« Tam-Tam a travaillé à amener la culture à la Cité »

Entretien d'Olivier Barlet avec Valentin Kouamba Kouka sur " les Marionnettes "

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Pour parler politique, suivons le monde des insectes. Le roi araignée ne cherche qu’à dominer ses semblables. Il y parviendra mais cela lui sera fatal… Car dans le royaume des insectes, les fourmis sauront réagir. Mêlant comédiens de RDC et du Congo-Brazzaville, le spectacle est issu d’un atelier théâtre à Brazza. La parade animalière égrène les prestations costumées et les pantomimes. Un peu engoncés dans des costumes très travaillés, les acteurs ont du mal à donner le meilleur d’eux-mêmes, mais les spectateurs vibrent à cette critique directe de la dictature. En connaissance de cause.
OB

Comment s’est construit le projet de ce spectacle ?
Depuis 1995, la compagnie Tam-Tam s’est lancée dans le théâtre de recherche. Le contact avec Vincent Mambachaka avait été déterminant. Nous avons cherché des textes forts et avons monté  » Il y a trop de nègres dans le monde  » de Tierno Monenembo. Sur ce spectacle, ce sont les manipulations multiples qui nous ont été inspiré : nous sommes tous des marionnettes. Nous avons pris toutes les situations qui rendent les humains marionnettes, en mettant l’accent sur la manipulation des dirigeants qui manipulent le petit peuple. Pour placer cela dans une nouvelle esthétique théâtrale, nous avons choisi le monde des insectes. Pour définir le canevas, nous avons fait un atelier casting à Brazzaville pour retenir les artistes et penser l’orientation du spectacle. Un deuxième atelier eut lieu à Bangui durant le Ngombi Festival.
Cela suppose un gros travail sur les costumes et le jeu des acteurs.
Nous avons fait des recherches dans les encyclopédies pour étudier les caractéristiques de chaque insecte. Le bestiaire de départ installe le public dans cette situation théâtrale. Nous faisons participer tous les artistes à la création.
A la fin, les fourmis se révoltent…
C’est un théâtre social, un théâtre d’engagement pour conscientiser la masse. La situation en Afrique centrale est telle qu’il faut agir directement pour éveiller la population en suivant de près l’actualité. Aujourd’hui, le sujet n’est plus en RDC la dictature mais la situation sociale.
Vous avez un espace scénique dans un quartier populaire de Kinshasa : comment se passe le contact avec la population ?
Les Congolais aiment la culture. La crise actuelle pose de gros obstacles mais Tam-Tam a travaillé à amener la culture à la Cité depuis 1992. Malgré le manque d’argent, les gens viennent quand même. Dans les cités, l’Ecurie Maloba à Bandal a fidélisé un public, les Intrigants à N’Djili vers l’aéroport aussi. Le succès vient d’un travail à long terme. De plus, le théâtre vient aussi à l’école, si bien que les enfants sont éduqués à la culture. Par contre, un prix d’entrée de 200 francs congolais (environ 5 FF) ne permet pas de financer les spectacles.
Vous jouez régulièrement dans des écoles de quartier ?
Oui, Tam-Tam Théâtre est elle-même issue d’une troupe scolaire. Nous avons un programme de développement culturel dans les écoles qui introduit les élèves à la critique théâtrale et à comment monter un spectacle. On a ainsi 400 à 500 élèves dans des représentations scolaires.
Vous avez dans le spectacle des comédiens des deux rives du Congo.
C’est le même pays et la même culture : ce sont les colons qui nous ont séparés. Le pont a toujours existé : nous sommes en face ! Mutombo Buitshi avait dynamisé cette relation. Il est plus rapide d’aller à Brazza que d’aller à l’autre bout de la ville ! Ce sont les deux capitales les plus rapprochées du monde.
Tam-Tam est un grand groupe maintenant.
Oui, une équipe est entièrement professionnelle, une autre amateur. Ce qui nous manque est l’information culturelle pour harmoniser les programmes des tournées et festivals. Nous allons ainsi faire une tournée en Afrique centrale à Pointe Noire, Bangui et Ndjaména puis en Europe et en Afrique de l’Ouest avant de rentrer.

Cie Tam-Tam Théâtre (RDC)///Article N° : 2610


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