De Sotuma-Sere à New York City, l’itinéraire de jali Papa Bunka Susso, griot gambien

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De villages africains aux grandes métropoles de l’Occident, la tradition des jalolu est bien vivante. Le parcours de Papa Susso, griot originaire de Gambie, en est la preuve vivante.

Si vous demandez à un griot de raconter l’histoire de Soundjata, d’Askia Mohammed, ou de Da Monzon, il faudra vous attendre à passer des heures ou des jours à l’écouter. Il a fallu six soirées à Tayiru Banbera pour raconter l’épopée bamana de Ségou qui contient l’histoire de Da Monzon (Conrad, 1990).
Dès le début de l’épopée, le narrateur renseigne ses auditeurs sur ses propres ancêtres, comme c’est le cas dans deux versions de Soundjata, celle enregistrée par Djibril Tamsir Niane chez Mamadou Kouyaté (1960) et le Son-Jara raconté par Fa-Digi Sisòkò et traduit par John Johnson et une équipe malienne (1986), de même que dans l’Epopée de Samba Guéladiégui racontée par Pahel Mamadou Baïla Oumar à Amadou Ly (1991) :
C’est moi Pahel Mamadou Baïla Oumar que tu as appelé ici ;
Je suis natif d’un lieu appelé Kouniékari [. . .]
C’est que mon ancêtre s’appelait Farba Sanambilo
Ce fut le tout premier farba que le Fouta ait connnu [ . . .]
Mamadou Baïla est mon père.
Voilà pourquoi je connais l’histoire de Samba Guéladiégui (Ly, 19-21)
L’autobiographie du griot insérée dans l’introduction à une épopée est cependant très courte –quelques pages au maximum. Si l’on veut donc connaître le curriculum vitae d’un griot  » typique  » – et chemin faisant, les réponses à de nombreuses questions sur la formation de ces bardes, leurs multiples fonctions dans la société et le secret de leur survie face à la mondialisation –, il faut chercher ailleurs que dans l’introduction à une épopée. C’est seulement grâce à l’histoire de la vie du narrateur qu’on arrive à comprendre la diversité des rôles des griots à travers une vaste région, du Sénégal au Niger, depuis la montée des empires sahéliens il y a mille ans. Ils sont non seulement des narrateurs d’épopées, mais aussi des compositeurs, des chanteurs, des musiciens, des conseillers, des interprètes, des diplomates, des intermédiaires, des guerriers, des historiens, des généalogistes, et des maîtres de cérémonie. C’est ce que j’ai appris au cours de recherches entreprises pour Griots and Griottes : Masters of Words and Music (1998). J’ai dû interviewer plus d’une centaine de griots et de griottes habitant non seulement en Afrique occidentale (au Niger, au Mali, au Sénégal, en Gambie) mais aussi à Paris, à New York, et dans d’autres villes des États-Unis visitées par les griots, telles que Charlottesville en Virginia, et State College en Pennsylvanie.
Parmi ce groupe très varié, il y avait des griots qui n’avaient jamais quitté leur région natale. Il y en avait d’autres, par contre, qui avaient voyagé à travers le continent africain, chanté en Europe, ou occupé un poste d’artiste en résidence dans une université américaine. Il est donc difficile d’esquisser aujourd’hui le portrait d’un griot  » typique « . Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ces gardiens de la tradition ne sont pas du tout en voie de disparition. Comment survivent-ils alors dans le monde électronique et numérique d’aujourd’hui ? Comment un griot, formé par sa famille dans la tradition orale, arrive-t-il à faire le pont entre le soutien constant qu’il trouve chez son  » patron  » dans son village natal et la fascination plus passagère d’un public international dans des villes telles que Paris, New York ou Tokyo ?
Il y a autant de réponses qu’il y a de griots. L’exemple d’Alhaji Papa Bunka Susso, un jali, c’est-à-dire un griot mandingue, né dans le village de Sotuma-Sere en Gambie orientale et vivant actuellement à New York, illustre de façon frappante l’impact de la mondialisation sur les plus ambitieux de ces bardes africains. La description qui suit est fondée sur une série de trois entretiens datant de 1988, 1994 et 2004.
Le jaliya en héritage
Sotuma-Sere est situé à 300 kilomètres à l’est de Banjul, capitale de la Gambie, produit illogique du découpage du continent africain à la fin du 19ème siècle. La Gambie est une tranche anglophone extrêmement mince (50 kilomètres) insérée dans le sud du Sénégal francophone.
Papa Susso raconte qu’il est né le 29 septembre 1947 dans une famille très distinguée de jalolu, c’est-à-dire de griots mandingues. Son grand-père, Suntu Susso, eut quatre femmes et onze enfants, huit garçons et trois filles. Ils étaient tous des jalolu. Suntu Susso fut conseiller du roi Alfa Molo Baldey à Kesere Kunda dans la région connue aujourd’hui sous le nom de Fuladu East dans la zone Upper River. Après la mort d’Alfa Molo Baldey, son grand-père continua à servir de conseiller auprès du fils du roi, Musa Molo, toujours selon les dires de Papa Susso.
Son oncle Bamba Suso devint très célèbre dans la région non seulement à cause de son talent de jali, mais aussi parce qu’il raconta une version de l’épopée de Sundiata au chercheur écossais Gordon Innes qui la publia en Angleterre en 1974.
Son père, Bunka Susso, né en 1894 et mort le 17 septembre 1996, était jali et agriculteur. Bunka Susso a lui aussi eu quatre femmes, mais il en divorça deux. La troisième étant décédée, il ne lui restait qu’une épouse. Elle eut huit enfants, dont quatre moururent, selon un taux de mortalité typique de l’époque. La plupart des enfants ayant survécu vivent aujourd’hui à Serrekunda dans la banlieue de Banjul.
Papa Susso grandit donc dans une atmosphère imprégnée de jaliya, comme on appelle le métier des griots mandingues. Ce coin oriental du pays était un carrefour de cultures diverses de la région. C’est ainsi que Papa Susso put apprendre très tôt de nombreuses langues-le mandingue, le soninke, le fula, le wolof, le bamana, le serere, et le diola.
A l’école des Blancs
A partir de l’âge de trois ans, il commença à chanter et à s’amuser avec les instruments qui se trouvaient partout dans la concession de cette grande famille. En 1953, il eut la chance de s’inscrire à l’école primaire de Bakadaji à sept kilomètres de Sotuma-Sere – non sans difficulté. Ses parents ne voulaient pas l’envoyer à l’école. Un instituteur originaire de Banjul, enseignant à l’école primaire de Bakadaji, rendait souvent visite à Farang, son oncle maternel, afin d’écouter la musique de kora. L’instituteur rencontra l’enfant et demanda à ce qu’il soit inscrit à l’école. A la suite de longues négociations entre l’instituteur, l’oncle, le père et d’autres membres de la famille et du village, et à la demande de l’enfant lui-même, Papa Susso partit enfin vivre avec son oncle maternel et fut inscrit à l’école primaire. Il était le premier fils de la famille à aller à l’école. Ce fut la première étape de son long itinéraire qui le conduisit de Sotuma-Sere à New York City.
A l’école, il y avait 400 élèves. Ils étaient en majorité des descendants de familles d’esclaves ou d’artisans, connus chez les divers peuples mandé (mandingue, bamana, soninké, dioula, khassonké) sous la dénomination de nyamakala, qui signifie  » ceux qui détiennent du pouvoir occulte « , tels que griots, forgerons, cordonniers, tisserands et ébénistes. Il y avait très peu d’enfants de familles nobles parce que l’élite se méfiait toujours de l’influence néfaste de l’école coloniale. Depuis le début de l’arrivée des Européens, on préférait envoyer des fils d’esclaves à l’école. Papa Susso était le seul enfant d’origine griotte à l’école primaire.
Les responsables de l’école, ajoute Papa Susso, étaient très contents de lui parce qu’il essayait toujours de résoudre les conflits entre élèves, rôle traditionnel des griots à tous les niveaux de la société. Après la fin de ses études primaires en 1960, il partit à Armitage High School à Georgetown, capitale de la région de l’Upper River.
Après avoir reçu son diplôme en 1965, il dut passer un autre examen, celui du jaliya. Il a consacré deux mois à préparer cet examen. Son père lui demanda d’obtenir la matière première pour construire une kora, ensuite fabriquer l’instrument, et enfin pour jouer et chanter devant un publique de maîtres-griots. A la fin de l’examen, ses auditeurs annoncèrent qu’ils étaient satisfaits des résultats.
Du fonctionnaire au jali professionnel
Mais Susso n’était pas prêt à exercer la profession de jali. Il voulait bénéficier des fruits de ses études scolaires. Il partit donc à Banjul pour travailler pendant six mois au sein du ministère de l’Agriculture et des ressources naturelles, un poste qui lui permit de voyager et de se mettre en contact avec des agriculteurs du pays.
C’est à cette époque qu’un homme d’affaires gambien, un ami de son père, demanda à partir avec le jeune homme au Liberia afin que le jeune homme puisse y entreprendre des études universitaires. Le père refusa. Plus tard, l’homme d’affaires revint à Banjul, accompagné d’un représentant de Cuttington College, une institution universitaire du Liberia financée et gérée par des missionnaires américains. A la suite de la visite, Susso nous raconte qu’il partit au Liberia où il étudia le commerce à Cuttington College. Le campus se trouvait à Suakoto, ville à 200 kilomètres de la capitale, Monrovia.
S’il était le seul Gambien à Cuttington, et parmi les rares musulmans à s’y inscrire, il s’adapta facilement au système d’enseignement américain. Mais il ne se coupa pas entièrement de ses racines culturelles. Il passa ses week-ends à Monrovia, où il jouait de la kora à des mariages, dans les cérémonies de baptême et au cours d’autres événements organisés par des expatriés gambiens et des membres de familles d’origine mandé.
A la fin de ses études en 1969, il obtint son diplôme et un poste à la banque Chase Manhattan à Monrovia. En 1972, il devint conseiller financier à l’ambassade de Gambie à Sierra Leone. En 1981, après de multiples allers-retours entre le Sierra Leone et le Liberia, il décida de rentrer à Banjul où il fut nommé chef des comptables au ministère des Travaux publics et des communications.
Comme il l’a souvent dit, le salaire d’un comptable ne suffit pas, surtout en Afrique. En 1984, sachant qu’il pourrait gagner plus comme jali, il abandonna son poste pour former son propre groupe musical, Manding Music and Dance Company et donner des concerts dans les hôtels de Banjul.
De Banjul à New York
C’est à cette époque que Innes, qui avait publié une épopée racontée par son oncle Bamba Suso, prit contact avec Papa Susso au cours d’une visite à Banjul. Peu après, il l’invita à faire une tournée de six mois en Angleterre. Ce fut son premier voyage à l’extérieur du continent africain. En 1984, il devint principal joueur de kora dans le Ballet national de la Gambie. Vers la fin de la même année, lui et deux membres de son groupe participèrent dans la tournée du Ballet national de la Gambie en Jamaïque. Sur le chemin du retour, ils passèrent cinq jours à New York City. C’est là qu’il fit connaissance avec des personnalités telles que Robert Browning, qui était alors en train de fonder l’Institut mondial de la musique. Par la suite, Browning contribua beaucoup à lancer la carrière de Papa Susso dans le Nouveau monde.
Puisque son visa était valable pour trois mois, il revint à New York City au début de l’année 1985 afin de tenter sa chance sur le marché américain. A la suite de la vague d’intérêt pour les griots, suscitée par la narration et la série de vidéos Racines d’Alex Haley, et avec l’appui de Browning et d’autres Américains, il put organiser quelques concerts dans des hôtels, des universités et des écoles.
Après ce bref séjour, il revint aux États-Unis en 1986 afin de lancer définitivement sa carrière de jali international. A New York, il rencontra dans le métro un jeune joueur de kora américain, David Gilden, qui lui demanda des leçons. Gilden avait profité de brefs séjours d’autres griots gambiens aux États-Unis, dont celui de Dembo Konté, pour acheter une kora et pour prendre ses premières leçons auprès d’un maître. C’est grâce à une visite de Gilden au Festival des arts à State College en Pennsylvanie, en 1987, que j’ai pu prendre contact avec Papa Susso et l’inviter à mon université.
Susso décida de profiter des services d’un manager américain qui habitait dans son quartier à Harlem pour faire avancer sa carrière. Mais il dit avoir découvert par la suite que son manager lui avait volé une énorme somme d’argent destinée à payer ses impôts. Grâce au soutien de l’Institut mondial de musique et de chercheurs tels que Roderic Knight du College d’Oberlin, qui avait écrit sa thèse de doctorat sur la musique des jalolu en Gambie, il réussit à organiser suffisamment de concerts pour survivre. Au bout d’un an et demi, Susso rentra en Gambie avec quelques dollars en poche et une connaissance plus profonde des obstacles à franchir si l’on veut lancer une carrière de griot aux États-Unis.
Le succès au rendez-vous
Au retour de Papa Susso à New York en 1988, Knight lui organisa une tournée dans le Middle West qui dura dix jours. Le professeur et le jali visitèrent l’université d’Akron, l’université d’État de Kent, l’université d’État de Cleveland, l’université d’État d’Ohio, l’université de Michigan, et les Colleges de Kalamazoo et d’Oberlin. Cette tournée lui apprit à jouer et à parler devant le public américain. Par la suite, il visita des centaines d’universités américaines, y compris lors de séjours de plus longue durée à l’université de Californie à Santa Barbara où on lui donna le titre de Regent’s Lecturer, et l’université d’État de Pennsylvanie où il participa à un séminaire sur les griots. Au cours de ces visites, il dirigea des ateliers sur la musique et sur la kora, donna des concerts, intervint dans les cours, parla à des réunions de professeurs, s’entretint avec des doyens et des administrateurs, et visita les écoles de la région. Il affichait facilement trente différents événements par semaine.
La réussite de Papa Susso tenait à la fois à sa personne et à la chance. Par exemple, au cours d’un concert au club SOB à New York City, il rencontra un compositeur et musicien africain-américain, Hannibal Peterson. A la suite de cette rencontre, Peterson écrivit un opéra, African Portraits, sur le voyage des esclaves du continent africain vers le Nouveau monde. Papa Susso ouvrit le concert à Carnegie Hall en 1990 avec une chanson traditionnelle et accompagna ensuite l’orchestre composé d’instruments européens. Par la suite, le groupe de Peterson fut invité par de nombreux orchestres américains à faire le tour des États-Unis. Pour la majorité des vingt-neuf orchestres, y compris ceux de Baltimore, de San Antonio, de Saint Louis, de Chicago, de Detroit, de Philadephie, de Washington, de Kalamazoo et plus tard de Tokyo et de Hambourg, c’était la première fois que leurs musiciens étaient accompagnés par un griot africain. Le concert à Chicago, sous la direction de Daniel Barenboim, fut enregistré (African Portraits, Teldec 4509-98802-2).
Après cette tournée, Papa Susso passa le plus clair de son temps aux États-Unis. Cependant, à la suite d’une visite en Gambie en 1993, vingt ans après ses recherches doctorales, Knight l’alerta de la disparition progressive de la tradition orale dans l’arrière-pays. Ce phénomène était dû aux migrations vers les centres urbains, comme je l’avais également constaté au cours de mes recherches en Gambie, au Sénégal, et au Mali en 1991 et en 1992. Les griots s’installaient de plus en plus dans les villes parce que c’était l’endroit idéal où trouver des  » patrons  » avec de l’argent. Knight proposa à Susso d’établir un centre de recherche et d’enseignement de la tradition orale dans le village de Sotuma Sere. Ainsi, à partir de 1994, Papa Susso commença à investir les gains considérables de ses tournées internationales dans la restauration de la concession familiale de Sotuma Sere. En 1995, il gagna 20 000 dollars à la loterie de l’État de New York et put, par la suite, accélérer le projet de construction du Centre Koriya pour la recherche sur la tradition orale. Quelques-uns de ses frères rentrèrent au village pour participer à la rénovation de la maison familiale et contribuer à la construction du centre. Vers la fin des années 1990, il commença à accueillir des étudiants américains, européens et australiens, venus pour une ou deux semaines d’apprentissage de la kora et du balafon.
Jouer pour des inconnus et des célébrités
Aujourd’hui, Papa Susso continue à poursuivre sa carrière à New York City, jouant dans les écoles, pour la communauté immigrée et aux Nations unies. Il raconte avec fierté avoir joué pour Jimmy Carter, Olusegun Obasanjo, Michael Jackson, Daouda Jawara, Mobutu Sese Seko, Thomas Sankara, Andrew Young, Albertina Sisulu, et Nelson Mandela lors de leurs visites aux Nations unies et à Harlem.
Bien que Papa Susso aime jouer pour les chefs d’état, les ambassadeurs africains à New York et les gens célèbres, il se distancie de la politique. Sa réputation lui a valu une invitation de la part de Yaya Jammeh, président de la Gambie, afin de devenir ministre de la Culture, de la jeunesse et des sports. Mais il a refusé parce qu’il craignait les dangers multiples de la politique africaine.
Aujourd’hui, son souci principal est d’obtenir la carte verte qui lui permettra d’aller et de venir sans difficulté aux États-Unis, et de faire venir tous ses enfants à New York afin qu’ils puissent entreprendre des études universitaires.
Pendant une saison qui dure de septembre à juin, Papa Susso peut gagner autant qu’un professeur américain en un an. Mais à cause de ses considérables obligations familiales en Gambie et des impôts qu’il paye, il est toujours à la recherche de nouvelles opportunités. Il a enregistré des albums, mais ceux-ci ne sont pas bien connus sur le marché et ne constituent pas une source de revenus pour lui (A Gathering of Elders, Water Lily Acoustics AS-25-CD, 1993 ; Papa Susso : Traditional Kora Music from Gambia, Respite Records 002, 2003 ; Sotuma-Sere, Traditional Crossroads CD 4317, 2003). Après vingt ans de carrière aux États-Unis, il commence maintenant à penser à sa retraite. Il voudrait rentrer en Gambie afin de participer plus directement au développement du Centre Koriya.
Il y a aux États-Unis une dizaine de griots comme Papa Susso, installés de façon plus ou moins légale. Chacun a son terrain, pour ainsi dire, et chacun a son style. Foday Musa Suso est à Chicago depuis deux décennies et a expérimenté très tôt les fusions de musique africaine et américaine. Le feu Djimo Kouyaté, pianiste formé à l’école au Sénégal avant de revenir à la kora, domina jusqu’à 2004 la scène à Washington, D. C. où il se rendait dans des écoles de la région et enseignait parfois à l’université. Aujourd’hui, une nouvelle génération cherche à se faire implanter et à se faire connaître du public. Mais dans l’environnement actuel aux États-Unis, il est de plus en plus difficile de décrocher un visa, de débarquer à New York City et de trouver du travail.
Papa Susso s’est efforcé de rester fidèle à la tradition de ses parents, mais il n’est pas contre l’idée d’expérimenter avec un violoniste tel que Noel Pointer ou un orchestre. La tradition mourra-t-elle au contact prolongé avec l’Occident ? On ne le sait pas. Pour le moment, la réussite de griots tels que Papa Susso nourrit l’imagination de nouvelles générations d’apprentis griots qui s’inscrivent dans des écoles telles que celle dirigée par Djeli Madi Kanuteh à Serrekunda ou le Centre Koriya créé par Papa Susso à Sotuma-Sere. Quand ils rencontrent des gens tels que Papa Susso chez eux, les milliers de kilomètres entre Sotuma-Sere et New York City disparaissent. Ils rêvent de suivre le même itinéraire de celui qui est revenu, de celui qu’on appelle en anglais un  » been-to « .

Oeuvres citées :
Conrad, David, 1990, A State of Intrigue : The Epic of Bamana Segu according to Tayiru Banbera. Oxford, Oxford University Press.
Hale, Thomas A., 1998, Griots and Griottes : Masters of Words and Music, Bloomington, Indiana University Press.
Innes, Gordon, 1974, Sunjata : Three Mandinka Versions, London, School of Oriental and African Studies. Nouvelle édition : Suso, Bamba, et Banna Kanute, 1999, Sunjata. Trad. Gordon Innes et Bakari Sidibe, notes et introduction par Lucy Durán et Graham Furniss, London, Penguin.
Niane, Djibril Tamsir, 1960, Soundjata, ou l’épopée mandingue, Paris, Présence Africaine.
Johnson, John William et Fa-Digi Sisòkò, 1986, 1992, 2003, The Epic of Son-Jara, A West African Tradition, Bloomington, Indiana University Press.
Ly, Amadou, 1991, L’Epopée de Samba Guéladiégui, Paris, Nouvelles du Sud, Institut fondamental d’Afrique noire et UNESCO.
Papa Susso sur Internet :
papasusso@hotmail.com
http://www.tcd.freehosting.net/papasusso.htm

Thomas Hale est professeur de littérature africaine, française et comparée à l’université d’Etat de Pennsylvanie (USA). Il est un des fondateurs de la African Literature Association, fondé en 1974, et l’auteur de sept livres sur la littérature africaine et antillaise, y compris Scribe, Griot and Novelist : Narrative Interpreters of the Songhay Empire (University of Florida Press, 1990) et Griots and Griottes : Masters of Words s and Music (Indiana University Press, 1998).///Article N° : 3627

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