Avec le Big In Jazz festival : révéler notre lieu comme un berceau diasporique

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Thomas Boutant a choisi sa mission, ou peut-être l’a-t-elle choisi. Sur son chemin, la musique sème les graines d’une explosion de notes, de biguine, de jazz, d’un jazz caribéen qui doit s’émanciper. Le directeur artistique et programmateur du Big In Jazz Festival nous raconte comment le legs du père devient le legs du fils à la Martinique et au monde, comment il repense le monde depuis les rives de son île, épicentre d’un séisme musical fondé dans l’usufruit des pionniers de la musique antillaise.

Stéphanie Melyon-Reinette (SMR) — Parlons de ton cheminement.  Il n’y a pas seulement l’amour de la musique, il y a aussi une histoire de famille et l’envie de structurer ce secteur culturel. Quelles sont les étapes marquantes de ton parcours ?

Thomas Boutant (TB) — Succinctement.  Mon père, dans le cadre de son activité professionnelle, a organisé les prix SACEM durant presque 25 ans. D’ailleurs, si je ne dis pas de bêtises, il a été pionnier en la matière, proposant ces récompenses avant même qu’elles n’existent dans l’Hexagone.  Il avait déjà considéré qu’il fallait récompenser, valoriser les auteurs-compositeurs antillais. Et à juste titre, au moment où il est en poste, et même avant, la production musicale est extrêmement riche, avec des créations et compositions de groupes comme Malavoi, ou d’artistes comme Marius Cultier, Mario Canonge. En réécoutant ces œuvres-là, la virtuosité est renversante. Et les gars étaient autodidactes. Donc je pense que les Prix Sacem sont une étape importante, parce que événement incontournable de la fine fleur martiniquaise. Mon frère et moi y assistions enfants, et nous étions fiers et impressionnés. Mon père avait un groupe de musique. Ils jouent essentiellement des répertoires traditionnels et de la chanson créole. Mon frère et moi, et quelques amis, avons eu l’occasion, de chanter épi sé gwan nonm lan, nou té ka voyé détwa son dancehall… Là, c’était plutôt la pratique du chant, etc. Ensuite, j’ai eu ma phase chanson française où je m’accompagne au piano. Et puis, quand mon père a arrêté les prix Sacem, en 2002-2003 il a créé le festival Big In Jazz. J’étais adolescent, je ne m’y intéressais pas du tout. J’étais plutôt branché sur NRJ. Mon cousin, Manuel, était musicien dans le groupe One Day, avec Esy Kennenga, je les ai suivi de près. Deux spectacles de jazz m’ont vraiment bouleversé : le concert de la chanteuse Dee Bridgewater à Tropiques Atrium et celui du bassiste Stanley Clarke. Clarke était vieux, ses musiciens jeunes, je découvre un son, une énergie, et je prends conscience de la force de l’expérience et du legs. Puis j’ai étudié à Paris, jusqu’à y travailler.  À Paris, je me suis totalement immergé dans un océan de musiques et d’influences.

Après avoir assisté au concert du BJC à l’Artchipel (scène nationale de Guadeloupe), j’ai décelé dans ce groupe la force du rhizome, de l’économie bleue. Il y a la foi quelque part. J’ai pensé aussi à Sonny Rupaire, un poète guadeloupéen, qui à la fin de son célèbre poème Les Dameurs, écrit : « Entends-tu dans le vent cette voix qui te dit de garder l’espérance ? ». Je lui réponds : « Oui Sonny. Mais dans les alizés, plus que l’espérance il y a la foi ». Il fallait une foi inébranlable pour mener à bien ce projet quand on sait les scories du système dans lequel nous évoluons. Comment l’avez-vous mené ?

Thomas Boutant (TB) — Absolument. Une foi inébranlable est nécessaire pour imaginer un tel projet. Mon cousin Manuel et moi, nous partageons la direction artistique et la programmation du Big In jazz Festival, entre autres choses. Nous avons imaginé ce collectif ensemble. Le moment où cette idée germe dans nos esprits, c’est le fruit de dix années d’immersion musicale, de concerts, de détections de talents chez nous et ailleurs. À ce moment-là, je vis à Paris, je travaille à la SACEM, comme mon père d’ailleurs (directeur de la SACEM en Martinique) et, très privilégié, j’ai un accès quasi-illimité aux spectacles. C’est une vraie boulimie de live et de découvertes. J’évolue entre l’univers musical caribéen, antillais à Paris, et l’univers musical international parisien. J’en arrive à me demander ce qui nous manquerait pour atteindre ces niveaux stratosphériques, artistiquement et professionnellement. Par le biais de mon travail, rencontrant régulièrement des producteurs qui réalisent des projets dans des grandes salles de la capitale (Bataclan, Zénith, etc.), je découvre des méthodologies et stratégies innovantes de vente ou de développement.  Parallèlement, je suis frappé par les contraintes et les obstacles opposés aux artistes antillais. À cette époque, Franck Nicolas entame une grève de la faim pour manifester contre la discrimination professionnelle dont les artistes antillais font l’objet. D’autres musiciens du jazz caribéen témoignent : Mario Canonge, Jacques Schwarz-Bart et bien d’autres. Dernier point important : une invitation à intervenir dans le cadre d’une conférence organisée par le Paris Jazz Club, en tant que programmateur du Big InJazz Festival, m’amène à approfondir ma réflexion sur le bien-fondé de notre place sur les scènes françaises. Y étaient invités aussi le pianiste Alain Jean-Marie, une historienne du jazz, Anne Legrand et un intervenant de l’UNESCO. Je dois répondre à la question : « pouvez-vous dire en quoi les musiques caribéennes et africaines contribuent au renouveau du jazz français ? ». Après réflexion, je réalise l’impertinence de la question : partir du postulat que nos musiques contribuent au renouveau du jazz français. Soit. Mais concrètement, à quel niveau ? Puisque nos artistes ne tournent pas dans leurs festivals, leur musique n’est pas considérée comme du jazz.  En fait, quel renouveau pourrait bien advenir ? Hormis la contribution du saxophoniste français Samy Thiébault qui, en 2020, produit un album appelé Caribbean Stories s’entourant de Cubains, d’Antillais, Arnaud Dolmen, etc. c’est anecdotique. Bref ! Donc, je prépare consciencieusement cette intervention, de manière très assidue, en cherchant des références et des citations de Césaire (etc.), qui infirme ce postulat illustrant mon propos par l’absence et l’ostracisation des artistes antillais qui ne peuvent contribuer à cette scène ! Contrairement à la scène jazz anglaise où les Afro-caribéens sont omniprésents. Ils ont imposé l’Afrobeat au cœur de ce que l’on nomme le Jazz UK : les musiciennes de cuivre comme Kokoroko par exemple ? C’est aussi le cas aux Etats-Unis. Je termine mon intervention en leur opposant un « ne vous inquiétez pas, nous ferons le taff. On fera ce qu’il faut pour cela. On ne va pas attendre que le jazz français soit renouvelé ». C’était en avril 2019. Août 2019, on produit la 17ème édition du Big In Jazz festival. J’ai réalisé que le Big In Jazz Festival était l’une des seules scènes françaises rassemblant autant d’artistes de la diaspora africaine. Je fais également le constat à travers les témoignages des artistes de la scène jazz Afro (qu’il soit américain ou anglais) que nous avons accueillis — je pense à la saxophoniste Jamaïcaine —britannique Yolanda BROWN ou le trompettiste Trini-américain Étienne CHARLES — que ce festival pourrait devenir la référence du jazz afro-international. Pour eux, c’était The Place To Be.

Lire aussi : Big In Jazz Collective : place à la biguine | Africultures

Concrètement, comment émerge l’idée du Big In Jazz Collective ?

L’épidémie de Covid éclate. Nous sommes à la préparation des 18 ans du festival. La programmation est déjà bien avancée. Et finalement, nous devons revoir notre copie, comme beaucoup de festival. Mon frère Lucas émet l’idée de la réalisation d’un film documentaire à partir de la quantité pléthorique d’archives en notre possession. Et là il y a deux éléments importants : d’abord, le trompettiste Étienne CHARLES qui performe au festival en 2019, faisait partie d’un collectif américain — le San Francisco Jazz Collective ou SFJAZZ Collective — né du San Francisco Jazz Center, une sorte de scène nationale financée à 98% par des mécènes et se proposant comme lieu de résidence, de spectacle, etc. Étienne Charles me dit, lors de son passage en Martinique, « je pense vraiment que maintenant tu peux clairement exploiter la marque Big In Jazz, avec un All Star ou un collectif ». Sachant qu’il y avait déjà eu des initiatives de Big In jazz All Star mais au niveau local, avec des musiciens locaux. Puis, je découvre la série The Eddy dans laquelle on retrouve Ludovic Louis et Jowee Omicil. Il y aussi Arnaud Dolmen, Tilo Berthelot, Yoan Dannier qui sont figurants. Peu de temps après, sur les plateformes, j’en découvre l’album (enregistré dans la série). Je suis renversé !  Un dimanche matin, en écoutant une interview du fondateur de SFJAZZ Center, Randall Kline, alors que j’étais à Nanterre, que la mère de mes enfants était enceinte de notre deuxième fille, que j’étais dans une espèce de phase entre flippance totale et stoïcisme, le projet a pris forme dans mon esprit. J’ai imaginé les formats avant de penser aux musiciens : la résidence, l’album, le documentaire et la tournée. J’ai conceptualisé un hybride de The Eddy, du SFJAZZ Collective et de ce qui pré-existait dans le Big In Jazz Festival, notamment les résidences-hommages – comme celle réalisée avec Erik Pédurand, Tribute to Mona en 2015. Quant à imaginer la sélection des musiciens c’était assez naturel, parce que les huit-là, à l’exception de Ludovic Louis, sont tous des artistes qui ont été programmés au Big In Jazz Festival avec des projets inédits pour la plupart. A l’exception du benjamin Tilo Berthelot, qui n’a pas encore réalisé de projet mais qui a contribué à des projets inédits. En somme, ce travail de veille d’une décennie à Paris a permis de construire un pont, du lien, avec eux, entre la Martinique et eux… c’était l’évidence même.  On a sélectionné les huit, et nous, grands rêveurs mélomanes, nous fantasmions déjà la magie des duos possibles : Ludo-Jowee c’était déjà le binôme historique de la série. Mais Yann Négrit et Ralph Lavital ?! quel potentiel !  Stéphane Castry, une évidence, tant humainement que musicalement. Sa carrière impose aussi le respect. Sonny Troupé nous a été recommandé par Arnaud Dolmen que nous envisagions en duo avec Tilo Berthelot. C’est sans doute la plus belle suggestion qu’on ait pu me faire. Maher Beauroy, encore une fois c’est une relation humaine. Et puis, c’était aussi le seul artiste qui résidait en Martinique à ce moment-là.

En découvrant le modèle économique du Big In Jazz Festival/Collective, je pense à l’économie bleue, concept de l’entrepreneur belge Gunter Pauli, qui désigne une économie écologique, régénératrice et créatrice exponentielle d’emplois. Qu’en penses-tu ?

L’Économie bleue m’évoque une stratégie marketing inspirante. C’est la stratégie Océan Bleu. Une stratégie de différentiation. Par opposition à un océan rouge sang, où les requins se font une concurrence paroxystique — tout le monde se partage le marché —, la stratégie Océan Bleu induit, à travers quelques actions de différentiation, quelques nouveautés, quelques innovations, de se distinguer sur un marché de niche. Ce fut mon point de départ.  Je suis parti du constat que ce qu’il nous manquait c’était du storytelling. Notre musique est belle. Nos musiciens sont au top. Mais, il nous manque deux choses : le storytelling et le show. Kassav avait le show, mais moins le storytelling. La plus grande partie du public français ignore l’histoire même de Kassav. Il me semblait important de raconter une histoire. Et pour cela, quoi de mieux que de partir sur des standards ?

Parlons de l’économie musicale de la Martinique. Quelle place y occupe le Big In, Jazz festival ? Dans quelle économie émerge ce collectif à partir du festival ?

Je dois dire que je vous envie (les artistes guadeloupéens). Je n’envie pas votre structuration que je ne connais pas. Je ne vis pas en Guadeloupe, je ne suis pas Guadeloupéen, mais j’envie la cohérence d’avoir une culture, d’en être fier, de l’incarner et de la vendre. D’être en paix ou en accord avec elle. La réalité c’est qu’on sort de presque 20 ans d’une espèce d’absurdité, entre volonté et discours indépendantistes et assise départementale en Martinique. Le Big In jazz Festival va fêter ses 20 ans cette année. Nous avons toujours été accompagnés par la collectivité, que ce soit l’équipe de Marie-Jeanne ou de Serge Letchimy, mais personne ne nous soutient réellement. Personne ne soutient le projet pour son essence et son sens martiniquais. En Martinique, c’est exceptionnel, il y a une offre pléthorique de festivals. Des initiatives individuelles émergent partout : un festival Électro, Sun Goes Down qui est en train de naître, festival Ladies Break de Carline Guillaume, le Baccha Festival, etc. Mais aucune cohérence dans l’offre culturelle, dans l’offre touristique ! Tout le monde veut sa place au soleil. En Guadeloupe, il y a Terre de Blues quand même, qui nait d’une communauté d’agglomération. Ou Ilot Jazz. Ce sont des événements qui naissent d’un consensus politique, d’une sorte de lyannaj. Quand mon père crée le Big In Jazz, il considère que le Martinique Jazz Festival fait passer trop d’Américains. Comment on a pu avoir des Césaire, des Fanon, des Glissant, des Francisco, des Paulo Rosine, des Marius Cultier, et des Eugène Mona, et en voir si peu de traces dans notre culture et dans nos créations ?  Chez les Guadeloupéens, je sens un héritage du GwoKa. Même dans le hip hop je sens que le Gwoka est au centre de leur être ! Il y a une sorte d’humilité et de respect ! Moi qui ai grandi justement avec mon père dans le respect des standards de la musique, en Martinique, tu as des artistes qui arrivent au sommet et qui n’en ont rien à foutre de savoir qui est Eugène Mona, qui ne connaissent pas un seul titre ! Pour moi, autant il y a beaucoup de choses authentiques, mais il y a aussi beaucoup de superflu ! Je trouve qu’on ne capitalise pas assez sur notre histoire et sur ce que les gens ont fait. Il y a toujours cette envie de vouloir faire quelque chose de neuf… Le Bèlè n’a pas la même place que le gwoka en Guadeloupe, bien qu’aujourd’hui il y ait une démocratisation de cette musique. Je ne suis pas forcément le mieux placé pour en parler. Mais, je crois qu’il n’y a pas eu le même rayonnement ni le même ancrage pour la simple et bonne raison que ce genre a souffert de l’histoire et des différences de castes, entre les chaben, les noirs, etc. Tala pa ni dwa jwé bèlè (celui-là n’a pas le droit de jouer du bèlè…). Je crois qu’il y a eu beaucoup d’antagonismes et de clivages : Bèlè Lisid, Bèlè Linó, Bèlè Lilwès, Bèlè … Et aucun festival pour fédérer ces dynamiques. L’authenticité, pour moi, est en lien avec sa capacité d’être connecté avec soi-même. Il me semble que les Guadeloupéens le sont un peu plus. Par exemple, un artiste comme Erik Pédurand est l’une des plus belles découvertes que j’ai pu faire, en termes d’écritures, du rapport au créole, des mots choisis… Ça c’est quelque chose que l’on pouvait à l’époque d’Eugène Mona, à l’époque de Malavoi ! J’ai questionné les aînés sur les raisons des différences d’écriture et d’engagement entre leur génération et la nôtre. Certains me répondent que c’est la faute à l’embourgeoisement ou aux clivages. Parce que c’est surtout cela la Martinique : des oppositions entre deux partis principaux. Entre le PPM (Parti Progressiste Martiniquais, donc Césaire) et le MIM (Mouvement Indépendantiste Martiniquais ; de Marie-Jeanne). Les antagonismes et les divisions prennent le dessus, et d’autres s’installent chez nous et construisent le pays… pendant qu’on se divise des mandats.

Un mot sur ‘équipe autour du Big In Jazz Collective ?

L’équipe autour du biguine Jazz Collective est le fruit de rencontres providentielles. Je crois que quand tu es sur ton chemin et que tu le fais avec passion et foi, les choses se manifestent à toi de manière assez fulgurante. Les rencontres.  Je citerais d’abord Fabienne Bassien-Capsa, une partenaire, une sœur, une militante. Elle nous a contactés en 2018 et souhaitait nous aider sur le festival.Nous partageons une vision commune. C’est aussi une Guadeloupéenne ancrée dans sa culture, dans son identité de femme noire. Elle est à la communication, la relation presse et la logistique. Manuel Boutant, mon cousin, régisseur plateau et co-programmateur du festival Big In Jazz à mes côtés. Laurence Ventura qui est Community Manager depuis la sortie de l’album en 2021. Marina Jallier, vidéaste et réalisatrice. Yulia Gasta, également dans la communication. Bien évidemment mon père qui regarde tout cela avec passion. S’il y a une chose dont il est fier par-dessus tout c’est ça ! Le Big In Jazz Collective ! Mon frère aussi Lucas Boutant, plus en retrait ces derniers temps. Cependant, sans lui rien de tout cela n’aurait existé. C’est lui, le premier d’entre nous deux, qui met les pieds dans le big In Jazz festival en 2013. Je suis à Paris à l’époque. Et quand je constate son implication au niveau de la logistique et de la régie que je le rejoins. Et puis, l’ingénieur du son du big In Jazz Festival et de la résidence, Monsieur Gilles Pastel. C’est la force tranquille. La référence. C’est lui qui officie à la résidence Chanteclerc pendant les 8 jours de résidence, qui participe à ce projet et qui l’accompagne.

Quel est ton morceau préféré de l’album ?

La réponse bateau : je les aime tous. Mais s’il y a en un qui m’a mis en transe quand ils le composaient, c’est Haïti. Je me souviens d’une énergie particulière. Et puis, Global, la composition. Le titre reflète totalement la direction musicale du morceau. Il est d’une grande efficacité sur le public, en France ou ailleurs. Les gens sont littéralement en transe.

Avec le Big In jazz Collective, le festival, et puis la Martinique, quelle serait pour toi la futurité martiniquaise et/ou caribéenne?

J’ai l’ambition avec le Big In Jazz festival de révéler notre lieu comme un berceau diasporique. Un lieu de connexion. Pour moi nos frères doivent venir chez nous partager notre culture, nos vibes. La Martinique doit être une terre d’accueil stratégique qui redessine, qui dessine, les nouvelles routes de la soie. Je considère les choses de manière artistique, culturelle mais surtout stratégique : ouverture sur le monde (afro-diasporique) à travers des rendez-vous professionnels, des salons (nous y travaillons d’ailleurs) et le festival, et réappropriation de notre histoire, de ce que nous sommes. Une sorte de réconciliation, de partenariat. Notre développement doit se concevoir à travers des partenariats et non des entreprises individuelles égotistes. Par exemple, notre projet en gestation : connais-tu l’expression Chak bèt a fè ka kléré pou nanm li ? Nous avons un projet qui s’appelle Bèt a Fè Pro Martinique (BPM). Il se trouve que dans les caractéristiques de la luciole il te faut environ 5000 lucioles pour faire l’équivalent de la flamme d’une bougie. Nous avons transposé cette idée – pas seulement au fait de se fédérer — à l’idée de réfléchir à un système financier souverain qui permettrait de financer des projets d’envergure par les citoyens eux-mêmes. Un mélange de crowfunding, de mécénat. Ce projet n’existerait pas sans la Collectivité Territoriale de Martinique. La subvention qui permit de créer le Big In jazz Collective était allouée au Festival. C’était déjà une manne financière intéressante qui nous permet effectivement de concevoir le projet, des contenus, une résidence, un album. De financer plusieurs pans du projet. Et c’est peut-être la seule collectivité pendant la crise sanitaire qui a financé un projet de cette envergure. La résidence se fait au mois d’août 2020. Le documentaire sort au mois d’avril 2021. Vers mai ou juin— on attendait un solde de ce financement — nous recevons une lettre de la Collectivité qui nous dit que nous ne recevrons pas le solde de la somme initialement allouée, faute de n’avoir pas suffisamment communiquer sur la collectivité. Quand on aura réussi à dépasser ce genre de choses, nous pourrons avancer. Dans notre projet Bèt a Fé, le mot culture on ne l’utilise même pas. Il est trop galvaudé, trop politisé.

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