À livre ouvert au marché Mboppi

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Situé au cœur de la ville de Douala, le marché Mboppi a la réputation d’être le plus grand marché d’Afrique centrale. Ses boutiques, à l’image de cette ville, sont d’architecture inégale et groupées en rangées compactes qui s’étirent en lignes irrégulières. C’est dans ce marché, dans la boutique B.1. n° 7, que se trouve le siège de l’association Livre ouvert, créée dans le but de promouvoir la lecture et l’écriture. Là se réunissent mensuellement tous ceux qui croient encore au livre, dans un contexte où ce support de la pensée sert principalement à passer examens et concours. Une affiche des éditions Agbetsi en bonne place derrière la table-caisse du coordinateur vient rappeler la confusion dans laquelle se trouve le livre :  » Opération Livre en grève : je m’appelle Livre… On ne me lit pas… On ne m’achète pas… Je suis en grève. »
Le premier défi fut d’amener ceux qui découvraient pour la première fois Livre ouvert à dépasser cette ambiance anecdotique : se retrouver au milieu des fils à coudre et des aiguilles, au milieu des marchandages et des éclats de rire, au milieu des  » Voleur ! Arrêtez ! Voleur !  » et des va-et-vient des badauds, pour discuter sereinement.
Mais les murs tapissés d’écrits éloquents et les livres entassés dans un coin suffisent à débrouiller les esprits. L’écriteau qui frappe en premier le regard est celui de la  » rime du mois « . Il véhicule des phrases d’auteur, simples et bien écrites. Le but en est d’aiguiser l’esprit de créativité des adhérents mais aussi de marketer les clients, c’est-à-dire de leur faire comprendre que le livre existe et demande à être pris en considération.
Sur les murs, on peut consulter certains numéros de Bouquinons, la lettre d’information de l’association. Si des jeunes comme Aurélie Dongué, Lucien Kenfack, Sandrine Ngassa, Merveille Kameni, Vieux Arsèle Ngueutseu, Patience Nguebou, Franck Amveme,Chrispain Panja… ont rejoint le groupe, c’est d’abord le fait de Bouquinons et des rubriques comme  » Question à un livre  » et  » Mots « , où est publié un poème inédit qui donne à son auteur droit à un livre. Ce petit groupe de passionnés se retrouve tous les mois pour travailler sur des thèmes choisis de commun accord mais aussi pour lire et écouter leurs textes, pour se lire et s’écouter. C’est pour ces jeunes que Patrice Nganang, l’auteur de Temps de chien, émit ce vœu consigné dans le livre d’or :  » Bien du succès, mes frères, nous avons commencé avec une histoire et c’est à vous d’en écrire les prochains chapitres…  »
Où en sommes-nous aujourd’hui avec l’écriture de ces chapitres ? Livre ouvert a connu quelques mois de coma dû au fait que la plupart des adhérents se sont dispersés à travers le pays pour cause d’études et d’emploi mais le travail de désacralisation du livre continue et continuera… L’expérience du marché Mboppi qui est déjà parvenu à dérider certains préjugés a encore de belles pages à remplir.

Né dix ans après l’indépendance du Cameroun, Marcel Kemadjou Njanke a publié « Cris de l’Ame », son premier recueil de poèmes et son premier livre en 1994, après avoir obtenu le prix de la jeune poésie d’Afrique centrale. Ont suivi « Le mendiant bleu » (nouvelles) et « Poto-Poto blues » (poèmes) et très prochainement, « La chambre de Crayonne » (nouvelles) chez L’Harmattan. En plus de ses activités commerciales, il anime l’association Livre Ouvert créée en avril 2002.///Article N° : 3507

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