Finalement, la FEPACI, c’est ce qui nous tient ensemble

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La cinéaste Monique MBEKA Phoba nous propose un voyage instructif au sein de l’histoire de la Fepaci, grâce à des rencontres avec des personnages stimulants, essentiels, qui, chacun à leur manière, ont donné à cette institution, la meilleure part d’eux-mêmes.
Elle nous éclaire sur les raisons de son engagement envers la Fepaci.

La première fois que j’ai entendu parler de la Fepaci, c’était avec une sorte de respect teinté de dévotion. Dans la bouche d’un très vieux monsieur, que j’interviewais sur les antennes d’une radio estudiantine belge où je m’occupais d’émissions culturelles sur l’Afrique. Victor Bachy, professeur de communication sociale et spécialiste de cinéma africain, parlait avec émotion du congrès de la Renaissance de la Fepaci de 1985, comme d’un nouveau départ pour le cinéma africain, un moment X pointé dans le temps, d’où émergeraient tous les succès. J’ai donc ressenti l’impression d’avoir manqué LE moment de grâce de la Fepaci. Car ce congrès avait eu lieu pendant le Fespaco 1985 et je ne suis venue pour la première fois au Fespaco qu’en 1987, l’édition suivante.
Au fil du temps et de mes séjours au Fespaco, j’ai ressenti à quel point cet élan des débuts s’était rétréci et je me suis posé la question que tout le monde se pose : la Fepaci peut-elle encore être utile au cinéma et à l’audiovisuel africains ?
Ayant le souvenir personnel d’un secrétaire régional pour l’Afrique Centrale, qui s’était beaucoup démené en ma faveur, j’avais pourtant l’intuition qu’une formidable réserve d’énergie et de ressources, s’étiolait, sans que nous, de ce milieu professionnel, ayons conscience de cette perte.
J’ai donc entrepris cette série d’interviews, en profitant de mes invitations à divers festivals, pour rendre compte, d’un point de vue subjectif, du parcours de cette organisation à travers ses dirigeants présents et passés.
De l’énigmatique Johnson Traoré au coriace Jacques Behanzin, de la sensible Seipati Bulane-Hopa au prudent Charles Mensah, en passant par la figure tutélaire de Gaston Kaboré, qui, plus qu’aucun autre, aura incarné la Fepaci, ma quête a été fructueuse. Même si elle m’a fait comprendre que, si, cette institution a perduré jusqu’à présent, il y a péril en la demeure. Car le lien affectif et émotionnel entre cinéastes et Fepaci, qui existait précédemment et résistait aux différents anathèmes et procès d’intention, s’est depuis affaibli. Charles Mensah l’explique ainsi dans son interview : « Les nouvelles générations de cinéastes ont, moins que la nôtre, ce lien avec la Fepaci, qui était indiscutable ». À cet égard aussi, le décès du baobab Sembène Ousmane marque la fin d’une époque.
Dans ce passage générationnel délicat, l’attelage de Seipati Bulane-Hopa et Charles Mensah est l’option rêvée. C’est un symbole apaisant de modernité et de continuité. D’ailleurs, c’est bien l’avis d’un Johnson Traoré, dont le regard rétrospectif est évidemment très légitime pour juger de cette résurgence d’un bicéphalisme, qui ne lui avait pourtant pas été favorable…
Si la crise actuelle de la Fepaci est sans doute une crise de génération, c’est aussi celle d’une adaptation à un environnement technologique, qui remise au second plan les motivations idéologiques. Et là, le projet de Seipati Bulane-Hopa, étant d’ailleurs la plus jeune des personnes interrogées et la seule femme, est en plein dans ces préoccupations.
Plus la Fepaci s’éloigne du moment de sa création, plus augmentent ses besoins de technicité dans la gestion et dans l’organisation des propositions de solution qu’elle mettra en œuvre. D’où l’intérêt d’une vision pragmatique comme celle de Seipati Bulane-Hopa. Le congrès de Tshwane a certainement été la borne d’un nouvel âge de la Fepaci, moins exaltant mais peut-être plus fonctionnel. La condition sine qua non est un recentrage sur une Afrique plus consciente et éclairée sur ces questions. Et là, des évolutions inédites de la technologie nous ont déjà prises de court. Et le vœu de Gaston Kabore pourra à terme se réaliser.
Nous avons besoin de la Fepaci. Son but est bien d’être le fer de lance d’une réflexion en faveur du cinéma africain pour son mieux-être et pour son dynamisme. D’être visionnaire et d’avoir des propositions du point de vue économique. De percevoir les nouveaux courants, les réalités en marche et de les porter à la connaissance des structures qui peuvent les amplifier et les organiser. Ainsi qu’au niveau de tous ceux qui œuvrent dans le cinéma et l’audiovisuel, au ras d’un quotidien pas vraiment toujours réjouissant. Mais, en pleine mutation.
D’où le besoin de ce phare sur de nouveaux horizons que peut constituer la Fepaci. Mais, pour cela, faisons-nous un minimum confiance.
Car, comme le dit Gaston Kaboré, « Finalement, la Fepaci, c’est ce qui nous tient ensemble ».

Cet article fait partie d’un Zoom sur l’histoire de la Fepaci///Article N° : 8742

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