Television

De Baaba Maal

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Très attendu, ce nouvel album studio du griot Toucouleur, le premier depuis huit ans, déconcertera forcément ses admirateurs, même les plus inconditionnels dont je suis. Il déçoit d’abord par sa remarquable concision : 43mn, moins de la moitié de la durée potentielle d’un cd !…le genre de record (peu écolo) qui ne contribue pas au sauvetage d’un marché du disque déserté et dévasté par les pirates et autres téléchargeurs illégaux…
Et puis Baaba Maal, c’est avant tout une voix, magnifique et stridente, griotique à l’extrême, souveraine et souvent vertigineuse : une voix qui s’impose en général dès la première note et inspire le respect. Or cette voix est ici le plus souvent voilée, mixée très en retrait, et ce respect ne semble pas avoir été une priorité pour le co-producteur (avec Baaba) de l’album : Barry Reynolds – bien connu pour son travail avec Black Uhuru, Grace Jones, Charlélie et Marianne Faithfull – avait pourtant participé, il y a dix ans, à la réalisation de l’excellent « Nomad Soul », disque fidèle à la formule magique qui avait fait de Baaba Maal un modèle de grâce et d’intelligence dans la difficile mondialisation « par le haut » des musiques africaines. Cette fois, on a plutôt l’impression d’une mondialisation par le bas, avec une rare accumulation de fautes de goût et d’erreurs de casting. Les effets stéréo démodés et les paroles simplistes de la chanson-titre (« Télévision ») pourraient être amusants s’ils n’étaient aussi lourdement appuyés. Amadou & Mariam, à côté, c’est Pelléas & Mélisande ! On peut se demander quelle mouche avait piqué Chris Blackwell, le milliardaire fondateur d’Island, le mentor de Marley puis de Baaba Maal, quand il a jeté ce dernier dans les bras des Brazilian Girls. Certes ce groupe « ethno-techno » new-yorkais a un petit genre qui au second degré ne manque pas de charme. On peut même admettre qu’il n’était pas idiot, pour une ou deux chansons, de jouer sur le contraste entre la voix ardente de Baaba Maal et celle, caricaturalement inexpressive, de la chanteuse italienne polyglotte Sabina Sciubba. Cela marche très bien sur « International », tube potentiel habilement concocté.
Le problème, c’est qu’on est obligé de se farcir ces fausses « Brazilian Girls » tout le long de l’album, et même si ce n’est que 43 minutes, elles finissent par paraître longuettes. Osons même dire qu’il y a un peu tromperie sur la marchandise, et qu’à part le très beau « Dakar Moon » – où Baaba trouve les accents d’un « sonero » cubain – il se comporte le plus souvent comme l’invité trop timide d’un projet dont l’évidente ambition commerciale le dépasse, et qui aurait dû être édité sous le nom des Brazilian Girls. Si l’on ajoute que sur huit titres, deux (« Tindo » et « Tindo Quando ») ne sont que des versions du même morceau mixé différemment, on osera même dire que le roi est nu.

(*) Concerts : Baaba Maal au Montreux Jazz Festival le 10 juillet et au Festival Rock en Seine à Saint-Cloud le 30 août.
Television, Baaba Maal (Because)///Article N° : 8740

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