Au nom du slam

Babi love, Babi blues …

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Janvier 2016

Je mets le cap sur le pays de Bernard Dadié, pour une double mission pédagogique au Lycée Mermoz, et un concert littéraire à l’Institut Français d’Abidjan.
« Tu vas voir mon frère, Abidjan est doux« , c’est ainsi que m’accueille à l’aéroport, l’ami, le kôro, l’aîné merveilleux Binda Ngazolo, conteur dans tous ses états.
Abidjan est doux, ces mots je les ai entendus pendant des années, dans la bouche complice des amis ivoiriens avec lesquels je partageais l’attiéké, les joies et les galères de la vie étudiante en France.
Je les ai entendus aussi, dans la bouche littéraire de certains écrivains de Côte d’Ivoire, invités du festival Fest’Africa, dont l’ambition et le pari -réussi- était de mettre en lumière les écritures francophones d’Afrique et des Caraïbes.

Abidjan est doux, j’étais donc prévenu.
Des glôglô d’Abobo aux maquis de Treichville, de Cocody ou du Plateau, la vie bat son plein dans la city ivoirienne, la vie, et puis l’art et la culture aussi, qui célèbrent la vie, avec ses hauts et ses bas.
L’art-résistance, l’art-thérapie collective, l’art-rencontre de mondes et de gestes de cœur qui engagent les êtres, les poètes et leurs lettres de sang.
Je suis tombé en amour avec Abidjan, Babi pour les intimes et les étrangers initiés à la langue foisonnante et savoureuse d’ici. Je me suis enjaillé ici, mal mal. Sinon y a quoi ? Y a rien, c’est l’homme qui a peur, y a foy ! Ici on vibre aussi, je le jure, Au Nom du Slam !

Abidjan est doux, Babi love, Abidjan est dure, Babi blues… Et Abidjan slame aussi, sa douceur et sa dureté, les espoirs et les rêves des héritiers de Dadié, mais aussi la violence et la brutalité du quotidien quand on n’a pas, quand on n‘a rien, quand on n’a que l’amour, sa dignité, et sa prose pour changer la donne, oser sa cause et bouleverser l’ordre des choses.
Abidjan est doux, Babi love, Abidjan est dure, Babi blues … Abidjan slame aussi, grâce à une joyeuse bande de ménestrels modernes et activistes du verbe libre. Bee Joe, Kapegik, Lyne, Amee, NoucyBoss, Philo, Destou Popov, L’Etudiant, Sergeph, Olilili et Roi Fort Malick se sont rencontrés en décembre 2013 lors d’une soirée tournoi slam organisé par le Goethe Institut.
Du même rêve partagé en éclat de rires, de vies et de vers, est né le Collectif Au Nom du Slam.
Depuis les scènes se succèdent et s’enchaînent au rythme des saisons, ces amoureux des mots se structurent, se font connaître et reconnaître du milieu culturel ivoirien, le public et les institutions commencent à suivre et s’intéresser à leur esthétique urbaine, contemporaine.
Leur émission de radio voit le jour, animée par Bee Joe « papa » charismatique du Collectif dont les membres, aussi complices dans la vie que sur scène, multiplient les projets et les participations aux festivals et Nuits du Slam en Afrique, au Tchad, au Burkina, au Mali, etc …

L’aventure s’écrit, belle, rebelle et solidaire toujours, le chemin poursuit son chemin comme dirait Binda Ngazolo, jusqu’à ce premier disque d’art enregistré en 2015 à la sueur du cœur, que nous vous proposons de découvrir sur Africultures.

Depuis trois ans, le Collectif Au Nom du Slam trace sa route, en partageant et en faisant marcher ce qu’il a, l’amour et la fureur de dire, la foi qui déplace les montagnes et les rêves qui débordent. Sa programmation au MASA en mars dernier, et les apparitions des membres du Collectif, en solo ou ensemble, remarquées et saluées par le public pendant la manifestation, témoignent, de l’engouement nouveau des jeunes et des moins jeunes pour le slam en Côte d’Ivoire, et de l’encrage de ces frères et sœurs d’art dans le paysage artistique du pays.

Doucement doucement, en Français comme en Nouchi, ils y vont, à la rencontre d’eux-mêmes et des autres, convaincus du beau, et du bon sens de leur démarche artistique indé et intègre.
Depuis quelques mois la très dynamique Galerie Le Basquiat et la somptueuse Villa Kaidin accueillent les scènes ouvertes régulières du Collectif, la joie et les mots y fusent, refusant la fatalité et le désespoir des jours, récusant toute forme de prêt-à-penser et de division dans leur art. Le verbe s’y fait revendication, politique, poétique, affirmation de soi, morale philosophique, hommage aux morts et aux vivants qui dansent ensemble dans la ronde, la fronde du monde, la bonne humeur et l’humour, le délire des mots qui délient la langue qui délivre des maux.
Le 10 juin prochain marquera une nouvelle étape dans l’histoire slamée par Bee Joe et ses camarades activistes, le Collectif posera ses valises à l’Institut Français, pour la première grande Nuit du Slam en Côte d’Ivoire.

Babi love, Babi blues …
J’ai la nostalgie du pays poétique de Dadié,
Abidjan est doux, qu’on ne vous mente pas,
On est ensemble !!!

///Article N° : 13650

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