Sauvons le cinéma Guimbi !

Entretien d'Olivier Barlet avec Berni Goldblat

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Toujours gonflé d’énergie, le cinéaste Berni Goldblat (Ceux de la colline), qui vit à Bobo-Dioulasso au Burkina Faso, anime une association pour reconstruire le cinéma Guimbi et en faire un centre socio-culturel susceptible de soutenir le développement culturel de la ville tout en étant antenne d’un réseau des initiatives africaines de ce type.

Vous êtes au festival de Cannes pour promotionner le sauvetage du cinéma Guimbi de Bobo-Dioulasso. Comment procédez-vous ?
Oui, nous avons le plaisir d’être à Cannes en partenariat avec l’ACID et la Quinzaine des Réalisateurs qui nous ont aidés à être là et à faire du bruit autour du projet. L’ACID projette chaque soir notre spot de 50 secondes avant les films, ce qui est super car les salles sont pleines. Nous figurons également en pleine page dans le catalogue de l’ACID. Le mardi 21 mai, la Quinzaine des Réalisateurs nous offre sa plage pour un happy hour de 18 h à 20 h et on va faire du boucan ce jour-là, avec un micro, un écran et des films ! On espère recueillir des fonds : on a fait 400 t-shirts pour Cannes et on vend des sièges comme d’habitude (on en est à 43 sièges à ce jour). On distribue les 10 000 flyers et cartes postales qu’on a imprimés, bref, on essaye de sensibiliser la profession.

Cannes fait suite à un certain nombre d’événements où vous étiez déjà présents. Vous vous battez vraiment pour la réouverture de ce cinéma !
Oui, nous avons été au Festival des films africains de Lausanne, au festival Cinémondes de Lille, à Black Movie de Genève, au FIFF de Namur, au Fespaco bien sûr (Michel Ouedraogo, son délégué général, sera là pour nous appuyer au happy hour). On se bouge !


IL FAUT SAUVER LE CINE GUIMBI – Berni Goldblat… par kdiffusion

Et Gaston Kaboré est votre parrain.
On avait besoin d’un poids lourd pour donner force au projet. Il a accepté le titre de secrétaire général de notre association de soutien aux cinémas du Burkina Faso qui sous-tend le projet.

C’est un véritable défi d’arriver à réunir les fonds pour reconstruire ce cinéma !
Oui, Cannes est un festival énorme où l’Afrique n’intéresse pas tout le monde, les quelques convaincus étant déjà convaincus. L’enjeu est de dépasser ce cercle. Mais hier soir, le directeur du cinéma les Arcades m’a demandé le spot pour le diffuser dans tous les cinémas Arcades de France. C’est ce qu’on cherche : ouvrir le projet, sortir du ghetto africain, car ce projet concerne tout le monde. La fermeture des salles est un phénomène mondial.

Où en est le projet aujourd’hui ?
On est à une phase cruciale qui est de sécuriser le terrain. Ce terrain de 1400 m2 situé en plein centre de Bobo menaçait d’être revendu à des commerçants.

Je me souviens que lors du Fespaco, une grande avancée avait été obtenue.
Oui, car on avait eu un financement qui va pouvoir sécuriser le projet. Il a fallu des procédures : notaire, création de l’association propriétaire de la parcelle. Au mois de juin, tout cela sera réglé. Nous avons eu en outre un financement de la Coopération suisse de Ouagadougou de 25 millions de Fcfa, environ 40 000 €, qui nous permettra de commencer le chantier. Tous les dons qui arriveront dorénavant seront « pour du dur », c’est-à-dire à une association propriétaire. On en est à 28 % du budget.

Cela pose toutes les questions de la construction d’une salle de cinéma !
Oui, à Cannes on essaye de rencontrer les spécialistes des constructions de salles pour voir tous les problèmes qui se posent en termes d’architecture pour le son notamment. On voudrait faire une jolie salle de cinéma, qui s’inscrive dans la ville, avec une architecture sahélo-soudanaise tout en respectant les normes de sécurité.

Combien vaut un siège ?
300 euros. On en est à 43, le nom de l’acheteur étant inscrit derrière le siège. Il y a des groupes d’élèves dans des écoles qui en achètent : 30 à 10 € chacun, ça fait un siège. Il y a des associations qui s’y mettent et ce qui me fait plaisir, c’est que c’est aussi le cas en Afrique même. Cela prend de l’ampleur et ce n’est pas nominal forcément : on peut acheter un siège à 100 ! C’est une façon positive de participer à un projet emblématique en Afrique, de développement culturel. C’est un projet pilote qui devrait donner des idées à d’autres : ce n’est pas à proprement parler une salle de cinéma mais plutôt un centre culturel avec éducation à l’image, une programmation inclusive, du football, etc., d’où l’idée d’avoir deux salles.

Abderrahmane Sissako a du mal à arriver à ses fins pour rouvrir le cinéma Soudan à Bamako. Comment vous situez-vous par rapport à ce projet ?
La situation du Mali est complexe aujourd’hui et j’imagine que c’est un frein. Je respecte le grand frère et espère que le Ciné Soudan ouvrira et deviendra un partenaire. De notre côté, les sièges ne sont pas à 5000 €, c’est sans doute une autre conception. Le projet du cinéma Guimbi est une dynamique socio-culturelle adaptée à Bobo, lieu où je vis. Les membres de l’association sont tous des techniciens du cinéma de Bobo. On y vit depuis longtemps et cela vient du constat qu’il n’y a plus de lieu à Bobo où se forment des techniciens du cinéma, lequel n’est pas enseigné. Il nous manque une structure phare, une référence. Une salle permet d’avoir toute la chaîne et de s’ouvrir sur le monde, tête de pont pour pouvoir être aussi dans d’autres lieux. Le Ciné Guimbi, ce sera deux petites salles : l’une de 106, l’autre de 306, que l’on pourra louer pour toutes sortes de choses, une conférence, une expo photo, etc. Il accueillera le Fespaco en 2015.

Le cinéma comme lieu vivant.
Oui, comme centre socio-culturel, mais avec une programmation bien travaillée. On se bat pour avoir du DCP pour la grande salle, la petite commençant en DVD. Bobo est une deuxième ville, ce n’est pas une capitale. On trouve des initiatives et des projets à Sikasso, à St Louis du Sénégal, à Tamatave (Madagascar)… Ce sont des deuxièmes villes, à leur dimension. Quand ces salles ouvriront, ce seront de réels événements dont tout le monde profitera !

Cannes, mai 2013
www.cineguimbi.foliokit.com///Article N° : 11620

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Les images de l'article
Berni Goldblat © Olivier Barlet, Cannes mai 2013
Dominique Ollier accueille Berni Goldblat à Cinémondes 2013, festival du film indépendant de Lille
Le projet architectural du futur cinéma Guimbi !




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