pouvoirs en place, indique ainsi la voie à suivre, exprimant le fruit de ses longues méditations carcérales : « Donner droit de cité, au sens très précis et très élémentaire du terme, aux communautés de base, demeurées marginales bien que socialement et physiquement majoritaires dans la contexture des nations africaines. Non pas pour nier la nécessité des appareils d’Etat, non pas pour déclencher contre eux des luttes stériles et vides de sens, mais pour partir de l’autre versant de la réalité, du versant ignoré, marginalisé, dominé, voire écrasé – et l’aider à se forger sa propre conscience en vue de son propre développement.« 
J’émets le souhait très vif, en cette cité Saint-Louisienne fêtant un prestigieux anniversaire, en cette capitale historique de la mémoire et de la conscience, terre natale d’Alioune Diop, fondateur de Présence Africaine, grand mouvement de libération des valeurs de la Culture où se reconnaissaient Senghor et Dia, que ces paroles fortes, semences d’espoir, portent leurs fruits dans le monde tourmenté, en perte de repères, qui est notre fief commun.

///Article N° : 8731

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