De la poésie avant toute chose

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 » La poésie noire de langue française est, de nos jours, la seule grande poésie révolutionnaire. « 
Jean-Paul Sartre (Orphée noire)

On peut se demander si la poésie n’est pas le propre de l’homme, au même titre que le rire… la poésie au plus profond de l’être comme une soif, une quête d’absolu. Une façon d’être plus homme. Une manière de créer, de re-créer le beau, le vrai, l’authentique. L’art peut-il échapper à l’élan, à l’impulsion que confère le sens poétique ? le besoin de transcender le langage ? Ce que dit la poésie n’est jamais que l’approche, l’esquisse malhabile de ce que l’on aurait voulu exprimer, tant la quête est exigeante et la finalité jamais atteinte. Le reste, c’est la magie qui s’opère chez le lecteur ou mieux l’auditeur. Cette magie qui vient donner à ce qui est imparfait une résonance particulière, une adhésion, une communion, une connivence dans le langage.
Au commencement était la poésie parce qu’au commencement était le verbe, force agissante, pulsion créatrice. On comprend, dès lors, que la poésie soit la forme littéraire des origines et qu’elle soit utilisée par tous les peuples de la terre. Au départ, il s’agissait de sublimer le langage, la poésie sera la parole essentielle. C’est ainsi que dans les sociétés traditionnelles et notamment en Afrique, la littérature orale est avant tout une littérature poétique. Il faut frapper les esprits, donner du plaisir à entendre, à écouter, favoriser la mémorisation pour assurer la répétition et la conservation du bouche à oreille par cette pérennité de la chose dite. Qu’ils exprime l’ivresse ou la détresse, l’allégresse ou la tristesse, la déchirure ou la bravoure, les mots de tous les jours, les mots ordinaires prennent des couleurs inattendues et la poésie devient  » le langage d’une présence dense au monde  » comme le dit Kenneth White.
En ce qui me concerne, je suis venu à la littérature par le biais de la poésie. Aujourd’hui encore, j’alterne ce travail poétique avec les œuvres romanesques ou les essais. Ceci correspond chez moi à un besoin : ne jamais s’éloigner de l’essentiel.
 » A quoi bon des poètes dans un temps de détresse ?  » se demandait Hölderlin. Je pense au contraire que la poésie est l’expression littéraire des temps de détresse, comme ce fut le cas en France, pendant la deuxième guerre mondiale, avec des poètes tels que Paul Eluard et tous ceux de la Résistance.
Force est de reconnaître qu’en France aujourd’hui, la poésie est reléguée au rôle d’art mineur, hermétique et hors des réalités du siècle. Elle tend à devenir une activité pour un cénacle, un cercle très fermé d’initiés. Une poésie qui ne peut se dire et qui ne peut être revendiquée par la masse est une poésie mort-née. Hors de l’hexagone, de Londres à Montréal, des lectures poétiques sont organisées qui connaissent un vif succès.
 » Intégré à son peuple, le poète a pour devoir d’exprimer les déceptions et les espoirs, de montrer les valeurs éternelles que les ténèbres momentanément peuvent voiler.  » Bernard Dadié (Le fond importe plus)
Croire en la poésie aujourd’hui ? Bien sûr ! Et plus que jamais, en ce qui me concerne en tant qu’écrivain africain, j’allais dire en tant qu’écrivain noir. En ces temps de désenchantement, de désarroi et de détresse pour l’Afrique, la poésie garde toute sa fonction, sa valeur suggestive, sa force de rassemblement et de ressaisissement. Elle est véritablement la parole essentielle émanant de l’âme de tout un peuple.
Extrait
Voici le pays
Au versant du monde
Avec au cœur
La nostalgie
Des temps révolus
Le temps des soleils impétueux
Le temps des Empires et des Rois
Le temps des Epopées et des Amazones.
Requiem pour un pays assassiné, p.61

Barnabé Laye a publié en poésie Nostalgie des jours qui passent (Silex, 1981), Les sentiers de liberté (Ed. St Germain des Prés, 1986), Comme un signe dans la nuit (L’Harmattan, 1986), Requiem pour un pays assassiné (L’Harmattan, 1999). Barnabé Laye est le poète de la douleur et de la mémoire avec un grand sens de l’histoire.///Article N° : 1159

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