100 Days (Cent jours)

De Nick Hughes

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Fiction bâtie sur un des massacres perpétrés dans une église au Rwanda, 100 Days dénonce l’horreur en la montrant toute crue. Les images et le montage sont efficaces, le suspens est entretenu avant le massacre, lequel est montré dans toute sa cruauté. Tout est bon pour forcer l’émotion : zooms, filtres, éclairages, gros plans, ralentis et hémoglobine. Les casques bleus reçoivent l’ordre d’abandonner les Tutsis rassemblés dans l’église, les soldats français sont brocardés comme racistes et soutenant les extrémistes, des enfants triés dans une classe sont brûlés vifs dans une station service, un prêtre viole une jeune femme… Même si la véracité des faits n’est pas forcément à mettre en doute, tout cela est posé comme une réalité à la manière de Spielberg dans La liste de Schindler : une reconstitution historique qui par la fiction se donne pour vraie.
Nous savons que tout cela a existé, mais montrer ainsi l’horreur place le spectateur dans une hypnose empêchant toute réflexion. Comment avoir du recul en état de choc ? Le public ouagalais du Fespaco quittait la salle en cours de projection, n’en supportant pas les images. Saine réaction ! Il est scandaleux de prendre ainsi le spectateur en otage. « La douleur n’est pas une star », disait Godard dans ses Histoires de cinéma. A quoi bon montrer l’horreur si c’est pour déboucher sur son simple constat, désespérant et affligeant ? Le maigre appel à la vie de l’enfant-soldat recueillant le bébé abandonné par la femme violée en fin de film est bien faible pour restaurer l’espoir. Le spectateur ne peut qu’être abattu, alors même qu’une œuvre d’art sur un tel sujet se doit de problématiser la monstruosité des hommes pour restaurer la réflexion sur le devenir humain. On retrouve à l’échelle d’un film entier la problématique du travelling de Kapo soulevée par Jacques Rivette dans les Cahiers du cinéma après la guerre : esthétiser l’horreur conduit à sa fétichisation. On magnifie ce qu’on combat. Le film de guerre plaît en jouant sur la fascination de la violence, comme l’avait montré Coppola dans Apocalypse now ou Oliver Stone dans Platoon. 100 Days fonctionne sur cette ambiguïté, croyant faire avancer les choses en décrivant par le menu les monstruosités perpétrées. Tout compte fait, le film aurait pu aller plus loin dans l’insoutenable, les rapports d’Arusha montrant à quel point, comme dans tous les génocides modernes, les horreurs au Rwanda dépassaient l’entendement.
Quelle est donc la limite du montrable ? Ce qui n’empêche pas le spectateur de réfléchir : la suggestion est de mise, puisque les faits sont connus. 100 Days, bien loin de toute mesure, mise sur la sensiblerie et ne sert finalement que lui-même.

2001, 99 min, 35 mm, images : Nick Hughes, musique : Steve Parr, Sharon Rose, Prod. : Sales & Print, contact : Nick Hughes, Vivid features Ltd, Kenya, tel +254 2 21 30 64, salocin@postmaster.co.uk///Article N° : 2786

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