[VIDEO] Critique de la notion d’art africain de Babacar Mbaye Diop

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Essai réédité au mois de septembre dernier chez Hermann, Critique de la notion d’art africain, est un ouvrage de Babacar Mbaye Diop. La journaliste, Marie-Julie Chalu, en parle sur TV5 Monde. 

 

 
La notion d’« art africain » est au cœur des rapports coloniaux entre l’Afrique et l’Occident. La colonisation qui est un système de domination basé sur l’invention de la race, produit des violences tant politiques, économiques, culturelles qu’épistémiques. « De quoi l’Afrique est-elle le nom ? », « De quoi l’art africain est-il le nom ? » sont des questionnements traversés par ces rapports de domination. En effet, pour l’évoquer on a longtemps parlé d’art nègre ou d’art primitif, qui s’est transformé en art premier pour être moins offensant mais cela recoupe la même chose nous dit l’auteur. Cette désignation d’art primitif n’est pas objective, elle dévoile la colonialité du regard occidental qui empêche une vraie rencontre. Parce que quand il semble avoir une rencontre entre les artistes occidentaux comme Picasso et l’ « art africain », elle est néanmoins teintée d’une fascination prononcée pour le sauvage, un retour à la nature au sein d’une société techniciste. Les objets d’ « art africain » exposés en Europe sont le fruit de pillages. Ils ont été sortis de leur contexte sociohistorique et présentés comme œuvre d’art en soi. Mais comment sont-ils considérés et perçus dans les sociétés qui les ont créé ? Qu’est-ce qui fait œuvre d’art dans ces sociétés ? Comment est perçu le Beau ? ce sont des questions soulevées par l’auteur et nécessaire à poser pour une déconstruction d’un point de vue eurocentré sur la conception de l’art.

À travers différentes approches philosophiques comme celle de Senghor ou de Jean-Godefroy Bidima, Babacar Mbaye Diop interroge les limites d’une théorie en esthétique tout en soulignant son importance. L’auteur resitue par ailleurs cette célèbre citation de Senghor, philosophe de la Négritude : « L’émotion est nègre comme la raison hellène » qui a été mal comprise. Pour Senghor, le concept d’émotion est une source de connaissance intégrale, elle est conscience du monde de par l’union entre le sujet ému et l’objet émouvant. Senghor remet en jeu aussi le concept du beau, l’objet d’art africain est beau et efficace parce qu’il s’inscrit dans une fonctionnalité sociale, magique, religieuse. Ce que Jean-Godefroy Bidima critique. Pour lui, la Négritude dans ses conceptions esthétiques ne prend pas en compte l’ « indécidabilité de l’origine de l’œuvre d’art » et « l’indécidabilité de la destination » dans la création des arts africains. Il prône une philosophie de la traversée. Il propose une autre histoire des arts africains en s’intéressant aux marginaux, aux exclus alors que sont mis en avant les objets des dignitaires royaux dans les collections d’art africain. La question n’est pas tant de savoir ce qu’est l’art africain mais dans quelle mesure on utilise ce concept.

Avec la mondialisation de la culture, de nouvelles logiques s’installent. La mondialisation n’est pas un espace propice à la manifestation de différentes cultures mais opère plutôt à une uniformisation au modèle occidental. Edouard Glissant parle de mondialité au contraire pour un réel enrichissement et un respect du Divers. Une réelle décolonisation des savoirs est urgente pour permettre cette mondialité. La notion d’« art africain contemporain » semble être dans la continuité d’une conception occidentale de l’art. L’artiste soudanais Musa Hassan cité dans l’essai explique l’intérêt pour la production artistique africaine par le prisme de l’évolution de la pensée esthétique européenne. Elle tournera le dos à l’ « art africain » quand elle aura trouvé d’autres catégories plus aptes à assouvir ses attentes.

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