De nouvelles pistes pour la Fepaci

Entretien de Monique Mbeka Phoba avec Seipati Bulane-Hopa

Secrétaire générale actuelle de la Fepaci
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Après le congrès de Tshwane, quelles réflexions vous ont inspiré vos deux années de secrétaire générale ?
C’est vrai que j’en ai tiré un certain nombre de réflexions. J’ai l’impression qu’on n’a pas établi, pour faire le choix des personnes à nommer, une sorte d’état des besoins, comme ça se fait partout quand on veut pourvoir un poste, à savoir décrire quels étaient les profils nécessaires pour être : Président ou/et secrétaire général, Secrétaire régional et Conseiller au niveau du secrétariat général.
Cela s’est décidé au petit bonheur la chance des gens qui étaient là et qu’on convainquait de se proposer. Moi-même, je n’étais pas candidate, Charles Mensah ne l’était pas non plus. On nous a convaincus tous les deux de nous présenter. Moi-même, j’ai d’ailleurs refusé trois fois avant de finalement accepter. Nous qui formons l’équipe actuelle, nous faisons notre travail avec toute notre bonne foi et notre compétence, mais il n’empêche qu’un appel à candidatures, antérieur aux élections, qui laisse le temps aux gens de préparer et de déclarer leurs candidatures, et pour cela, de s’analyser au niveau de leurs compétences et de leurs motivations, un appel à candidatures qui leur permet un tour d’horizon de ce qu’ils peuvent réellement apporter à la Fepaci en termes de moyens financiers, de disponibilités matérielles, de projets stratégiques, un appel à candidatures qui leur laisse le temps de consulter leur gouvernement ou leur environnement professionnel à propos de leur éventuelle candidature, qui leur permette tout simplement de faire campagne, comme pour toute élection, avant leur élection, cela aurait pour moi été une meilleure procédure, cela aurait évité certains des inconvénients auxquels nous avons dû faire face.
Notre objectif est de faire en sorte d’établir cette liste de critères pour les prochaines élections de la Fepaci, en 2011.
Quelles sont ces difficultés auxquelles vous et toute votre équipe avez été confrontés, en début de mandat ?
Je pourrai les résumer en 3 grandes catégories.
1) Le temps perdu à s’installer : Quand le secrétariat a été attribué à l’Afrique du Sud, du fait de mon élection comme secrétaire générale, il n’avait pas été prévu une sorte de planning de cette migration du secrétariat du Burkina-Faso à l’Afrique du Sud. Notre gouvernement s’était engagé à organiser et financer l’African Film Summit et à en soutenir les recommandations. Mais, il ne s’était pas préparé à accueillir le secrétariat général. Au ministère de la Culture, il n’était pas prévu de budget pour un secrétariat de la Fepaci. Or, toutes les dépenses y sont planifiées. Il a fallu longuement négocier avec le ministère de la Culture pour avoir un budget de fonctionnement et la première année, nous étions tout simplement totalement dépourvus. D’où la difficulté de démarrer nos activités.
2) Déconvenues psychologiques : Du côté du Burkina-Faso, qui accueillait le secrétariat général, même quand le secrétaire général avait été béninois, comme avec Jacques Behanzin, il y a eu aussi de l’incompréhension pour ce changement de localisation. C’était une chose qui, psychologiquement, aurait dû être mieux préparée. Et la nouvelle direction a fait les frais de cet état d’impréparation et de ces déconvenues psychologiques, je ne vous le cache pas. Je l’ai souvent dit autour de moi.
3) Problème de la localisation du secrétariat général : De plus, je pense que ce problème de localisation du secrétariat n’est pas mineur. Un secrétariat nomade peut casser la Fepaci. Si on le déplace tous les 4 ans, à chaque élection on va avoir un grand problème de soutien gouvernemental. Les gouvernements se demanderont pourquoi investir dans une institution qui déménagera demain. C’est une question que je pose… Pas tant que je tienne à ce que le secrétariat reste en Afrique du Sud, mais par simple logique institutionnelle. Le Burkina-Faso peut éprouver légitimement une certaine amertume, après tout le soutien qu’il a donné au secrétariat de la Fepaci, de le voir aujourd’hui ailleurs. D’ailleurs, une des conséquences, psychologiquement, c’est que cela a nuit à une meilleure coordination entre la Fepaci et le Fespaco et je le regrette profondément. Et cette amertume, d’autres pays pourraient l’éprouver dans les mêmes circonstances et, anticipativement, modéreront leur soutien.
Or, ce soutien est primordial. Le secrétariat doit pouvoir obtenir du pays-hôte le siège, un budget de fonctionnement et les salaires de son équipe.
Ce sont des besoins minimaux et nécessaires. D’où, je le répète l’importance de réfléchir sérieusement à cette question de la localisation du secrétariat général.
Au niveau de l’organisation du secrétariat général proprement dit, avez-vous des propositions pour une nouvelle manière de fonctionner ?
Vous savez, au niveau des personnes-ressources du secrétariat, il me semble qu’il y a des profils professionnels, absolument nécessaires pour aller de l’avant et qui nous font défaut pour le moment :
– Un fund-raiser, quelqu’un dont l’unique fonction serait la recherche de financement, qui ait une parfaite maîtrise de l’offre disponible de fonds pour une organisation culturelle telle que la Fepaci. Le fund-raising est devenu un métier à part entière, très technique et il est clair que la recherche de fonds n’a plus rien à voir avec la manière dont elle s’envisageait aux débuts de la Fepaci ;
– Un spécialiste des nouvelles technologies de l’audiovisuel : c’est un des paramètres les plus importants du développement de l’audiovisuel en Afrique. On ne parle plus seulement de production, mais de distribution. On est passé de l’analogie au digital, nous devons avoir un tableau de cette nouvelle frontière sur toute l’Afrique. Et, pour connaître les enjeux de cette économie de nouvelles technologies et des nouveaux médias, il me semble que la Fepaci ne peut pas faire l’économie d’un expert de ces questions-là.
– Un spécialiste du marketing et de la publicité : c’est un fait que la Fepaci a une image à se faire ou à se (re-)faire. Je sais que beaucoup de cinéastes rejettent ces aspects-là, mais ils sont nécessaires pour donner plus d’impact à la recherche de financement ;
– Un spécialiste du broadcasting : comment diffuser par satellite, par internet, par GSM. Les évolutions, dans ce domaine, sont extrêmement rapides. Il faut être très pointu sur cette question.
– Un spécialiste du droit d’auteur : même s’il règne un no man’ land, en la matière, dans beaucoup de pays d’Afrique, plus on ira vers la professionnalisation du marché audiovisuel, plus l’urgence de régler les questions du droit d’auteur se fera pressante.
Ces spécialistes devraient se retrouver non seulement au niveau du secrétariat exécutif, mais aussi au niveau de chaque secrétariat régional. On aurait à ce moment une force extraordinaire.
C’est ce genre d’évolutions qui me tiennent à cœur et qui me semblent ouvrir de nouvelles pistes pour la Fepaci. Et puis, je rêve aussi d’une Fepaci TV, qui serve de promotion aux œuvres des cinéastes africains, qui nous permette de réagir à une actualité brûlante, comme, par exemple, lors de la mort du grand Sembène Ousmane. Même si elle ne fonctionne que sur internet, je crois que ce serait un outil primordial pour la Fepaci ! Je ne vous cache pas que tout ce programme est encore difficile à mettre en œuvre. J’entends souvent : « Mais, on ne l’a encore jamais fait ». Et je réponds alors : « Raison de plus ! ». Parce que pourquoi je serai là, si je n’ai rien à proposer !
Quel est votre bilan, après ces deux premières années de fonctionnement ?
Concernant le bilan de ces deux premières années de fonctionnement, voici comment je pourrais le présenter :
En 2006-2007 :
1) On a procédé à l’enregistrement de la Fepaci, suivant les procédures légales sud-africaines. C’était indispensable pour pouvoir être soutenu par le ministère. On a les statuts d’une organisation à but non lucratif. On aurait voulu être enregistré comme association panafricaine, mais, même si c’est possible, cela nous aurait pris beaucoup trop de temps. A terme, cela pourrait être envisagé.
2) Au Sithengi 2006, nous avons organisé le premier meeting régional, lors d’un colloque pour discuter de la stratégie de la Fepaci et d’un business plan.
3) Nous avons aussi fait un symposium sur la propriété intellectuelle, où on a fait venir des personnes travaillant dans ce domaine.
4) En 2006, nous avons également pu mettre en place le site de la Fepaci.
5) Nous avons de ce fait pu créer une adresse courriel, reliée au site, pour tous les secrétariats régionaux : elles ne sont pas encore vraiment utilisées, mais c’est important pour la visibilité, l’identification de l’organisation.
6) Nous avons rendu visite à l’Union Africaine à Addis-Abeba, pour rencontrer le commissaire chargé des Affaires Culturelles, Madame Gawana, mais, lors de cette visite s’est produit un événement très douloureux pour elle, le décès de son père, et nous n’avons pas pu réaliser tous les objectifs de cette visite.
7) Nous avons cependant pu établir une sorte de Memorandum Of Understanding c’est-à-dire un protocole qui établit le détail des relations entre la Fepaci et l’Union Africaine. Une des premières étapes à franchir, ainsi que le recommandait le Congrès de la Fepaci à Tshwane, est de faire une étude sur le cinéma et l‘audiovisuel sur tout le continent africain.
En 2008 :
1) Nous avons organisé un symposium sur la formation audiovisuelle, en Namibie, avec le secrétariat sous-régional de l’Afrique Australe. C’était un symposium-pilote, appelé à se reproduire pour chaque région de l’Afrique.
2) Nous avons démarré nos newsletters mensuelles. La sixième est sur le point de sortir.

Cet article fait partie d’un Zoomentretien réalisé durant le Fespaco de février 2009 à Ouagadougou///Article N° : 8743

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