#8 Itinéraires de la littérature angolaise

Zoom Fenêtres lusophones

Fenêtre n°8. Angola : scène artistique et commémoration de l'indépendance, volet n°2
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Nous initions une série de « fenêtres » sur les cinq PALOP (Pays Africains de Langue Officielle Portugaise) : comment commémorent-ils leur indépendance cette année, où en est leur scène artistique 40 ans après, comment les artistes se saisissent-ils de la question de la colonisation, de l’indépendance, de la mémoire, des relations passées et présentes avec le Portugal, de leur société aujourd’hui, etc. Le premier pays à être traité (en juillet et août) est l’Angola, qui fêtera ses 40 ans d’indépendance le 11 novembre prochain.

L’indépendance a-t-elle affecté la littérature angolaise? La réponse (positive) paraît évidente vu la mainmise de l’administration coloniale : interdiction d’enseigner dans une langue africaine; problèmes liés à l’impression (bien que la première imprimerie remonte à 1844) et à la circulation des textes littéraires, censure exercée sur la presse etc. Rappelons que le premier récit de Luandino Vieira, l’un des écrits fondateurs de cette littérature est paru en 1960 à Lisbonne dans la collection Ultramarino éditée par la Casa dos Estudiantes de Império avant d’être publié trois ans plus tard par la maison ABC et que le Jornal de Angola est postérieure à la déclaration officielle de l’indépendance. Globalement les oeuvres majeures qu’elles soient fictionnelles ou poétiques – celles qui se sont écartées des normes académiques de la métropole – ont été écrites alors que leurs auteurs étaient en prison ou durant la guérilla. « J’avais terminé mon premier roman A vida verdadeira de Domingos Xavier vers octobre 1961 peu avant d’être emprisonné. A partir de ce livre, tout ce que j’ai écrit, je l’ai écrit dans les prisons ici, à Luanda ou au Cap-Vert (au camp de Tarrafal) » déclare L. Vieira en 1993 (1). Dans un entretien avec Michel Laban, le même Luandino affirmait : « Le meilleur des oeuvres de ces écrivains (Henrique Abranches, Manuel Rui, Pepetela, Mendes de Carvalho) a été produit avant l’indépendance – même si celles-ci ont été publiées après » (2). De fait, Mayombe fut écrit au Cabinda parmi les combattants même s’il a été édité seulement en 1980.
Manuel Rui, partage le même point de vue en notant : « le développement littéraire angolais a été, pour des raisons historique, lié au processus d’indépendance ». Et il ajoute : « on peut même affirmer qu’il n’y a presque aucun écrivain « classique » qui ne soit engagé dans le mouvement de libération » (3).
Reste à cerner le lien entre écriture et engagement politico-idéologique. D’un point de vue historique, il a d’abord été purement intellectuel. Les figures de proue des littératures africaines d’expression portugaise que sont Agostinho Neto, Francisco José. Tenreiro, Alda do Espirito Santos, Mario de Andrade, et d’une certaine façon Amilcar Cabral partagent une même situation matérielle : tous ont été contraints de quitter leur terre natale pour venir achever leurs études en métropole ; tous sont tournés vers la littérature moderne ou contemporaine, qu’elle soit portugaise (Manuel da Fonseca, Alves Redol), américaine (Langston Hugues, Richard Wright), latino-américaine (Neruda, Ruben Dario, Guillen), brésilienne (Amado, Jorge de Sena, Manuel Bandeira, Ribeiro Couto); ils prêtent une oreille attentive aux thèses défendues par Césaire et Senghor, même s’ils se tiennent à distance du panafricanisme; ils se sentent proches du Parti Communiste Portugais (du moins dans un premier temps car le divorce avec le Parti sera patent en 1953) car eux aussi sont opposés à la politique salazariste (4). Pires Laranjeira le dit clairement : « il y a une connivence magique au-dessus des patriotismes, des nationalités, des cultures » (5). C’est dire que création littéraire et activité subversive sont déjà intimement liées et que les poèmes de Neto et de ses amis sont les prolégomènes, au niveau de la langue et de la thématique, au combat sur le terrain.
Il est clair qu’il n’y a pas de détermination causale de l’une à l’autre; la seconde ne découle pas automatiquement de la première. D’autres intermédiaires seront nécessaires pour que l’affrontement par les armes soit effectif. Ce sera le Parti communiste Angolais en novembre 1955 créé sur le modèle du PC brésilien à l’initiative de Viriato da Cruz, Ilidio Machado, Mario Antonio, Antonio Jacinto puis quelques mois après, le Parti de la Lutte Unie des Africains d’Angola, lequel revêtait un caractère plus nationaliste, ses orientations étant recentrées sur les préoccupations des autochtones; le MPLA allait suivre pour concrétiser la fin de la politique coloniale sur les terres angolaises. Cependant on ne saurait nier l’apport du travail poétique à la cause de la lutte armée : la référence constante à la condition socio-culturelle des natifs – par exemple le poème de Mario de Andrade Cançao de Sabalu où est dénoncé avec véhémence le travail forcé à Sao Tomé, lequel peut se conclure par la mort – à leur manière de s’exprimer (l’oeuvre citée insère à plusieurs reprises l’exclamation familière Aiué ! (Ho là la !), à des éléments du lexique kimbundu désignant des constituants de l’environnement naturel de la faune ou de la flore, cette référence est dotée d’un pouvoir performatif important : elle engage le récepteur (lecteur ou auditeur) à apporter sa contribution personnelle à la lutte concrète contre les représentants du colonialisme. L’une des réussites majeures du verbe poétique d’Afrique lusophone (pas seulement angolais) de cette période de transition (celle qui a assuré le passage du régime colonial au régime national) aura été de faire coïncider tradition et perspective révolutionnaire. En faisant renaître la joie qu’il y a à « vibrer sur le cuir pelé du tambour de fête », le poème de Neto intitulé Na pele do tambor (Sur la peau du tambour), réveille des siècles de domination sur l’ensemble du continent; ce sont ces « afriques vieillies / par la honte d’être afriques ». Mais c’est pour dessiner un futur délivré de l’oppression étrangère – futur qui, au moment où ces vers sont écrits, semble à portée de vue (ou de fusil) : « Sur la peau vieillie du tambour / je vis je vibre et je clame / en avant ». Convoquer le passé ancestral n’a rien d’une vision romantique; loin d’actualiser une mémoire collective à la seule fin de revivre par la pensée le temps de l’enfance et au-delà, celui d’avant le colonialisme, il s’agit de la mettre au service d’une vision tournée non pas vers un passé sans âge mais orientée sur un avenir vierge qui pourra accueillir (concrétiser) tous les modes d’être, de sentir, de penser portés par la tradition telle qu’elle se dit encore aujourd’hui au travers de contes, de devinettes, de légendes etc…Le poème d’Antonio Jacinto publié dans le premier numéro de Resistência (6 septembre 1975) qui a pour titre « O grande desafio » (Le grand challenge) décrit un match de football entre jeune luandais et se conclut en ces termes : « Mais peut-être le jour viendra (..) quand nous tous qui (aujourd’hui) souffrons isolément, / nous nous rencontrerons sur un pied d’égalité, comme autrefois, (…) / partageant les mêmes désirs, aventures et espoirs / Alors nous irons faire le grand challenge ». La combinaison des deux approches (tradition – espérance d’un avenir radieux, dénué de conflits) paraît donc possible même si certains intellectuels mettent en garde les lecteurs contre une éventuelle régression vers le passé, nocive pour la volonté de changement (un dessin d’Henrique Abranches représente un fumeur de liamba (marijuana) est sous-titré « la tradition peut être un poids mort ».
Comment parer à ce danger ? Plusieurs stratégies seront mises en oeuvre au lendemain de l’indépendance :
a) La poésie publiée dès la fin de l’ère coloniale aura à coeur de rendre hommage aux combattants qui ont donné leur vie pour que soit organisé un ordre de vie mariant harmonieusement respect des valeurs du passé et idéal révolutionnaire. Ce sera le cas avec Nguidia Wendel quand il salue « un guérillero couché mort / Sur le gazon angolais / un combattant mort / Dort dans le gazon angolais digne » (6). D’autres poètes adopteront un ton moins impersonnel en reliant le sentiment amoureux à l’aspiration à un changement radical : « Et quand ma bouche / Sera la bouche noire d’une arme / Et que mes paroles seront des balles / Je me lancerai avec toi / Dans la tempête révolutionnaire » (7). C’est un moyen efficace d’entretenir la flamme révolutionnaire et d’endiguer les velléités d’un retour aveugle vers certaines pratiques ou croyances rétrogrades.
b) Concernant la tradition elle-même, elle est assimilée à l’obscurantisme quand elle paraît anachronique. Costa Andrade qui développa une grande activité au sein de la Casa dos Estudiantes de Império prône la diffusion des grands auteurs africains auprès des masses angolaises; ce serait un moyen efficace d’ouvrir les esprits aux problèmes socio-politiques de tout le continent noir et de faire découvrir du même coup la richesse et la diversité des cultures propres aux ethnies vivant sur le sol angolais. Cette double perspective ne fut guère concrétisée dans Resistência. Toutefois de nombreux textes poétiques émanant d’auteurs non africains furent proposés aux lecteurs. Ils portaient des signatures prestigieuses comme celles du chilien Pablo Neruda, des Brésiliens Drummond de Andrade ou Cabral de Melo Neto, des Américains (Langston Hugues, Walt Whitmann) ou du Cubain Nicolas Guillén. Il s’agissait de montrer qu’ailleurs des poètes oeuvraient dans le même sens et réclamaient la fin de toutes les formes d’oppression. Cette volonté de faire connaître d’autres voix devait se poursuivre beaucoup tard que novembre 1976 (date qui vit la parution du dernier numéro de Resistência) puisque la gazete da UEA (Union des Ecrivains Angolais) Lavra & Oficina dans son numéro triple 25-26-27 de 1980 publiait des textes de poètes cubains ayant milité contre la dictature de Batista. Le choix n’était pas fait au hasard : la poésie de Guillén s’intitule « Ho Chi Minh », Victor Casaus, né en 1944 et qui n’a pu prendre part à la guérilla dirigée contre le dictateur, donne un poème à la revue dédié à Costa Andrade et réciproquement Manuel Rui en livre un en l’honneur de Santiago de Cuba tandis que Eduarda Escorcio (11 ans) compose quelques vers célébrant Che Guevara et que les autres textes émanant d’auteurs cubains sont tous à la gloire des patriotes engagés aux côtés de Fidel Castro. On pourrait voir dans cette réciprocité le développement de la propagande officielle de l’époque mais ce serait là une interprétation réductrice car nombre de poètes édités par la Casa dos Estudiantes de Império entendent les mêmes protestations, les mêmes aspirations dans les « voix montant des cannaies, des rizières / des cafeteraies, des caoutchoucs / des champs de coton…/ des plantations de Virginie / des champs des Carolines / Alabama / Cuba / Brésil » comme l’écrit Viriato da Cruz (8). Relier les voix poétiques originaires de Cuba ou d’ailleurs et de l’Angola perpétue ainsi l’esprit panafricaniste qui n’a jamais été abandonné.
c) Cependant la matrice nationale reste la plus importante. L’interview de Costa Andrade parue le 25 octobre 1975 dans Resistência est éloquente à cet égard : il déplore que les masses ne connaissent pas leurs propres artistes et écrivains car ils ont puissamment contribué à l’abolition du régime colonial. Antonio Cardosio lui emboîte le pas dans une note d’août 1976 où il conseille aux jeunes auteurs de ne pas s’en tenir à la poésie et de rédiger des contes, de courtes histoires et des devinettes car ces formes d’expression renferment « le grand savoir fait d’expériences » que les anciens transmettent régulièrement au plus jeunes. Ce qu’avait fait Aristides Van-Dunem quelques mois auparavant dans un conte intitulé « Nome daquele musseque » (Nom de ce quartier) où il mettra en scène des pratiques coutumières telles que le culte des grands arbres ou celui de la déesse des lacs (kianda), le sunguilamento (passer la nuit à proposer des devinettes ou des fables à finalité morale). Mais ce type de production textuelle restera isolé dans les premiers mois qui ont suivi la libération du territoire.
Honorer ceux qui ont laissé leur vie dans les combats ou dans la répression qui suivit les soulèvements populaires (9) était alors encouragé par l’union des Ecrivains Angolais – cet organisme avait vu le jour en décembre 1975, Luandino Vieira en ayant été le premier secrétaire général – car c’était un moyen de réunir les énergies sous une cause unique, de renforcer le nouveau pouvoir en place et de contribuer à la création de l’Etat-nation.
d) Mais l’effondrement économique du pays, la pénurie générale résultant du départ massif des colons et de la fermeture brutale de leurs entreprises ou maisons de commerce allait susciter chez nombre de citoyens une mise en question des options idéologiques (le marxisme) et des mesures économiques se réclamant d’une économie planifiée prises pour endiguer cette situation. Les écrivains ne feront pas exception; peu ou prou, ils prendront leur distance avec le pouvoir et développeront une littérature plus personnelle; le cautionnement apporté par les auteurs aux mots d’ordre officiels étant perçu comme bâillonnant l’acte même de l’écriture. Dès les années 1987-88, des voix nouvelles se font entendre.
– Connaissant les mêmes problèmes d‘approvisionnement que n’importe quel citoyen, certains écrivains dénoncent les slogans gouvernementaux et montent en épingle les dérives du pouvoir en place, stigmatisant l’esprit arriviste des responsables à tous les niveaux de l’échelle sociale comme le fait Manuel Rui avec sa Cronica de um mujimbo (Chronique d’une rumeur) (1989) et surtout avec Quem me dera ser onda (Ah, si je pouvais être une vague) (2009) où la pénurie de biens de consommation courante fournit la matière thématique à une fiction conçue pour distraire le lecteur mais également pour rappeler que dans l’ancien temps existaient des rapports plus authentiques entre les hommes et entre ceux-ci et le monde animal. D’autres personnalités des lettres angolaises telles Pepetela avec O cao e os caluandas (1980) ou Mendes de Carvalho (connu aussi sous le nom de Uanhenga Xitu) avec O Ministro (1989) manifesteront leur réprobation bien qu’ils aient eu d’importantes fonctions gouvernementales.
– D’autres écrivains délaisseront la critique du politique pour la fiction et entameront un douloureux travail d’auto-prospection, suite à la souffrance engendrée par les années de guerre civile. Ce sera le cas de Bothelho de Vasconcelos qui endure « la torture de celui qui encore ne sait rien de lui-même / et tâtonne dans les rides de son propre visage » et qui découvre la fécondité morale et heuristique du savoir véhiculé par la tradition, savoir dans lequel il trouve apaisement et réponse aux problèmes majeurs qui se posent à toute conscience humaine.
– La production littéraire d’aujourd’hui paraît avoir coupé le cordon ombilical avec le temps de la guérilla et si elle évoque les tracas matériels, c’est surtout le malaise de type existentiel qui est abordé en même temps qu’elle expérimente parfois des questions d’écriture. La liste des auteurs qui s’aventurent sur ce chemin est devenue importante. Parmi les noms qui s’en détachent, relevons ceux d’Ondjaki, d’ Agualusa, de Mixinge. Chacun creuse un sillon qui lui est propre. Le premier cité raconte ses années d’enfance durant la guerre civile (il est né en 1977), peuplées de gens attachants, l’histoire personnelle devient prétexte à porter un regard critique et ironique sur ce qu’étaient la vie quotidienne et l’idéologie défendue par le pouvoir de l’époque; le fait que le regard naïf de l’enfant croise les réflexions sarcastiques des membres adultes de sa famille permet à Ondjaki de construire un récit complexe combinant la poétisation du vécu infantile et la démystification de cette même expérience. Agualusa, écrivain d’une fécondité étonnante, ne néglige pas la satire politique (en particulier dans le récit intitulé O bom déspota (Un bon despote) dans sa dernière livraison O livre dos camaleones; il sait lui aussi mettre en scène les enfants dont les jeux ou les projets suscitent des interrogations touchant l’organisation sociale ou des questions d’actualité comme l’écologie (10). De ce fait, son oeuvre est plus tournée vers la réflexion philosophique ou sociologique que sur la recherche de l’expression émotionnelle, mettant ainsi en pratique la remarque d’Albert Camus selon lequel la littérature n’est que de la philosophie mise en fiction. Quant Mixinge, son livre intitulé O ocaso dos pirilampos (La décadence des verts luisants) se veut novateur tant dans le thème que dans l’écriture. Lui aussi mêle souvenirs (arrangés) de l’enfance et satire politique mais le geste est différent des deux auteurs pré-cités. Faisant appel au vocabulaire médical et psychanalytique, il cherche les assises de l’humain dans les instincts, les pulsions et la part animal de nous-même. Le physiologique tient lieu de fondement même si certaines outrances de langue sont susceptibles de choquer plus d’un lecteur.
Autant de directions qui vivifient la littérature angolaise et lui assure un avenir florissant.

(1) Dans les mots de Luandino Vieira – Propos recueillis par Bernard Magnier- Revue Notre librairie n ° 115 – Octobre-décembre 1993 – p 46. Le livre a été traduit en français par Mario de Andrade et C. Tiberghien sous le titre La vraie vie de Domingos Xavier – Présence Africaine – 1971.
(2) Michel Laban : Encontro com escritores – Fundaçao Eug. Antonio de Almeida – vol 1 – 1991 p 413-414.
(3) Manuel Rui : Evolution de la langue et de l’écriture – Notre librairie – op cit p 36.
(4) Voir le recueil intitulé Francisco José Tenreiro : As multiplas faces de um intelectual – Ediçoes Colibri – 2010 dont l’une des contributions p 149 sv retrace les relations entre ces intellectuels africains lusophones et le PCP
(5) Pires Laranjeira : A negritude africana de lingua portuguesa – Ediçoes Afrontimento – 1995 p 45.
(6) Nguidia Wendel : Nos voltarem (Nous retournerons) – Luanda 1977 – 37 pages. Edition non indiquée – Le recueil a fait l’objet d’une traduction en italien.
(7) Extraits cités par Manuel dos Santos Lima : Angola, cent ans de littérature – Revue Notre librairie – op cit pp 30-31.
(8) Ces vers sont extrait du poème intitulé « M’sieur Santo », sélectionné par Mario de Andrade dans son anthologie La poésie africaine d’expression portugaise – Edit Pierre-Jean Oswald – 1969 – p 97.
(9) Voir « le quatrième poème d’un chant d’accusation » de F. Costa Andrade qui salue les 50.000 victimes de la répression consécutives aux insurrections du 4 février et du 15 mars 1961.
(10) Voir son roman (non encore traduit en français) A vida no Ceu (Ediçoes Quetzal – 2013)
///Article N° : 13177

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