Angola 60-90

Une grande découverte musicale

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Un producteur ambitieux pourrait « remixer » des dizaines de tubes à partir de cette collection de CD, qui révèle les trésors si méconnus de l’Afrique centrale lusophone.

A l’écoute de cette anthologie – la première jamais consacrée aux musiques urbaines d’Angola – on éprouve à peu près les mêmes sentiments que lors de la parution (en 1992) du double-CD « Musiques du Cap-Vert », réalisé aussi par Ariel de Bigault, et qui précéda la vogue mondiale de Cesaria Evora…
D’abord cette impression confirmée, que le « post-Empire » lusophone, aussi hétérogène soit-il, possède une évidente unité musicale, au delà de la communauté linguistique. Il est vrai que les caractéristiques d’une langue – phonétique, sémantique et même syntaxe – sont déterminantes dans les choix musicaux qui enrichissent le chant. Plus étrange, il semble que le portugais (comme sans doute les autres langues « coloniales ») ait affecté les inflexions des langues maternelles – c’est flagrant dans les chansons en kimbundu des Ngola Ritmos (1956) qui ouvrent l’anthologie et encore plus le « Kurikutela » du Duo Ouro Negro (en portugais et en tshokwe)…
Les chansons de Teta Lando à la fin des années 60 évoquent irrésistiblement le tropicalisme bahianais, Gilberto Gil ou Caetano Veloso à la même époque, quand la lutte anti-coloniale en Afrique coïncidait avec le rejet de la dictature au Brésil.
Reste que la plupart des chansons de l’anthologie (et ce n’est certes pas un choix délibéré d’Ariel de Bigault), même pour le profane, n’ont pas grand chose de commun avec ce qui était enregistré à la même époque dans les pays voisins d’Afrique anglophone ou même francophone.
Certes, avec les deux plus proches (Congo Brazza et Kinshasa), on sent très bien la communauté ethnique (Kongo, Tshokwe…) mais l’atmosphère de Luanda n’avait sûrement pas grand chose à voir avec celle de Matonge. Toujours est-il – et c’est peut-être la grande leçon de cette anthologie – que malgré quelques exceptions comme le Quarteto Angolano (1969) ou Dimba Diangola (1970), la musique angolaise ne semble pas avoir été « impressionnée » par la suprématie panafricaine de la rumba congolaise, dont elle était pourtant la plus proche voisine.
Pourtant, à Cuba comme au Brésil, les musiques de la diaspora africaine, celles qui ont engendré la rumba et le samba, ont toujours fait référence à l’Angola, autant qu’au Congo ou aux Yoruba du Nigeria.

Angola 60-90, (Anthologie de 6 CD Buda Records / Mélodie)///Article N° : 1265

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