A la recherche de l’identité cubaine : Miguel Barnet

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Né à la Havane en 1940, Miguel Barnet s’est attaché, comme poète, romancier et ethnographe, à mettre en valeur la créativité de la culture noire dans l’identité cubaine.

Miguel Barnet est l’auteur de nombreux recueils de poésie : La Pierre fine et le paon (1963), Iles de Güijes (1964), La Famille sacrée (1967), Orikis et autres poèmes (1980), Lettre de nuit (1982), Carte du temps (1989), Bocetos de haiku (1991), Une anthologie (1993). Son oeuvre est marquée thématiquement par le renouveau de l’inspiration négriste de l’époque révolutionnaire où l’on prônait l’égalité des races et des classes, la revendication des racines africaines de l’identité cubaine. Dans ses créations poétiques, il rend hommage aux divinités yoruba de Cuba de la religion dite « Santería », aux cérémonies, rites divinatoires, fêtes des tambours, à la mythologie cubaine (les « güijes », personnages mythiques qui hantent les rivières…). Il a également repris des chants de louange d’origine yoruba dans son recueil « Orikis ».
Miguel Barnet est cependant plus connu et publié à l’étranger pour ses romans qui appartiennent à la littérature de témoignage, représentatifs de son époque, mais aussi de la mémoire d’un peuple, de ses racines, de son histoire dans ses diverses facettes. La célèbre Biographie d’un nègre marron (1966) nous fait découvrir la vie d’un vieil homme de 104 ans, Esteban Montejo, qui a connu dès sa naissance l’esclavage dans la plantation et les cases à esclaves (Cuba est l’un des derniers pays d’Amérique à abolir l’esclavage en 1886), a fui très jeune dans les mornes et a vécu longtemps en nègre marron solitaire. Il a participé à la guerre d’indépendance de Cuba (1895-98) dont il a admiré les héros noirs et mulâtres, puis il s’est retrouvé « libre » dans un pays sous domination néocoloniale et nord-américaine. Ce livre est un témoignage sur le travail dans les champs de canne à sucre, sur la discrimination envers la population noire, sur les fêtes et les cérémonies religieuses, les traditions et les croyances populaires de la fin du siècle dernier… Partant de longues conversations avec Esteban Montejo, l’auteur a su reproduire la spontanéité du personnage, son humour et sa gouaille dans un récit à la première personne où sont conservées les tournures idiomatiques et les jeux de mots propres à ce Nègre rebelle fascinant et à son époque, pendant laquelle les vocables d’origine africaine de l’espagnol de Cuba sont déjà fixés.
Suivront d’autres romans où reste présente cette préoccupation constante de la formation identitaire dans le processus historique cubain : La Chanson de Rachel (1969), Le Galicien (1981) sur l’immigration des Espagnols au début du siècle à Cuba, adapté au cinéma, La Vie réelle(1986) ou le rêve américain chez les Cubains à New York dans les années 40 et 50, Oficio de Angel (1989). Le Prix national de la littérature lui a été attribué en 1994. Il a recueilli des contes de la tradition orale dans une édition illustrée : Akéké et l’agouti (1978). Ses essais ethnographiques sur la culture cubaine sont rassemblés dans le livre La source vivante (1983), où il considère les mythes d’origine africaine, principalement yoruba et bantu, comme des apports principaux à la mythologie populaire et comme sources de créativité dans la culture cubaine transculturée.

Ouvrages de Miguel Barnet disponibles en français :
Biographie d’un cimarron, trad.Claude Couffon, Gallimard, 1967.
Esclave à Cuba, trad. Gallimard, 1968.
Le Galicien, trad. Marie et Jean Goulemont, 1983, éditions SPAG/Papyrus.
– Revue de Pierre Seghers Poésie 94 n°51.///Article N° : 778

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