Un rapport au monde sans commune mesure avec l’Occident

Entretien d'Ayoko Mensah avec Bernardo Montet

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Métis d’origine guyanaise et vietnamienne, Bernardo Montet a grandi entre l’Afrique et la France. Il se forme aux techniques classiques avant de découvrir la danse contemporaine. En 1979, il fonde avec la chorégraphe Catherine Diverrès le studio DM. Depuis, Bernardo Montet collabore régulièrement avec des artistes de différentes cultures : japonaise, mexicaine, ivoirienne, israélienne… et poursuit son travail sur la conscience des corps. Il prépare actuellement sa prochaine création sur le mythe d’Othello au Maroc puis au Sénégal, au Centre de danse de Germaine Acogny.

Pourquoi avez-vous décidé d’aller à la rencontre de danseurs africains ?
Aller à la rencontre des danseurs africains, c’est aussi aller à la rencontre d’une part de moi-même.
Vous avez animé en juin dernier un stage à l’Ecole des Sables de Germaine Acogny, au Sénégal. Quel a été votre travail ? Que cherchiez-vous à transmettre ?
A l’école des sables, j’ai donné un ensemble de cours et d’ateliers à une trentaine de stagiaires africains provenant de 18 pays différents. Inciter les étudiants à développer une recherche à partir de leur danse, qu’elle soit chorégraphique, plastique, littéraire… La danse ciment de la société africaine entretient un rapport au monde sans commune mesure avec ce que nous connaissons en Occident. Nous avons parlé de la situation de la danse et du danseur dans les différents pays d’où provenaient les stagiaires. Nous avons abordé certains concepts tels que l’abstraction, la contemporanéité, la tradition. Il est important de donner aux étudiants les moyens de leur autonomie, de se libérer du professeur, du maître.
Qu’est-ce qui vous a le plus frappé chez ces danseurs ?
Le plus frappant, c’est leur appétit d’apprendre, de rencontrer. Une grande capacité à composer à partir de démarches radicalement différentes. Une puissance physique extraordinaire, femmes comme hommes.
Aujourd’hui, les collaborations entre chorégraphes occidentaux et africains se multiplient. Que pensez-vous de ces échanges et de l’influence, en général, des premiers sur les seconds ?
Je ne connais pas de collaboration à proprement parler entre chorégraphe africain et chorégraphe occidental. Autrement, je trouve cela plutôt enrichissant pour tout le monde et s’il y a influence, elle se fait dans les deux sens. Mais la vision occidentale de l’art est celle qui domine le monde aujourd’hui. D’où le formatage des productions quelque soit le pays (« il faut bien vivre »).
Les grands festivals de danse européens ouvrent de plus en plus leurs programmations aux créations africaines. Cela répond-il, selon vous, à un nouveau besoin d’exotisme du Nord ?
Qu’on ouvre les festivals à la création est un devoir, création dite « africaine » comprise. Il y a sûrement ce goût pour la « chose » exotique mais il y a surtout la mise en évidence d’une panne dans la création occidentale.
Que peuvent apporter, à votre avis, les chorégraphes africains au monde de la danse contemporaine ?
Beaucoup !!!
L’expression « danse africaine » est-elle pour vous synonyme d’un ghetto dans lequel on cherche à enfermer les chorégraphes du continent ? Quelle terminologie préférez-vous éventuellement employer ?
Aujourd’hui danse « africaine ». Demain danse sénégalaise, namibienne, d’Afrique du Sud, flamande, bretonne…

Association Mawguerite-Cie Bernardo Montet Le Quartz 2/4, av. Clemenceau – BP 411 29275 BREST Cedex Tél : +33 2 98 33 95 05 Fax : +33 2 98 33 95 01 mail : [email protected] ///Article N° : 17

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