Écorces de peines

Conçu par D' de Kabal

Le conteur, le danseur et le beatboxeur
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Le hip-hop, c’est du rap et de la danse, bien sûr, mais c’est aussi l’improvisation du « freestyle », des « battles » de DJs, de krumpers (Rize) ou de steppeurs (Steppin’), la poésie des slameurs, le rythme des beat-boxeurs (Breath Control), une langue codée, une démarche, des fringues larges, des graffitis immenses, des pirouettes en skate, une façon d’être, un mode de vie. Ecorces de peines montre bien comment ce vent venu des ghettos d’Amérique a balayé la planète entière d’un souffle de fierté, de prise de conscience, de retour sur l’histoire, de lutte contre l’autodestruction et contre la répression, de prise en main de sa destinée.
La parole, la danse et le beatbox s’accordent pour crier la réalité d’une France post-coloniale, post-HLM, post-Sarkozy, qui comme Diam’s, le glamour en moins, emmerde la France profonde. Attaché à un arbre, D’ de Kabal raconte son amour interdit pour la « petite Marie » et se souvient de sa grand-mère lui racontant l’histoire de son ancêtre Jacquot qui s’était sacrifié pour sauver d’autres esclaves. Comment les femmes pouvaient-elles supporter d’enfanter des esclaves ? Comment les jeunes supportent-ils la violence de leurs quartiers ? Pourquoi ont-ils recours aux paradis artificiels, dont ils connaissent pourtant les douloureux détours ? La réponse, qui traverse les siècles : « parce qu’on vit là. » À Saint-Denis dans le 9-3.
L’arbre, cette écorce qui récolte les peines de D’ de Kabal, c’est Didier Firmin, danseur élastique capable d’évoquer la sérénité de la nature, la vitesse contrôlée de la révolte, la fluidité de la mémoire, ou l’inéluctabilité de la mort. Avec Ezra, beatboxer prodige, le trio trouve un équilibre chorégraphique, narratif et sonore. Les trois hommes se répondent, s’accordent et construisent, tout en restant indépendants grâce à leurs modes d’expression distincts. Ezra, avec pour simple instrument ses cordes vocales et sa caisse de résonance buccale, est capable de superposer les échos les plus lointains, les plus électroniques, les plus métalliques, pour produire une musique qui semble tout sauf humaine. Très noir, Ecorces de peines interroge l’histoire, l’identité, l’urbanité d’une jeunesse qui ne peut s’empêcher d’avoir peur de la peur qu’elle inspire, et refuse finalement de continuer d’avoir peur d’elle-même et de son propre passé.

Site Web : http://www.letarmac.fr/core.php?rub=spectacles&page=saison&season=6&cid=ASHOW4580229ad5ab2Avec D’ de Kabal (slameur), Didier Firmin (danseur) et Ezra (Human Beat Box)///Article N° : 5956

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