Si le vent soulève les sables (Sounds of Sand)

De Marion Hänsel

Print Friendly, PDF & Email

Nouvel avatar du regard réducteur que développent avec les meilleures intentions du monde des réalisateurs ou réalisatrices occidentaux lorsqu’ils prennent l’Afrique comme décor de leur propre fiction, Si le vent soulève les sables, adapté du roman Chamelle de Marc Durin-Valois et coproduit par la RTBF et Arte, est à ranger parmi les plus graves !
Bien sûr, le film est entièrement en français, marketing de diffusion oblige puisque c’est le public jeune qui est visé. Côté casting, on prend un Burkinabè et une Rwandaise, on leur met de mignons enfants djiboutiens dans les bras et voilà une famille africaine. De toute façon, rien n’est contextualisé : nous ne saurons rien des conflits évoqués, de l’appartenance des soldats véreux rencontrés, des raisons qui poussent les caricatures de rebelles drogués à se révolter. Nous ne saurons qu’une seule chose : l’eau manque dans un village et le père de famille décide seul en bon macho de prendre le risque de traverser des régions dangereuses pour aller rejoindre des contrées plus accueillantes. Sa femme n’a pas droit à la parole et se prendra une gifle quand elle va passer la nuit ailleurs pour l’empêcher d’étouffer leur nouveau-né qui a le malheur d’être une fille. Mais quand, magnanime, il lui essuie le sang qu’il lui a fait couler du nez en lui demandant comment on elle veut appeler le bébé, le bon sentiment triomphe. Ce sera donc la bonne famille unie face aux méchants.
Ce n’est pas dans le titre qu’il faut chercher une subtilité. Elle serait donc plutôt dans la relation de cette enfant sauvée, la petite Shasha, avec son père Rahne qui tente vainement de faire survivre sa famille peu à peu décimée par l’adversité. Mais les enfants parlent comme des adultes et la pesanteur est générale : situations, longueur des plans et fixité de l’image, regards et jeu des acteurs coincés dans des dialogues littéraires improbables, accompagnement musical… Aucune image n’est banale : tout est beau à chaque plan, paysage et acteurs, sans oublier la petite Shasha bien sûr mignonne à craquer.
En construisant ainsi une fiction de survie dans une Afrique sans contexte, on se sert d’elle pour raconter sa petite histoire et on la dénature au passage : ce ne sont ni le regard, ni l’histoire ni la parole des gens filmés, mais une traduction construite dans un autre imaginaire qui croit savoir et donc pouvoir prendre le dessus. C’est pathétique de suffisance et d’arrogance. Les cartes postales sont le décor d’une tragédie qui mériterait le respect d’une connaissance et non cette caricature de récit. On avance dans le désert sans même se protéger la tête, comme si les Africains ne craignaient pas le soleil. Et ça se termine bien sûr sur un personnage de Blanc généreux qui en sait plus que tout le monde : la toubib du camp de réfugiés. Les approximations s’alignent sans vergogne, qui concourent toutes à renforcer l’image d’une Afrique sauvage, et lorsqu’on dit à Rahne que ses enfants risquent de perdre leurs yeux qui seraient revendus aux Blancs, on se dit que c’est ce film qui risque d’arracher leur regard aux enfants.

///Article N° : 5771

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Les images de l'article





Laisser un commentaire