William Wilson, les couleurs de l’entre-deux

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Un atelier tranquille lové au cœur du quinzième arrondissement de Paris, perché sur un petit pont de bois, suspendu entre ciel et terre ; c’est là que vit et travaille le peintre William Wilson. Né en France il y a 46 ans, d’un père togolais et d’une mère française, il refuse d’être catalogué « artiste africain », non pas parce qu’il récuse ses origines paternelles, mais parce qu’il trouve trop facile d’étiqueter quelqu’un par rapport à son origine : « Ce n’est pas parce que je suis Togolais que ça veut dire quelque chose ; je pourrais appartenir à n’importe quelle autre catégorie ! »
Wilson, riche de sa double origine, revendique aussi le fait d’être pétri des voyages et des rencontres qu’il a faits en Europe, aux Etats-Unis et en Asie. Tout l’inspire, et il serait réducteur de limiter son inspiration aux seules cultures africaines. C’est pourtant à la suite d’un premier séjour au Togo, le pays de ses ancêtres, qu’il a commencé à peindre. Au Togo, il ne s’est pas vraiment senti chez lui, pas plus qu’il ne se sent particulièrement chez lui en France : « J’y suis chez moi parce que c’est là que j’ai mon atelier ; je ne me sens pas spécialement Français. Au regard des autres, je pourrais être à peu près n’importe quoi, mais c’est ici que je vis« . Au pays de son père, William Wilson s’est surtout intéressé aux vieux, à ceux qui étaient en quelque sorte le trait d’union entre ses ancêtres et lui. « L’Afrique m’a peut-être rendu la moitié de moi-même ; elle m’a rendu réelles des choses qui jusque là ne m’étaient pas palpables« . Dans les deux ans qui ont suivi son retour d’Afrique, Wilson, à la faveur d’une rencontre avec un peintre, s’est mis au dessin. Peu à peu, parce que le dessin lui « permettait d’exprimer des choses qu’il ne pouvait pas exprimer autrement » (il s’était auparavant essayé à l’écriture), il s’est pleinement investi dans les arts plastiques, délaissant peu à peu ses activités ponctuelles de journaliste et de mannequin.
Autodidacte, William Wilson reconnaît volontiers être devenu peintre par hasard, au sens où « le vrai hasard c’est de rencontrer quelqu’un qui corresponde à quelque chose qu’on a en soi« . Le hasard faisant bien les choses, le peintre, qui est aussi illustrateur, n’a depuis ses débuts cessé de travailler, exposant ça et là, à Paris, en Suisse, au Togo, en Autriche et aux Etats-Unis. Grand voyageur, il a séjourné à Kyôto au Japon d’où il a rapporté une « Série japonaise ». Fasciné par le foisonnement d’images qui parsèment le quotidien nippon, William Wilson a composé 21 tableaux inspirés par son voyage au pays du soleil levant. Récemment exposés avec d’autres tableaux à l’espace animé par Guy Lenoir à Bordeaux (Migrations Culturelles Aquitaines Afrique – MC2A), ils témoignent de la perméabilité aux mondes qu’il découvre d’un artiste émerveillé et lucide.
Dans les tableaux chatoyants de William Wilson, tout semble imbriqué comme dans un grand jeu de société qui n’est autre que celui de la vie. Les éléments et les personnages qui les habitent sont interdépendants les uns des autres mais savent aussi exister par eux-mêmes. L’artiste aime les symboles à la fois propres et communs à chaque culture, à chaque regard. « Ce qui est intéressant, c’est le jeu de correspondance avec les formes et les symboles dans lesquels, si on prend la peine de s’y attarder, chacun peut puiser son propre tableau« . Le monde ludique de l’enfance n’est jamais bien loin dans le travail de William Wilson qui en a choisi la forme « car c’est la plus ouverte : elle me préserve et préserve ce que je veux dire également« . Acceptant d’être sérieux mais refusant de prendre les choses au sérieux, William Wilson est un homme de l’entre-deux, blanc et noir, drôle et grave, à la fois chez lui partout et nulle part ; et c’est de cet entre-deux que se dégage l’alchimie qui fait le charme et la magie de son œuvre.

///Article N° : 680

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Les images de l'article
Autoportrait en voyagePastel sur papier120 x 80 cm © William Wilson
Pastel de William Wilson © François Boisset




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