Hommage : in memoriam Roger Kwami Zinga (1943-2004)

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Après avoir effectué des études de cinéma à l’Institut des Arts de Diffusion (IAD, promotion 1971) à Louvain-la-neuve, Belgique, Roger Kwami Mambu Zinga était rentré « servir » son pays, le Congo (ex-Zaïre), où il a occupé, jusqu’à sa mort, le poste de Directeur du Cinéma à la télévision. Il était aussi le Président de l’Association des Cinéastes Congolais et un membre très actif de la Fédération Panafricaine des Cinéastes (Fepaci), dont il a été le Secrétaire régional pour l’Afrique centrale.
Durant presque deux décennies, Roger Kwami a essayé vainement de mener à terme un projet de film long-métrage, « Libanga ». Mais la situation particulière du « Zaïre » de Mobutu ne le lui permit point.
Il restera dans l’histoire comme l’auteur du premier film congolais, primé dans un festival international : c’était « Moseka », qui a reçu le prix du court-métrage, au Fespaco 1972.
Il est décédé le 22 février 2004 à Kinshasa.
Il m’a fallu mettre le point final à mon enquête sur la FEPACI pour m’apercevoir que c’est à Kwami qu’intérieurement je la dédie. Parce que, cette année, cela fait 5 ans que Roger Kwami MAMBU ZINGA est mort.
Dans la courte notice nécrologique ci-dessous, une information est à mettre en exergue : Kwami était un membre très actif de la Fepaci, dont il était le secrétaire général pour l’Afrique Centrale, en même temps que président de l’Association des Cinéastes Congolais.
Je m’excuse de recourir à mon expérience personnelle pour brosser, en 5 étapes, tout ce qu’un secrétaire régional de la Fepaci a fait pour la débutante que j’étais.
1ère étape
Je débarquais un jour de février 1987, au Fespaco, à 25 ans, toute fière de mon accréditation A, accréditation de journaliste qui me permettait d’entrer dans toutes les salles de projection, mais n’autorisait aucune autre prise en charge : ni pour une chambre d’hôtel, ni pour des tickets-restaurants. Je n’en avais cure : je n’étais qu’une petite journaliste anonyme de radio estudiantine, mais la joie qui m’habitait était indescriptible.
Je rencontrais plein de gens, dont Kwami qui me prit aussitôt sous son aile. Son inquiétude était que je mange assez. Chaque fois que je le retrouvais, il avait accumulé pour moi, chez ses amis qui ne s’en étaient pas servis, des tickets-restaurants, qui, à ce moment-là, étaient valables pour tous les jours du Fespaco, et non pas comme maintenant pour le seul jour qui y était inscrit. J’avais beau lui dire de ne pas s’en faire, il me les remettait sans discontinuer. Puis, je m’aperçus qu’il était indispensable d’en avoir pour retrouver les cinéastes dans leurs lieux favoris et je n’eus plus de scrupules.
2ème étape
Plus tard, en 1991, quand je suis venue à Kinshasa tourner mon premier film d’après-formation, « Revue en vrac », sur la naissance de la presse d’opinion dans le Zaïre de de la fin de Mobutu, je me suis dit qu’il me fallait me rappeler au bon souvenir de Kwami qui travaillait à la télévision nationale. Il a fait des pieds et des mains pour me procurer une autorisation de tournage, dont, innocente comme j’étais, je ne m’étais absolument pas souciée, arrivée tranquillement avec ma petite caméra hi-8 dans mon sac à main. Le sujet de la liberté d’opinion était, à l’époque, ultrasensible, Mobutu s’affolant en sentant le pouvoir lui échapper à se voir critiqué tous les jours dans les journaux. Kwami m’a cependant couverte sans hésiter et je n’ai réalisé que bien après les risques qu’il avait pris pour moi. Et que j’avais pris moi-même…
3ème étape
6 ans après, je revenais en repérage au Congo avec un autre projet plus conséquent, « Un rêve d’Indépendance », un film sur les assistants médicaux de la colonisation ou médecins « indigènes » à la sauce belge. Tourné en super 16, équipe pro, jusqu’à ce jour mon projet le plus cher. Il nous fallait absolument compléter le financement avec une subvention de la Francophonie. Or, cette démarche exigeait que le dossier de demande de fonds comprenne une lettre d’intérêt de la télévision nationale. Et pour cela, il fallait déposer sa dîme à chaque étape d’un parcours du combattant, ce qui était particulièrement onéreux… Quand on sait que la télévision congolaise est une tour de 21 étages ! Kwami a alors imaginé un subterfuge. Il a écrit la lettre sur papier en-tête et a réussi à subtiliser les cachets, le temps nécessaire. Et le tour était joué : le film a été fait et, depuis, il est piraté allégrement chaque année par toutes les nouvelles télévisions congolaises. Au moins, on sait qu’il a un public…
4ème étape
En 2002-2003, j’étais en pré-production de mon 8ème documentaire, avec une jeune productrice française, quand la même situation qu’en 1997, avec « Un rêve d’Indépendance » se reproduisit. Il nous fallait absolument avoir au moins une réponse positive de la francophonie pour entamer la réalisation de « Sorcière, la vie ! ». Kwami se trouvait être un des membres de la commission et j’avais bon espoir. Mais, le projet fut postposé à la prochaine réunion, en attente de plus amples informations. Kwami me parla de ce qui posait problème et me demanda certaines modifications. Que je fis. Le projet fut postposé encore une fois. Honnêtement, j’avais déjà renoncé à tout espoir et j’en fis part amèrement à Kwami. Pourquoi reproposer encore une fois le dossier ? Le film n’allait pas se faire. Point barre. Kwami me dit encore qu’il me défendrait et qu’il était sûr d’avoir gain de cause, car cela faisait trop de temps qu’un projet d’Afrique Centrale n’était pas passé. Or, le mien offrait toutes les garanties : un sujet sur la sorcellerie qui ne pouvait qu’intéresser les populations africaines et j’étais une réalisatrice confirmée. Il n’y avait donc pas d’argument valable pour refuser ce projet, il en faisait son affaire. Puis, il eut cette phrase, si pleine d’une conviction tranquille, qu’elle me réchauffe jusqu’aujourd’hui : « Personne, dans cette commission, ne te connaît comme, moi, je te connais. Je sais de quoi tu es capable ». Kwami est mort très peu de temps après la réponse positive de la Francophonie. Un cancer des reins, fulgurant. Et cela, sans que j’aie pu le remercier, sauf au générique de « Sorcière, la vie ! »…
Je rencontrais un jour Jean-Claude Crépeau, ex-directeur des Media à l’OIF et lui demandais si mon film lui disait quelque chose. Il m’a répondu, d’un ton mi-figue, mi-raisin, que ce film était inoubliable : ce devait être le seul de l’histoire du fonds à être passé 3 fois en commission et à être finalement accepté !
Et, entre nous, le fantôme du tenace et fidèle Kwami est passé en souriant…
5ème étape
Le 23 février 2004, c’est un jeune réalisateur Guy KABEYA Muya qui m’a informé par courriel que Kwami était décédé la veille. Une année auparavant, ce réalisateur s’était recommandé de Kwami pour me contacter. Kwami lui avait dit : « Essaie de la connaître ». En tournant « Sorcière, la vie ! », j’ai eu l’occasion de l’engager comme assistant à la production, tâche dont il s’était parfaitement sorti. Souhaitant le tester davantage, je l’ai pris comme stagiaire à l’organisation, lors de la 3ème édition du festival LAGUNIMAGES à Cotonou et ai pu noter ses qualités humaines et son sérieux. Au moment de faire avec lui le film « Entre la coupe et l’élection », sur la tragédie de l’équipe de football congolaise les Léopards de 1974, j’ai réalisé que cette complicité entre nous est en fait la continuation de celle que j’avais vécue avec Kwami, empreinte de confiance et d’affection mutuelles. À la différence près que, cette fois, je suis l’aînée…

Cet article fait partie d’un Zoom sur l’histoire de la Fepaci///Article N° : 8745

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