[Audio] : Focus sur « Consolée » de Beata Umubyeyi Mairesse

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Autrice de Ejo, recueil de nouvelles paru chez La Cheminante, puis du remarqué Tous tes enfants dispersés, aux Editions Autrement en 2019, prix des Cinq continents de la Francophonie, Beata Umubyeyi Mairesse publie Consolée en cette rentrée littéraire. Une œuvre où l’on retrouve le pays perdu, qu’est pour la romancière, le Rwanda, et cette fois depuis le décor d’un EHPAD dans le sud-ouest de la France. Avec un extrait offert, lu par Annie Ferret.

Sud-ouest de la France, Madame Astrida regarde les oiseaux passer depuis l’EHPAD justement nommé «  les Oiseaux  », où elle est désormais recluse. La vieille métisse a un secret et elle partira avec lui. Plus personne ne comprend cette langue de l’enfance, la seule qui lui reste, dans laquelle elle semble murmurer pour elle-même. Ce secret, c’est le secret de son passé, inaccessible comme l’est toute vie humaine, quelles que soient les langues que l’on a en partage, et, dans cette maison de retraite aux contours pourtant peu avenants, une rencontre va avoir lieu entre la femme usée, presque déjà à la lisière de la mort, et Ramata, une jeune mère de famille d’origine sénégalaise en reconversion professionnelle pour devenir art-thérapeute, qui sera capable, au-delà des mots, de trouver d’autres formes de langage entre complicité et promesse, sans jamais épuiser la complexité d’une femme, dont la vie sera bientôt effacée.

Deux récits, sorte de double enquête policière sur les origines, avec chacun leur temporalité, sont menés en parallèle, entre l’enfance et l’arrivée improbable depuis le Ruanda-Urundi, comme on appelait autrefois le Rwanda, de Consolée-Astrida en Belgique d’abord, en France ensuite, son mariage, ses voyages et cette nostalgie, qui ne la quitte pas même aux heures les plus douces de sa vie, pour sa famille qui lui a été arrachée. Devenue vieille et sans plus aucune attache là où elle n’a jamais fait racine, c’est la figure de son grand-père qui lui revient et l’appelle à elle, là-bas, sur une terre dont elle n’aurait jamais dû s’éloigner.

La romancière revivifie par la langue cette relation affective première, plus réaliste et factuelle pour la narration du présent, plus poétiquement onirique et plus riche aussi, quand c’est le temps des souvenirs qui affleure. C’est ainsi que, sous la métaphore du langage empêché et retrouvé, se lit également toute la flore du pays perdu, telle qu’elle est célébrée par les oiseaux du ciel, eux qui font pour nous le voyage, nous gardant le lien avec la terre de naissance, en l’occurrence ce Rwanda, présent avec douleur dans tous les textes de Beata Umubyeyi Mairesse.

Pour ceux qui ne l’auraient pas encore lue, c’est donc l’occasion et une raison de plus pour lire non seulement Consolée, qui sort le 17 août, mais aussi le très beau Tous tes enfants dispersés, paru déjà aux éditions Autrement en 2019.

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