Sayon Bamba : « Je n’ai pas le droit à l’erreur ! »

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Entretien avec la directrice de l’agence guinéenne de spectacle, Sayon Bamba. À l’occasion de la sortie de son nouvel album, elle revient sur son parcours d’artiste.

Africultures: D’où vient l’artiste Sayon Bamba ?

Sayon Bamba : Mes origines sont entre la basse côte et la Guinée forestière. Mon père étant soussou et ma mère toma, on peut dire que je suis une métisse de mon pays comme bon nombre de guinéens. Plus tard, ma vie de femme m’a donné cette culture marseillaise que je considère comme partie intégrante de ma vie et de mes combats.

J’ai eu, très tôt, le virus de la culture. Un soir, mon père suivait, sur une cassette, le combat entre Mohamed Ali et Johnson, et soudain, j’ai découvert une femme incroyable qui chantait devant tous ces hommes qui l’écoutaient avec attention : c’était Miriam Makéba. J’ai alors dit à mon père : « je serai comme elle !» Il avait d’ailleurs beaucoup rigolé. Je chantais tout le temps et sans complexe, malgré les moqueries de mes frères. Je suis restée longtemps fille unique au milieu des garçons de ma mère, d’où mon côté garçon manqué.

Plus tard, je serai repérée par Maître Barry, grand chef d’orchestre de Kaloum Star, pour intégrer les Amazones de Guinée en 1995. Parallèlement, je fais partie de la Troupe nationale de théâtre de Guinée et je coordonne les activités du théâtre d’enfants de Guinée. C’est ainsi que je rencontre mon Mari, Gino Rayazone, avec qui démarrera une vie incroyable, ponctuée de tournées entre spectacles de rue, concerts, cabarets, théâtres et cirques. Mon premier disque arrive quand mon meilleur ami musicien, Kossi Akpovi, musicien et conteur togolais, décède brutalement ! Aujourd’hui, je comptabilise cinq albums, une activité administrative et un parcours d’activiste pour les droits des femmes et la protection des enfants.

Comment définissez-vous votre musique ?

Sayon Bamba : Ma musique est à l’image du cours de ma vie ; elle a commencé par mes souvenirs et mon envie de faire découvrir la Guinée, ses instruments, ses rues, ses maquis, etc. J’ai toujours été sensible au métissage et aux échanges interculturels. Aussi, je n’hésite pas au détour d’une ville ou d’un bar, de discuter avec d’autres musiciens, de chanter et partager la scène avec eux, avec en fond sonore cette Afrique ouverte, libre et prête à dialoguer avec le monde. Entre traditions actuelles, fusion, pop ou world-music, je me promène en toute liberté pour passer des messages en faveur des femmes et de la diversité dans le monde.

J’ai à ce jour cinq albums solos sur le marché. Ils ont des histoires qui correspondent à un cycle précis de ma vie. Je puis juste vous dire que sur les cinq, il n’y a pas de langue de bois. On y traite de la liberté des femmes, des souffrances des enfants, l’amour, la déception éternelle dans laquelle vivent les femmes, la polygamie grandissante, etc. J’ai aussi participé à d’autres projets de disques avec deux groupes marseillais.

Vous avez presté dans plusieurs festivals, concerts et grands événements d’ordre culturel, quel est le secret de votre réussite ?

Sayon Bamba : Il n’y a qu’un seul secret : la persévérance ! Je pense qu’il faut avoir aussi une équipe solide acquise à notre univers musical. J’ai eu beaucoup de chance. Mais la première vraie chance, après mon jongleur, c’est Philippe Conrath, directeur du festival Africolor et producteur du label Cobalt à l’époque. Il a été incroyable avec moi, et tout ce qui suivra après sera génial ! Il y a le père de mes enfants, des amis précieux comme les musiciens avec qui j’ai joués dans leur totalité, Isabelle, Anelise, Soraya Camillo, Dodo, Pape Sène, Soulémane Koly, Daniel et Rabab, Philippe Dessauvage, Létieres Léité, Angélique Kidjo, etc.

Comment êtes-vous devenue directrice de l’Agence guinéenne de spectacles et en quoi cela consiste ?

Sayon Bamba : À mon retour en Guinée en 2015, j’ai initié beaucoup d’activités qui ont amené les autorités de l’époque à porter leur choix sur ma modeste personne. J’ai eu le privilège d’être nommée directrice en janvier 2017. Mon travail consiste à réglementer et promouvoir le spectacle guinéen sur l’ensemble du territoire. La Direction est constituée de près de 25 fonctionnaires et contractuels avec lesquels nous travaillons pour atteindre les objectifs fixés. En plus de Conakry ou nous siégeons officiellement, il y a des représentations dans les sept régions administratives de la Guinée.

Par ailleurs vous êtes présentatrice d’une émission dénommée ‘’bienvenue chez moi’’ sur ‘’Djoma TV’’, comment parvenez-vous, à vous organiser face à tout ceci?

Sayon Bamba : C’est une organisation de chaque instant. Je n’ai pas droit à l’erreur ! Et, toutes ces activités pénalisent la place que pourrait occuper un homme dans ma vie. Je vis plus pour mes enfants, ma mère et tous ces projets que pour moi-même. Je ne sais pas d’ailleurs si je suis une personne normale (rires), mais grâce à Dieu, je suis tout à fait épanouie !

Vous avez voulu organiser en octobre 2021 un concert géant réunissant 50 artistes guinéens au Zénith de Paris, celui-ci n’a finalement plus eu lieu et a été repoussé, qu’est-ce qui n’a pas marché ?

Sayon Bamba : Du fait du changement soudain de régime : certaines cautions financières étaient dans une réserve et sollicitaient le report pour mieux voir de quoi demain sera fait en Guinée. Nous ne pouvions que respecter ce fait et reporter cette activité qui était très attendue par les guinéens de la diaspora et surtout par les artistes qui ont toutes les peines du monde aujourd’hui à imposer leurs créations eu égard aux difficultés d’obtentions de visas.

Quel regard portez-vous sur l’état de la culture guinéenne ?

Sayon Bamba : Notre culture est riche et inépuisable… Pourtant, il est important de tenir compte du monde d’aujourd’hui, pour la rendre plus accessible aux jeunes générations. Nos aînés doivent continuer le dialogue avec les plus jeunes en ne rejetant pas les nouvelles propositions de cette jeunesse qui a soif de nouveautés. Gardons nos folklores et permettons a nos traditions musicales d’évoluer en parfaite harmonie avec les hommes et femmes d’aujourd’hui : il y a de la place pour une riche expression culturelle de notre patrimoine commun.

Désiré ETOGO

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