Ce fameux jour où … Haïti contracte la dette originelle.

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17 avril 1825, la France contraint la jeune République haïtienne à consentir au paiement de 150 millions de francs or en échange de la reconnaissance officielle de son indépendance. Vingt ans après la révolution haïtienne qui mit fin à l’esclavage et la colonisation, Haïti va contracter là une dette qui l’asphyxiera pour un siècle.

L’an de grâce 1825, le roi Charles X règne sur la France depuis quelques mois après la mort de son frère Louis XVIII. Cela fait déjà vingt ans que la Perle des Antilles et ses juteuses richesses ont été perdues. La partie occidentale de l’île de Saint- Domingue, où échoua Christophe Colomb en 1492, a été sous giron français de 1627 à 1804, jusqu’à la révolte des esclaves qui aboutit à la création de la République d’Haïti. Le roi subit la pression des colons esclavagistes qui veulent une intervention militaire pour reprendre le contrôle de l’île tandis que les commerçants veulent une reconnaissance de l’indépendance afin de reprendre leurs affaires.
La solution, le souverain français la trouve sur le bureau de son prédécesseur, elle y avait été déposée par le président de la République d’Haïti. Jean-Pierre Boyer est au pouvoir depuis 1818 et poursuit les négociations entreprises par le pays depuis quatre ans. Très mal avisé par ses conseillers, il demande à la France de reconnaître l’indépendance totale d’Haïti en échange d’une indemnité versée au gouvernement français.
Le 17 avril 1825, Charles X rédige une ordonnance contenant trois articles. Le premier donne ouverture des ports « de la partie française de Saint-Domingue » à toutes les nations et donne à la France un rabais de 50 % sur les droits de douane. Le deuxième article stipule que les habitants d’Haïti verseront à la Caisse générale des dépôts, la somme de 150 millions de francs, « destinés à dédommager les anciens colons qui réclameront une indemnité ». Enfin le troisième concède à ces conditions « l’indépendance pleine et entière ». Les 150 millions de francs sont censés correspondre au chiffre d’affaires annuel que rapportait l’île avant la révolution haïtienne de 1804 grâce à l’exploitation du sucre, du café, du coton, de l’indigo et autres. Une somme qui représente un quart du budget annuel de la France à l’époque.
Lorsque Jean-Pierre Boyer reçoit l’ordonnance en juillet 1825, il refuse immédiatement. Mais le baron de Mackau, missionné par Charles X a des arguments pour faire entendre la raison du plus fort : 14 vaisseaux de guerre et 528 canons sont prêts à instaurer le blocus de l’île. La République d’Haïti n’a plus les moyens d’assumer une nouvelle guerre contre la France. Elle n’a plus non plus les moyens financiers de payer l’indemnité. Le commerce n’est plus aussi florissant que sous l’esclavage et les revenus du pays n’excèdent pas les 37 millions de francs. Le délai de cinq ans imposé par l’ordonnance est impossible à tenir. L’État haïtien est contraint à contracter un emprunt auprès de banques françaises (Laffitte et Rotschild pour ne pas les citer).
La France ne reconnaîtra la République d’Haïti qu’en 1838. Les Haïtiens pris dans les tenailles de la double dette sont forcés de laisser les Français aux commandes des finances jusqu’en 1915 et l’occupation américaine. Si l’indemnité est officiellement payée en 1883, le remboursement de la dette contractée auprès de banques françaises et étasuniennes ne sera effectif qu’en 1952.

<small »>Sources : Amzat Boukari-Yabara Esclavage dans les colonies, le cas de la République d’Haïti. (Conférence du 25 février 2013 à l’Assemblée Nationale) ; Itazienne Eugène, La normalisation des relations franco-haïtiennes (1825-1838)///Article N° : 13498

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