Béza Ba Dzo

D'Anne-Marie Nzié

Le disque du mois
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Plus les années passent et plus les « Mamans » de la musique africaine se font rares et précieuses. Anna-Marie Nzié du Cameroun, peut être considérée avec Myriam Makéba et Césaria Evora, comme une des dernières femmes à avoir consacré sa vie à la musique. Mais à 67 ans, la Camerounaise était la moins connue des trois. Oh, on ne pense pas que cette carence l’empêchait de vivre, mais cela fait plaisir de voir tant de noms de la musique camerounaise et d’ailleurs réunis autour d’elle. Manu Diabngo, le batteur Brice Wassi, Marcellin Ohandja, Douglas Mbida, le clavier et chanteur du groupe Kassav et Mario Canonge ont rendu hommage à une carrière débutée il y a 45 ans.
Elle avait alors 22 ans et ne faisait que prendre la relève de son père, joueur de Mvet, instrument traditionnel à cordes du Sud-Cameroun. En 1967, elle enregistre sur le label Africambiance, lancé par Manu Dibango et Francis Bebey. Les années 70 et 80, voient une pléiade d’artistes fuir le pays pour l’Occident. La « Maman » restera et défendra bec et ongles les droits des artistes afin d’empêcher l’hémorragie. C’est en silence mais heureuse qu’elle verra son rythme, le bikutsi, internationalisé par les Têtes Brûlées, sous l’horrible surnom de « rock africain ». Elle attendra 1998 et le festival d’Angoulême pour bénéficier d’un effort de reconnaissance, et en février dernier le Masa d’Abidjan.
Cet album lui restitue une petite partie de la gloire qu’elle a sacrifiée pour les autres. Onze titres, où elle saute sans problème du bikusti à la rumba, en passant par la salsa et des moments forts, comme « Ma Limbolé », ballade bercée par le saxo de Manu. Elle conclut avec « Ma Bele Na Muri », en ewondo, « Je n’ai personne », thème de la solitude, récurrent chez Anne-Marie Nzié mais qui, on l’espère ne sera bientôt qu’un lointain souvenir.

Béza Ba Dzo, d’Anne-Marie Nzié (Indigo)///Article N° : 781

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