Un Malinké est mort…

Entretien de Sylvie Chalaye avec Ibrahima Koné (Extraits)

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 » Un Danfaté est mort.
Suivront les jours
Jusqu’au septième jour,
et les funérailles du septième jour.
Puis se succèderont les semaines
et arrivera le quarantième jour
et frapperont les funérailles du quatrième jour et….
Un Danfaté est mort.
Avec lui finissent les bois sacrés
et aussi une certaine forme de l’islam,
mais le Danfa ne mourra pas,
il est la dernière lumière
qui se verra après le monde a dit la prophétie.  »
Noir
(Fama, le chant du choeur, derniers mots de la pièce)

On se souvient tous d’Ibrahima Koné, magnifique dans son costume de messager  » tout de rouge vêtu  » qui annonçait dans Fama l’arrivée de  » la chose « , on se rappelle son chant malinké, sa voix chaude et légèrement cassée. Ibrahima Koné était un musicien ivoirien, chanteur, percussionniste et compositeur. Il enseignait à l’Institut National des Arts d’Abidjan, avait travaillé avec Rose-Marie Guirot, puis Marie-José Hourantier. Il avait participé à la création de La légende du Wagadu de Moussa Diagana avec Patrick Le Mauff et composé la musique originale de L’Empereur Jones de O’Neill dans la mise en scène de Sidiki Bakaba. Il avait aussi dirigé de 1994 à 1996 l’orchestre du ballet national de Côte d’Ivoire et créé plusieurs spectacles chorégraphiques avec sa propre compagnie.
En 1998, il avait participé avec exaltation à l’aventure de Fama (cf Africultures 12 p.74) aux côtés des comédiens de l’Ymako Téatri et du metteur en scène ivoirien Koffi Kwahulé. Il nous a quitté tragiquement il y a un an à l’aube d’une carrière nouvelle qui s’ouvrait à lui, puisque avec Fama dont il avait créé la musique avec Diakité Satiyouma, il s’était lancé un défi celui de jouer la comédie et que le chanteur s’était révélé remarquable acteur.
L’actualité mangeait sans cesse l’espace que nous voulions lui consacrer et nous ne voulions pas nous contenter d’une notule. Que ces souvenirs d’un échange pendant les répétitions de Fama au centre Culturel d’Abidjan en août 1998 soient enfin l’occasion d’un dernier hommage.
Qu’est-ce qui t’as intéressé dans le projet Fama ?
Je suis Malinké, aussi cette idée d’adapter Kourouma à la scène m’a tout de suite intéressé. Je me suis senti concerné. Je dis beaucoup de proverbes malinké et j’avais l’impression de me reconnaître dans le travail, plus que pour un autre spectacle. Fama, c’est chez moi !
Qu’est-ce que tu dis en malinké ?
Je traduit le texte du messager en malinké, et j’ajoute aussi des proverbes malinké.
Qu’est-ce que cela t’apporte de le dire en Malinké ?
Je connais tout le texte en français, mais je joue un Sofa, un soldat de Samory un peu brutal. Koffi Kwahulé voulait que les paroles en Malinké donnent un poids au texte.
Tu es musicien et chanteur, mais dans Fama tu interprète aussi des personnages. Est-ce la première fois ?
Dans ce métier, ce sont les rencontres qui sont importantes. Et la rencontre avec Koffi Kwahulé m’apporte beaucoup. Je suis en plus heureux de pouvoir jouer et de montrer que je suis aussi comédien. Dieu a fait que je n’ai presque pas été à l’école, je n’ai jamais fait l’école française, je n’ai fait que l’école arabe et je ne suis pas allé très loin. Je me suis jeté très tôt dans le monde de l’art. Je ne sais pas lire, mais je me débrouille pour apprendre grâce au théâtre, c’est une formation pour moi. C’est en rencontrant beaucoup de gens que ma tête s’ouvre. Je suis un praticien, mais j’ai toujours besoin d’apprendre. Quand j’ai rencontré Koffi Kwahulé et que je lui ai dit que je ne savais ni lire ni écrire, ça ne l’a pas découragé, ça l’a motivé au contraire. C’est extraordinaire, quelqu’un qui fait du théâtre qui ne sais ni lire ni écrire. Il m’a fait confiance et ça n’a pas été un problème, il m’a donné du texte. Et quand j’ai commencé à sortir le texte il était content.
Mais comment fais-tu pour apprendre ?
J’ai une technique. Quand la tirade est trop longue, je donne le texte à lire à quelqu’un qui l’enregistre sur une cassette. Et Koffi a une façon de mettre en scène qui nous a tous étonnés. C’est rare en Afrique un metteur en scène qui n’exige pas que l’on connaisse le texte avant même le passage au plateau. Lui nous a demandé de mémoriser le texte dans la dynamique des déplacements, et je dois dire que pour moi ça coule. Le texte vient naturellement dans l’impulsion.
Quel est le personnage que tu préfères jouer ?
Le personnage du conseiller. Pour moi, il est un peu comme un enfant gâté, qui sort des vérités sans prêter attention à ce qu’il répète. C’est un gouvernement fou. Ce sont des personnages qui disent des choses qu’ils ne maîtrisent pas. Je m’amuse beaucoup avec ce personnage.

///Article N° : 1384

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