Sans justice, il ne peut y avoir de réconciliation

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Mis sur le devant de la scène par le procès du présumé génocidaire Pascal Simbikangwa, le Collectif des parties civiles rwandaises (CPCR) se bat aux côtés des victimes des massacres perpétrés au Rwanda pour faire condamner quelques-uns des présumés responsables. Le collectif compte près de 200 membres. Afriscope a rencontré Alain Gauthier, son directeur et cofondateur.

Comment est né le collectif ? En 2001, mon épouse Dafroza et moi-même avons eu l’idée de ce collectif pour soutenir les familles des victimes des présumés génocidaires vivants en France et leur rendre justice. Treize ans après, il ne se passe pas un jour sans qu’on ne pense à ce génocide. nous passons nos vacances au Rwanda pour enquêter, rencontrer des victimes, des témoins… C’est difficile mais ce combat participe à notre travail de résilience. C’est toute notre vie.

Le collectif existe depuis 2001 et le procès de Pascal Simbikangwa est le premier à s’ouvrir en France. Pourquoi une telle lenteur dans l’instruction des dossiers ? Le pouvoir politique français freine le travail de justice. L’implication ou l’absence d’implication de la France dans l’une des plus grandes tragédies du XXe siècle est difficile à accepter pour le gouvernement. Résultat : alors que la Belgique a déjà initié une dizaine de procès et que la France reste le refuge de dizaines de présumés génocidaires, rien d’autre n’est fait.

Le procès s’ouvre à quelques semaines de la 20e commémoration du génocide. Est-ce une coïncidence ? Oui. Et c’est vrai que ça nous aide à faire parler de nous. mais ce combat de longue haleine doit continuer au-delà des commémorations. nous avons constitué 25 dossiers qui attendent d’être instruits !

Qu’attendez-vous de ce procès ? Que les victimes soient entendues. Que justice soit rendue. Que d’autres procès puissent s’ouvrir. Il reste beaucoup à faire.

Pourquoi avoir choisi la justice comme arme ? C’est le meilleur moyen pour rendre aux victimes leur dignité. sans justice, il ne peut y avoir de réconciliation.

Ne pensez-vous pas que 20 ans après, il soit préférable de tourner la page… On nous accuse régulièrement de ré-ouvrir des plaies. faudrait-il alors nous taire ? mettre un mouchoir sur nos douleurs et oublier ? Non ! Des crimes ont été commis, des familles de victimes attendent réparation depuis 20 ans. sans haine, sans vengeance, ce combat est un devoir.

Alain et Dafroza Gauthier

Alain et Dafroza se sont rencontrés au Rwanda dans les années 1970. Elle, Tutsi doit fuir vers le Burundi puis la Belgique. Ils se retrouvent en France plus tard et se marient. De visite auprès de sa famille, Dafroza quitte le Rwanda quelques semaines avant le génocide. Se considérant comme « miraculée », elle s’engage auprès des victimes des massacres de 1994.

Quid de la justice internationale ?

Le génocide des Tutsi du Rwanda est le crime de masse le plus jugé de l’histoire : au Rwanda et par les juridictions pénales internationales. selon le principe de « compétence universelle » n’importe quel état peut juger devant ses juridictions des crimes internationaux qui heurtent la conscience de l’humanité (génocide, crime contre l’humanité, crime de guerre). c’est ainsi que sous la pression de cinq ONG, le premier procès d’un génocidaire présumé a pu s’ouvrir en France.

Pour en savoir plus :

– Consultez le site web collectif sur www.collectifpartiescivilesr…

– Suivez jour après jour, le procès de pascal simbikangwa : proces-genocide-rawnda.fr

– Lisez : sur la piste des tueurs. Maria Malagardis. Flammarion. 2012. Un livre sur le combat de Dafroza et Alain Gauthier.///Article N° : 12380

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