Au retour de Marseille

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Le festival phocéen MétisSons aime à s’interroger sur la notion du métissage, pour mieux asseoir sa démarche fondatrice qui consiste à réunir les musiques et cultures en diaspora.

Lors de sa dernière édition, elle s’est penchée sur un angle complexe : les musiques métissées sont-elles de l’art (création) ou de l’industrie (opération de marketing) ? Où s’arrête l’acculturation et où prend forme l’enrichissement culturel ? Quelles prééminences, quelles dominantes dans la dynamique métisse ? N’y a-t-il pas une perte d’authenticité obligée pour l’une au moins des parties concernées par cette dynamique ? Pourquoi faut-il que les discours sur ce thème soient toujours entachés par des clichés plus que réducteurs ? Au fond, le métissage, présenté de manière stricte, est un idéal dans lequel s’inscrit tout être humain, quel que soit son origine et sa culture.
Métisser consiste selon Hughes Liborel-Pochot, psychologue-clinicien, membre de l’IEPA (Institut Ethno-psy Afrique Antilles), à mélanger  » deux choses de même nature pour donner naissance à une troisième chose de la même nature, bien que fondamentalement différente des deux premières. C’est ça qui fonde le métissage « . Il est à la fois rupture et continuité. Autrement dit, deux couleurs (le gris et le noir) vont se confronter pour engendrer une autre couleur (le gris), qui va revendiquer sa différence de façon manifeste, tout en restant proche des deux couleurs matrices. Quelle culture ou encore quelle société n’a pas connu ce type de changements ? Hughes Liborel-Pochot affirme que  » nous somme tous dans le métissage. C’est une fatalité « . Une nécessité imposée par la marche du monde. Reste à savoir quels moyens nous nous offrons pour mieux l’appréhender. Et surtout pour éviter l’utilisation d’une idéologie du métissage par une quelconque culture dominante.  » Il peut en effet y avoir une espèce d’abus de langage «  qui consiste à déclarer certains plus métis que d’autres. D’où l’ambiguïté manifeste du concept vendeur des  » musiques métisses « .
Pourquoi tel artiste venant d’Afrique serait-il ou devrait-il être plus métissé qu’un autre ? La difficulté vient du fait que l’on cherche souvent à imposer aux artistes du Sud une sorte de diktat du métissage supposé plus vendeur. Un phénomène qui concerne rarement les artistes occidentaux ou européens – pourtant eux aussi le reflet d’un certain métissage, si l’on se fie au discours de Hughes Liborel-Pochot. Face à ces ambiguïtés, Coco Malabar, auteur-compositeur d’origine congolaise vivant à Bruxelles, invite à faire la part des choses :  » l’essentiel, c’est que les artistes retombent sur leurs pieds et trouvent leur bonheur. Chaque fois qu’il y a un concept d’échanges intéressant, il y a ceux qui sautent dessus pour en sortir du pognon et ceux qui cultivent l’idée pour ce qu’elle représente. Les artistes du Sud n’ont pas assez d’infrastructures pour évoluer. Ils sont obligés de venir en Europe. Ici, on leur impose un discours : ou ils l’acceptent ou ils tournent en rond. Nous sommes tous métissés. Mais si le fait de le revendiquer nous sort de la galère, pourquoi pas ? L’essentiel est qu’on s’y retrouve, qu’on ne perde pas son âme, ni son authenticité « .
Un défi que relève avec succès depuis trois ans le festival MétisSons, qui arrive à présenter à chaque édition une programmation culturelle et musicale où le principe du mélange fonctionne dans les deux sens, sans effets réducteurs.

///Article N° : 852

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Coco Malabar




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