1998 : Festival…

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Que quiconque éprouve le culot de dénier à Monsieur Fressey le droit de revêtir les attributs de Dionysos en ce jour de fête, se lève et enjambe la fosse aux orchestres pour déclamer dans l’arène !…
Septembre 1985 ! Deuxième Franco ! Soir. Réfectoire du Village des Vacances Le Buchou ! Je, fraîchement débarquant du Sahel, découvre le Limousin. Vent glacial d’automne. Le remède ? Tam-tam, bala, djembé, des rythmes du Congo de Sony Labou Tansi et du Burkina de Madou Koné… Parfois une bourrée puisque des habitants d’Eymoutiers sont au rendez-vous depuis trois soirées. Leur maire en tête de liste ! Sacré Monsieur Fressey ! Et on chante et on danse et on boit du vin au robinet du tonneau ! En attendant que le Festival commence dans quelques jours.
Un comédien du Rocado – Jonas, Nicolas ou Georges, je ne sais plus – murmure quelque chose à l’oreille des autres… L’on se saisit de Monsieur Fressey que l’on soulève de terre et que l’on porte bien en équilibre sur nos épaules. Il agite les bras, lève le poing, chante à tue-tête. La ronde, le tour du réfectoire trois fois, quatre fois, dix fois la ronde en dansant. On le repose enfin sur ses jambes. Il a le tournis mais… Le voilà qui rajuste sa chemise et demande le silence pour… un discours !  » Même ceux qui m’ont élu ne m’ont jamais porté en triomphe. Merci mes chers amis et vive le théâtre ! Que la fête continue !  »
Sacré Monsieur Fressey ! C’est sur sa divine inspiration – je le soupçonne – qu’on a installé au réfectoire le tonneau de vin muni d’un robinet. Lui avait bien compris qu’à la racine de Festival, il y a fête, et que les Dionysies donnaient bien lieu à des orgies, force ripailles et beuveries, libations et danses de rythme, d’acrobaties ou de grâce, chants et délires. Ce soir-là, il était notre Dionysos, le dieu du théâtre et du…. Nous étions son cortège de satyres, de bacchantes et de ménades : le thiace. Pas question de délirer le gosier sec.
Se saisir d’un gobelet, se donner la fatigue d’aller jusqu’au tonneau, un tour de robinet et le vin coule… du bon vin tout rouge ! Et on boit et on chante et on danse.
Que quiconque éprouve le culot de…. Personne ? Tant mieux ! On évitera le pugilat.
Koulsy Lamko, Tchadien, résident en 1992 et 1995
…INTERNATIONAL…
François Archambault (Canada-Québec)
Boubacar Boris Diop (Sénégal)
Abderrhamane Lounes (Algérie)
Gao Xingjian (Chine)
Jean-luc Raharimanana (Madagascar)
Mercédes Fouda (Cameroun)
Abla Farhoud (Liban)
…DES FRANCOPHONIES…
Forcément, il faut dire les francophonies au pluriel.
Rien que pour faire la nique aux francocratie, aux franco-fonds de commerce franco sans faute sous la férule, aux francofraternité à sens unique.
Ne serait-ce que pour dédire les franco-minorités dominantes, les franco-minorité dissidentes, les francophonies cartes d’identité brandies comme des gourdins.
Juste pour rire de la grimace agacée de ce francophone des Amériques qui ne trouve pas que son accent est tout à fait charmant, du sourire flatté de ce francophone d’Afrique qui ne trouve pas du tout étonnant de parler comme un livre.
Forcément, il faut vivre les francophonies au pluriel.
Alfred Dogbé, Nigérien,résident en 1997
…EN LIMOUSIN
Je ne puis parler du Limousin sans déclencher en moi un train de souvenirs aussi cocasses que magiques. Ne dit-on pas que la route du paradis est pavée d’embûches ? Certes le Limousin n’est pas le paradis, mais il ne manque pas d’allure.
Au commencement de mon périple étaient les jeunes pick-pockets d’Abidjan. Ils prirent en effet le parti de me soulager de mon argent le jour de mon embarquement à l’aéroport Félix Houphouêt Boigny. Ce délestage me causa mille embarras à Roissy Charles de Gaulle. Comment joindre mes hôtes du Festival qui m’attendaient ? Que faire sans le sou dans un pays que je découvrais pour la première fois ? Je résolu de m’adresser à un agent de police qui n’hésita pas à m’offrir une carte téléphonique ; ce sésame m’ouvrit les portes du Limousin. Après ces moments de doute et de frayeur, je devais découvrir le Limousin. C’est une population et un paysage sympathiques et hauts en couleurs. Exceptée ma noyade manquée dans la Vienne (quel dommage pour le Festival ! Ça lui aurait fait un surcroît de publicité) et la froideur d’un soleil sans commune mesure avec celui de l’Afrique, je puis affirmer que mon séjour dans le Limousin fut agrémenté par la multiplicité culturelle d’une région dont les charmes contrastés ont sans doute contribué à lui conférer sa vocation de terre hospitalière.
Liazéré, Ivoirien, résident en 1996 et 1998

///Article N° : 433

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