Écrire la guerre coloniale

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Dans son dernier ouvrage, Roberto Vecchi explore les écrits sur la guerre coloniale et comme elle est pensée par les Portugais, dans leur tentative de légitimation et d’exception de leur présence coloniale. Il met en lumière les ruptures nécessaires pour déjouer les contorsions du récit national antérieur aux Indépendances.

La littérature de langue portugaise ayant pour cadre la guerre coloniale contemporaine n’a pas attendu la fin des hostilités entre les troupes portugaises et les combattants africains pour émerger dans la production fictionnelle et poétique nationale (le roman de José Martins Garcia Lugar de massacre voit le jour en 75 mais a été composée plusieurs années auparavant). Cependant, ce n’est qu’à partir des années quatre-vingt-dix qu’elle se problématise vraiment, notamment grâce au travail de Rui de Azevedo Teixeira A guerra colonial e o Romance português (Editorial Noticias 1998). Sans entrer dans le détail analytique des commentaires, on peut dire qu’au fil du temps, la critique s’est peu à peu détachée d’une approche strictement thématique des œuvres pour envisager leurs soubassements idéologiques, lesquels, tout à la fois et contradictoirement, conditionnent l’écriture des épisodes vécus sur le théâtre des opérations militaires de l’époque et peuvent être un obstacle à leur mise en mots.
Ici intervient Eduardo Lourenço qui, à partir de 1990, se penche sur ce qu’il nomme « le destin portugais » dont il trouve l’expression la plus achevée dans les Lusiades et la saudade. Que ce soit au temps de la formation de la nation ou durant les années de guerre coloniale, nous avons affaire à « l’insolite exception portugaise » (1). Dès qu’il s’est constitué comme nation, remarque Margarida Calafate Ribeiro dans la préface qu’elle a donnée au livre de Vecchi dont nous allons traiter dans ces pages (2), le pays s’est perçu comme « exception » en ce qu’il s’est attribué, de par sa position géographique, la mission de partir à la découverte de nouveaux mondes, se donnant le pouvoir de surpasser par sa flotte militaire, les États qui, dès le milieu du XVIe siècle, étaient les plus armés pour accomplir ce programme. Jusqu’aux débuts de la lutte armée, poètes, romanciers, religieux et historiens ont défendu, dans une large majorité, le colonialisme comme étant le seul système politico-culturel apte à véhiculer les valeurs de l’humanisme et les progrès techniques susceptibles d’améliorer le bien-être matériel des autochtones. La concordance de certaines données (situation géographique, détermination des souverains pour assurer la conquête de terres jusqu’alors inconnues – « l’Orient » – ratification de cette politique par l’Église catholique qui dépêchera maintes missions pour propager la foi chrétienne) corrobore l’idée selon laquelle le royaume lusitanien a été élu par Dieu pour accroître tout à la fois le domaine des connaissances humaines, l’évangélisation des peuples non encore christianisés et faire connaître aux indigènes les modes de penser et l’organisation politique adéquats pour devenir des enfants de Dieu à part entière.
On connaît la suite : malgré une propagande intensive soutenue par l’Église, l’administration et l’armée, la politique d‘assimilation s’est soldée par un échec et n’a pu endiguer des mouvements de révolte de plus en plus organisés à partir de 1961 puisqu’ils allaient déboucher vers une guérilla armée, laquelle allait venir à bout de cinq siècles de domination politique, économique et culturelle issue de la métropole. Là encore, l’exception portugaise refait surface ; alors que les autres pays européens ont abandonné leurs colonies plusieurs décennies auparavant (La Grande-Bretagne quitte l’Inde en 1947, reconnaît l’indépendance au Kenya en 1963, celle de l’Ouganda un an plus tôt, celle de la Sierra Leone en 1961 ; quant à la France, elle accorde l’autonomie à ses colonies africaines dès 58 et celles-ci deviennent indépendantes politiquement à partir des années 1960), le Portugal est l’avant-dernière nation européenne à se défaire des siennes (3). Il semble donc que le Portugal ait eu « une espèce de vocation » (M. Calafate Ribeiro), à représenter au niveau artistique ou littéraire et à mettre en pratique au niveau politique cette volonté de faire exception au niveau de l’Histoire vis-à-vis des autres nations européennes.
C’est cet état d’exception qui constitue l’objet de la réflexion de R. Vecchi. Son champ de recherche porte sur la littérature traitant de la guerre coloniale menée par les Portugais en Afrique dans les années 1961-1975 (4) car « en elle, s’insinue un passé qui fonde une mémoire partagée » (idem). Cette littérature vise un double objectif : 1) elle veut témoigner sur ce qu’a été le quotidien des jeunes recrues de la métropole dépêchées en Angola, au Mozambique ou en Guinée-Bissau, souvent contre leur gré, pour combattre les mouvements armés pro-indépendantistes 2) le descriptif de leur vie au jour le jour n’est pas une fin en soi, il est le pré-texte à une interrogation sur la raison d’être de la présence portugaise sur ces terres. Et comme celle-ci remonte à plusieurs siècles et qu’elle a débouché sur une solide auto-justification du sentiment de supériorité au niveau national, les combats menés contre les rebelles et les raisons qui ont fait s’engager ces derniers dans la lutte armée, amènent les Portugais ayant vécu l’expérience de l’affrontement armé avec les autochtones à s’interroger sur le bien-fondé de ce jugement.
Plutôt que de présenter un panorama thématique des principaux romans ou récits ayant pour cadre spatio-temporel la guerre coloniale durant sa dernière phase, Vecchi réfléchit sur les conditions de possibilité qui rendent possible la constitution de cette littérature. La guerre dont il s’agit est « une guerre sans nom », occultée dans sa dynamique et son ampleur par le pouvoir en place ; elle est « un kyste » (p. 24), une série événementielle « impropre » et mineure dans le tableau historique national tel qu’il est compris par le luso-tropicanisme, doctrine de Gilberto Freyre qui vise à donner une assise rationnelle à l’expansion géographique du Portugal et aux valeurs civilisationnelles qu’il a exportées sur d’autres continents. Selon le sociologue brésilien, ce pays a une mission : propager hors de ses frontières les idées et les pratiques issues de la religion chrétienne et de l’organisation politique établie depuis des siècles sur la terre de Camoens. Or le contact prolongé avec les guérilleros africains oblige les soldats venus de la métropole à mettre en question la légitimité de la présence de leur pays sur le continent. Ils se rendent compte que le colonialisme est à l’agonie, qu’il a failli à son projet initial, que « l’ethos portugais, occidental et chrétien » (p. 19) aboutit à des massacres dont les victimes sont nombreuses dans les deux camps. Ce coup d’oeil critique trouve une assise plus large dans la chute du gouvernement de Caetano et le basculement idéologique qu’il entraîne. L’élan civilisateur qui a été le socle de la conscience collective durant des siècles apparaît comme un faux-semblant, un « alibi » (ibid.) masquant les vraies réalités, celles observées sur le terrain des opérations militaires.
À ce niveau, un premier point d’interrogation se dessine : la littérature traitant du combat colonial entre-t-elle de plein droit dans le domaine de la littérature de guerre ? Vecchi paraît répondre négativement en ce que la première ne se limite pas à la description des affrontements entre troupes de la métropole et membres des mouvements de libération et à la mise en place d’un questionnement sur la place de l’individu dans l’événement belliqueux (faut-il soutenir la guerre ? Faut-il adopter une attitude pacifiste ?) ou de la résurgence du passé individuel – lieux communs de ce type de récits. Ce par quoi se démarque la littérature de la guerre coloniale, ce n’est pas qu’elle porte témoignage d’une expérience singulière – c’est sans nul doute le topique essentiel de toute la littérature de guerre dans son plus vaste ensemble. Un récit de guerre écrit par un soldat ou un civil pris dans des conflits armés a pour finalité de dire par des mots appropriés le trauma dû à des violences physiques, imposées par la force par un agent extérieur. Ces violences ont des conséquences très profondes sur le psychisme de l’individu en ce qu’elles bouleversent durablement la personnalité intime de la victime. On sait que le trauma a d’abord été appréhendé parce que Freud et Breuer nommaient « la méthode cathartique » : placé sous hypnose, le malade parvenait à franchir la barrière de l’inconscient et à se raconter, retrouvant la force d’aborder certains épisodes de son passé parmi les plus douloureux. Le fait de se souvenir d’événements particulièrement sombres lui permettait de mettre un point final aux troubles du comportement dont il souffrait (5). Il est important de noter que cette remémoration s’effectue par le biais de la langue : la seule résurgence de ces faits n’aurait aucun effet curatif si elle n’était pas parlée, c’est-à-direcommuniquée à une tierce personne (le praticien). C’est la parole seule qui met fin aux tourments du malade.
Faire le récit de sa participation à la guerre coloniale est une autre façon de s’en délivrer. Mais ce geste n’est ni simple ni innocent. Il ne consiste pas à retracer tel ou tel épisode (embuscades, représailles, emprisonnement, blessures, morts de camarades) – ce serait confondre littérature et journalisme – mais à écrire le trauma c’est-à-dire à le reconstruire au moyen de procédures rhétoriques, grammaticales, lexicales aptes à faire connaître dans quelles circonstances il s’est formé, comment il se manifeste quotidiennement, ce qu’il a bouleversé dans l’équilibre psychique du sujet. D’autre part, ce geste ne se déploie pas sur un terrain vierge : en pensant le choc émotionnel ressenti et les transformations intimes qu’il a suscitées, le combattant devenu écrivain ne peut éviter de penser sa situation personnelle eu égard à la politique étrangère menée par son pays d’origine durant cette période. Comme le fait remarquer Vecchi, la fêlure opérée par les événements du 25 avril (1974) a créé les conditions optimales pour l’éclosion de cette littérature en ce qu’elle a permis « un questionnement identitaire » affectant le type d’organisation politique. D’où la référence constante à Michel Foucault dont l’interrogation écarte « tout un jeu de notions qui diversifient, chacune à leur manière, le thème de la continuité… (et met) hors circuit les continuités irréfléchies par lesquelles on organise, par avance, le discours qu’on entend analyser » (6). Vecchi fait sienne l’idée selon laquelle il faut se départir d’une vision linéaire de l’histoire et s’attache à montrer que les œuvres littéraires nées d’une expérience de la guerre en Afrique lusophone, ne sont pas (pour citer encore l’auteur des Mots et des choses) « la manifestation, majestueusement déroulée, d’un sujet qui pense, qui connaît et qui le dit : c’est au contraire un ensemble où peuvent se déterminer la dispersion du sujet et sa discontinuité avec lui-même » (7). Ce qu’ont vécu les combattants portugais, c’est précisément cette déstructuration idéologique dans laquelle ils éprouvent douloureusement la perte de leurs certitudes concernant la portée civilisationnelle de leur pays, la notion d’Empire portugais et globalement, la positivité des conquêtes coloniales méthodiquement organisées depuis plus de cinq siècles. Ils ont conscience de vivre un moment historique charnière, inédit car étant sans précédent. En cela, l’immersion dans la guerre coloniale dépasse nettement le cadre personnel ; le choc ressenti lors de l’embrigadement en Angola, au Mozambique ou à Bissau n’a pas seulement été une affaire personnelle, il a mis à mal les assises les plus solides sur lesquelles repose le regard porté sur le passé comme sur le futur national.
Toutefois, il ne faudrait pas minimiser le premier domaine par rapport au second ; en fait, la déchirure de l’espace de représentation de l’histoire est la conséquence de ce « choc » que Freud nomme « trauma ». En ce point, on retrouve la lecture que Foucault propose de la notion nietzschéenne de généalogie, celle-ci étant comprise comme « l’articulation du corps et de l’histoire (…), un corps marqué de (par) l’histoire et une histoire qui dévaste le corps » (8). En donnant à lire le démembrement de leur image de soi, de leur vie psychique et de la matérialité corporelle suite à des blessures, les combattants portugais entreprennent une critique radicale du sujet tel qu’il est conçu par la philosophie occidentale de Socrate à Sartre (jusqu’à la parution de L’Être et le Néant (1943), à savoir, comme une conscience solipsiste, constituée de manière unique quels que soient le lieu et l’époque. Ils montrent comment le sujet se défait et se recompose tant bien que mal dans la trame historique ; ce geste développant « une forme d’histoire qui rend compte de la constitution… de discours, de domaines d’objet, etc., sans avoir à se référer à un sujet (…) transcendant par rapport au champ d’événements » (9). Penser la littérature de la guerre coloniale entre de plein droit dans la visée généalogique telle que la comprend Foucault. Celle-ci rencontre « la pensée du dehors » dans laquelle on assiste, comme c’est le cas chez Lobo Antunes, à une dissolution de la narration, à l’intervention d’un dire sans racine, qui se livre comme un murmure, une dispersion apparemment incontrôlée où la langue semble être un ruissellement sans bords, sans origine, sans finalité (10).
De ce qui précède, on voit que les œuvres littéraires traitant de la fin de l’épisode colonial placent ainsi le lecteur dans un vaste espace où interfèrent l’histoire événementielle, sociologie du fait littéraire, la psychanalyse, la critique de la philosophie dans sa conception du sujet, l’analyse textuelle – le discours littéraire ayant nécessairement une dimension transtextuelle qui l’insère aussi bien dans l’épaisseur d’un vécu personnel que dans celle de la mémoire des formations discursives antérieures – quiconque voulait livrer son expérience de la guerre coloniale devait négocier avec les textes de la propagande gouvernementale justifiant la présence militaire portugaise hors des frontières nationales.
Il serait erroné de restreindre cette production littéraire à une problématisation des notions qui organisent les disciplines précédemment citées ; de même, il serait vain d’y voir une sorte de laboratoire où se sont expérimentées d’autres voies que celles développées par les générations d’écrivains antérieures comme cela a été le cas avec les représentants du Nouveau roman dans les années 1965-1980. À cet effet, Vecchi consacre une simple parenthèse aux « avant-gardes esthétiques comme le Futurisme (pour lesquelles) la guerre est un vecteur de la modernité » (p. 66). Il aurait été souhaitable de développer plus avant le parallèle entre les auteurs relatant leur expérience de guerre en Afrique et ce mouvement (qui ne fut pas seulement pictural mais aussi architectural avec Virgilio Marchi et Antonio Sant’Elia, photographique et cinématographique avec les frères Bragaglia, musical avec Luigi Russolo, sculptural avec Boccioni, théâtral et plasticien avec Fortunato Depero). Les uns et les autres ont voulu prendre leur distance vis-à-vis des canons de la tradition (« À vous les pioches et les marteaux ! Sapez les fondements des villes vénérables » demandait Marinetti). Mais leur position est radicalement opposée sur la question de la guerre. Dans son manifeste du 20 février 1909, le dernier cité écrivait : « Nous voulons chanter l’amour du danger, l’habitude de l’énergie et de la témérité… Nous voulons glorifier la guerre – seule hygiène du monde – le militarisme, le patriotisme, le geste destructeur des anarchistes, les belles idées qui tuent ». Cette vision débouchera sur une glorification du nationalisme, du panitalianisme et plus tard, sur un soutien inconditionnel à Mussolini clairement exprimé dans le traité de Marinetti intitulé Futurisme et fascisme (1924). Si on fait abstraction de cette donnée, il reste une esthétisation des faits de guerre qui aboutit à une ivresse lyrique suscitée par l’affrontement physique comme le montre le tableau de Gino Severini intitulé Train de la Croix Rouge traversant un village où on voit une locomotive arborant le drapeau italien parcourir un paysage fait de couleurs chatoyantes (11) – la plupart des artistes futuristes avait d’ailleurs demandé l’entrée en guerre de leur pays contre l’Autriche-Hongrie, ce qui sera chose faite en mai 1915. Au-delà de ce patriotisme étriqué, se lit une fascination pour l’horreur, le corps blessé ou déchiqueté, le sang versé et les outils de destruction. Otto Dix, contemporain du précédent, déclarera des années plus tard : « La guerre était une chose abominable mais quand même énorme… (Elle) a quelque chose de bestial : la famine, les poux, la boue, ces bruits effroyables… ». En 1923, il réalisera d’ailleurs Tranchées, une oeuvre montrant un champ de bataille dans lequel le combattant est remplacé par une machine à tuer triomphante parmi les cadavres et les corps mutilés. Le futurisme italien a ainsi développé des positions politiques diamétralement opposées à celles des auteurs portugais de la période post-coloniale, tous violemment opposés à la politique étrangère de Caetano bien avant la proclamation des indépendances.
Il faut attendre la publication du livre de Joao de Melo Os Anos da Guerra en 1988 pour lire « une posture critique » dans la littérature ayant trait à la guerre coloniale. La date représente « un moment topique » (Vecchi, p. 30) où l’intérêt pour comprendre le pourquoi et le comment de la perte des colonies rend possible le projet d’écrire le passé récent sans reproduire de manière quasi automatique les positions défendues par la gouvernance post-salazariste, même si « les ombres, les fantasmes ensevelis continuent de perturber les témoignages de l’expérience du trauma et la solidification d’un discours critique » (ibid. p. 31). Cette situation intellectuelle et affective n’est pas inconnue pour celui qui, rendu à la métropole à la fin des hostilités, décide de prendre la plume pour dire la désolation de ces années. Repenser ce temps, c’est produire un travail mnésique qui met en relation l’écroulement de l’Empire entendue comme construction historique, politique, administrative, culturelle avec la perdition progressive du moi. On reconnaît là la caractéristique majeure de la mélancolie telle que la définit Freud. Il voit chez le sujet mélancolique « une diminution extraordinaire de son sentiment d’estime du moi, un immense appauvrissement du moi » (12). C’est là, explique-t-il, « une réaction à la perte d’un objet aimé ; dans d’autres occasions, on peut reconnaître que la perte est d’une nature plus morale. Sans doute l’objet n’est-il pas réellement mort mais il a été perdu en tant qu’objet d’amour ». Pour l’écrivain portugais ayant vécu la guerre coloniale, l’objet en question n’est autre que le Portugal, plus exactement sa représentation idéelle et culturelle comme plénitude exemplaire (exceptionnelle et donc, ayant valeur d’exemple civilisationnel). La défaite militaire sur le terrain sonne le glas de l’ Empire mais demeure dans les esprits l’idée de sa possession, de son unicité, de sa spécificité, de la positivité qui en résulte pour l’image que l’individu a de lui-même. La liquidation de ce décrochage fera douloureusement problème au moment de faire le récit de l’expérience personnelle des combats en Afrique.
Dans l’étude citée, Freud rapproche mélancolie et deuil, faisant remarquer que le second « est la réaction à la perte d’une personne aimée ou d’une abstraction mise à sa place, la patrie, la liberté, un idéal » : l’objet qui suscite le deuil peut être une réalité extérieure au règne humain mais avec laquelle l’individu entretient depuis l’enfance, des liens libidinaux très forts. L’autonomie des « territoires d’outre-mer » ne fait pas simplement du Portugal une nation tronquée, géographiquement restreinte et économiquement affaiblie ; elle bouleverse la représentation officielle et populaire du pays, non limitée à la métropole, celle-ci est comprise comme une communauté où, par-delà les mers, se sont développées une manière de vivre, une religion sensiblement différentes de celles observables sur la terre de Camoens mais qui manifestent cependant l’exception portugaise. Face à ce schisme entre la déperdition de l’objet aimé et la façon dont se positionne le sujet par rapport à cette situation, il convient d’examiner les modalités de la mise en concordance entre ces deux instances. Dans la plupart des cas, l’individu finit par accepter la non-existence de l’objet aimé, alors toute la libido attachée à ce dernier se retire. Le pays n’est plus conçu (imaginé) comme il l’a été durant des siècles, il est devenu un objet de pensée indéterminé, à la configuration incertaine et dont l’ambiguïté rejaillit sur la manière dont se pense désormais le citoyen. Qui veut relater son expérience de la guerre coloniale devra donc traiter du même jet son propre trauma et celui ressenti par la collectivité car la crise identitaire qui se manifeste par une perte des marques temporelles et des événements définitoires de la façon d’être portugaise affecte – quoiqu’à des degrés divers – toutes les couches de la société.
On retrouve ici le face-à-face médecin-malade dans la pratique psychanalytique : le premier autorise le rappel d’un passé encore très présent qui sourd d’une mémoire meurtrie. Dans la sphère littéraire, c’est le lecteur qui reçoit ce discours déchiqueté et qui, comme l’analysant, a charge de le rendre intelligible. Qu’elle ressorte de la psychanalyse ou de l’écriture auto-fictionnelle, la démarche vise à prendre de la distance avec un enracinement qui s’est révélé être un leurre, à reconnaître la perte d’un socle idéologique qui passait, il y a peu encore, comme source indubitable de vérité et par voie de conséquence, à admettre la castration symbolique qui en résulte. En ce sens, écrire la guerre coloniale, c’est déjouer l’Histoire qui se veut à l’origine d’une filiation de l’individu avec les grands faits du passé national (batailles ayant permis la formation de la nation, conquêtes de territoires) et récuser l’idée d’une continuité temporelle que rien, pas même les défaites militaires, ne peut mettre à mal, et qui permet de fonder la mission civilisationnelle du Portugal.
Il faut ici préciser que cette dimension critique ne doit pas être comprise comme une mise en question purement théorique mais comme le résultat d’ « un travail du souvenir » (13) qui, après avoir surmonté un certain nombre de blocages autour de la perte du sol identitaire, permet d’appréhender la guerre coloniale comme événement-catastrophe, c’est-à-dire comme rupture avec ce qui précède, inauguration d’un âge nouveau, changement irréversible mais aussi, comme le rappelait R. Aron dans son Introduction à la philosophie de l’Histoire (1946), « issue imprévisible et imprévue de ce qui se passe ». D’où la difficulté de penser la guerre coloniale en tant que catastrophe car l’irruption de l’événement « dans ce qu’il peut avoir d’unique et d’aigu » (14) écarte comme inadéquates toutes les configurations conceptuelles antérieures parce qu’elles le mettent en relation avec des faits jugés similaires, observables à des périodes antérieures et qu’elles sont sous-tendues par les pseudo-notions de « grandeur », de « mission civilisatrice », d’ « exception élue de Dieu » etc. En ce point, écrire cette guerre fait naître les mêmes interrogations qu’Auschwitz et l’expérience concentrationnaire dans son ensemble. Car ce geste d’écriture ne s’en tient pas à la restitution, par un texte approprié, de « ce qui est arrivé » à l’auteur ; il veut mettre à jour le démantèlement d’une identité, l’éclosion d’une identité négative. La description des conditions de vie (de survie) se heurte alors à la possibilité même de l’entreprendre : « Alors, cette fois, nous nous sommes aperçus que notre langue n’avait pas de mots pour exprimer cette offense, la démolition d’un homme. En une fraction de seconde, avec une intuition quasi prophétique, la réalité se révélait à nous : nous sommes arrivés au fond » écrivait Primo Levi (cité par Vecchi, p. 89), faisant le bilan de son internement à Auschwitz III entre janvier 1944 et février 1945. Et Robert Antelme fait le même constat (15).
Voilà donc d’anciens déportés qui, alors même qu’ils se donnent comme objectif d’apporter leur témoignage, constatent à la fois l’impossibilité de le réaliser et la nécessité absolue, incontournable, de dire ce qu’ils ont vécu. Les deux éléments sont à la fois contradictoires et indissolublement liés. Il semble que la seule voie praticable, ce soit d’écrire l’impossibilité d’écrire l’expérience de l’espace concentrationnaire. Ce n’est pourtant pas la direction choisie par ceux qui, parmi les rescapés, ont pris la plume pour décrire leur quotidien quand ils portaient l’uniforme des prisonniers. Il ne s’agit pas seulement de dire l’indicible mais de faire connaître des faits excédant toute norme en matière de morale. Et donc de relater une expérience inouïe, jamais écrite et qui, pour cette raison, enfreint les règles du vraisemblable.
Comment ce projet a-t-il été possible ? Durant les années qui ont suivi le 25 avril s’est développé un doute hyperbolique concernant l’idéologie du régime antérieur et qui demande « Qui sommes-nous ? D’où venons-nous ? Où allons-nous ? » Ce questionnement, commun à l’auteur et au lecteur, et qui met en jeu un projet doté d’une grande force critique vis-à-vis de la guerre en Afrique et de l’argumentaire déployé par le pouvoir pour la fonder en raison, constitue l’horizon d’attente qui organise la réception de ces nouveaux romanciers, lesquels visent un lectorat déjà acquis à l’idée de transgresser les modes de représentation traditionnelle en matière de portugalité, en écartant autant que possible les idées toutes faites inadaptées au temps d’après le colonialisme militaire et en mettant en avant des aspirations, des tensions qui manifestent sans les dévoiler complètement des positions impensables sous l’idéologie salazariste. Car le trauma apparu sur le théâtre des combats se projette inévitablement au niveau symbolique, lequel investit aussi bien la perception que le sujet a de lui-même que le sentiment populaire ; le pays se désolidarisant lui aussi de l’image forgée et entretenue par des pratiques traditionnelles axées sur des prémisses signalées antérieurement. Cet agrandissement de la déchirure explique l’intrication de la réflexion dans la relation des faits.
Encore faut-il la médiation du récit pour que cet élargissement puisse trouver un espace d’expression où se lient (et se lit) le délabrement personnel et le démembrement de l’idéologie politico-religieuse communautaire. Comme l’écrit P. Ricoeur, « il n’est de temps pensé que raconté » (16). Outre qu’il demeure le moyen le plus adapté pour sauver de l’oubli ce qui s’est désagrégé dans la durée, le récit historique se veut simultanément le moyen de réviser le passé national à condition d’être délivré de l’armature conceptuelle qui lui a donné sens et valeur durant des siècles.
Cette finalité est-elle réalisable ? Le récit des temps de guerre véhicule invariablement des fragments de la mémoire collective car l’histoire personnelle croise toujours une autre histoire, supra- personnelle, porteuse de stéréotypes éculés mais virtuellement opérationnels, capables alors de s’immiscer dans la narration du vécu individuel. D’aucuns estimeront que c’est là une donnée irréductible, commune à quiconque tente de se raconter. Cette intrusion représente (réfléchit) une sorte d' »aliénation originaire » qui restitue toute langue en langue de l’autre » (17) si bien que, malgré lui, l’écrivain, expérimente la difficulté qu’il y a à transmettre l’intimité du vécu par et dans un matériau langagier approprié. L’écriture est alors l’occasion d’évaluer le poids d’un passé balisé par le rituel des manifestations officielles, conservé dans des espaces réservés (musées, service des archives), fixé dans des monuments ou des plaques commémoratives posées sur certains édifices etc., tout ceci à la seule fin d’en perpétuer la gloire et de faire vivre la flamme de la légende attachée à certains faits ou personnages importants. Le tout engendre « un habitus national » fait de conventions, d’images, d’ apriorismes dont l’ensemble concourt à actualiser et à légitimer la pérennité orgueilleuse du sentiment d’exception. Tout l’effort de l’écrivain consistera à débusquer de telles traces. À l’issue de son travail, l’insatisfaction peut être de mise ; celui-ci peut ne pas se reconnaître dans ce qu’il a livré au lecteur et estimer qu’il n’est pas parvenu à « fixer les vertiges » (Rimbaud) qu’il a connus en terre africaine.
Mais en règle générale, le romancier portugais n’est pas gêné par un tel écueil. Il lui importe d’abord de prendre le cours de l’Histoire à rebours, de faire découvrir la face cachée de la guerre coloniale, de décrire les atrocités qu’elle a engendrées dans les deux camps, de dévoiler les processus mentaux autorisant et légitimant tortures et tueries aussi bien au niveau des conduites individuelles que sur le plan des institutions qui conditionnent et orientent ces dernières. À ce niveau, le récit s’ouvre sur une interrogation de type philosophique : la présentification des souvenirs et des douleurs dont ils sont porteurs dépasse largement le cadre du texte testimonial ou du récit de vie et induit un ample champ d’investigation qui cerne l’ensemble des conditions de toute nature qui ont permis de pareilles exactions. Révéler « les faciès tragiques » (Vecchi, p. 34) d’une politique qui se voulait conforme au message christique et qui, sur les terres d’outre-mer, réalisait l’exacte antithèse de la morale qui en est issue, c’est découvrir l’envers du système idéologique mis en place par le pouvoir depuis les premières conquêtes territoriales. C’est également demander quels rouages politico-culturels ont été à l’oeuvre dans la concrétisation du Mal. Car même si on admet que les actes de barbarie commis durant la guerre coloniale manifestent au grand jour cette « part obscure de nous-mêmes » que Freud considère comme une structure psychique et donc, comme une donnée naturelle – tout individu étant porteur d’une tendance à la perversion qui l’incite à penser les moyens les plus efficaces pour détruire ses semblables – celle-ci ne peut s’épanouir que dans un contexte humain (familial et environnemental) qui lui est propice (18).
D’où l’intérêt qu’il y a à étudier la manière dont les institutions portugaises concernant les territoires hors-métropole édictées dans les années 1929-1930 et 1953-1954 ont façonné une rationalité socio-politique qui a fondé en raison le racisme, les discriminations, la dévalorisation des pratiques religieuses, des modes d’éducation, des coutumes, des langues locales propres aux autochtones. En ce point, l’auto-biographie événementielle débouche sur un pan essentiel de la philosophie morale contemporaine que M. Foucault nomme biopolitique (il constitue la matière des deux derniers chapitres de l’essai de Vecchi) et qui englobe les techniques disciplinaires mises au point par les responsables des divers « appareils » (famille, école, armée institutions juridiques, médias, partis politiques…) chargés de régir la vie individuelle et de la soumettre aux impératifs de l’idéologie officielle afin de garantir le maintien des rapports sociaux.
Penser la littérature de la guerre coloniale (portugaise) fait donc intervenir, selon Vecchi, un outillage conceptuel important rendu nécessaire par la multiplicité des approches auxquelles elle se prête. Outillage cependant tellement volumineux qu’on peut se demander si l’objet de recherche « littérature de guerre coloniale » n’est pas prétexte à un commentaire fouillé des principaux représentants de la philosophie du siècle écoulé (plus particulièrement de M. Foucault et W. Benjamin) si bien que par endroits, le modèle et son application échangent leur position et que la littérature de guerre coloniale n’est plus le centre de la recherche mais devient simple matière à éclairer les digressions sur ces auteurs.
Au terme de la lecture de l’ouvrage, plusieurs lignes analytiques ont été creusées :
– partant d’une matrice mnésique de nature traumatique, cette littérature supporte une lecture psychanalytique ;
– parce qu’elle exhibe « une plénitude perdue » qui engendre mélancolie et deuil, elle rejoint les mythes et les symboles qui ont forgé le sentiment national d’appartenance à la nation et là, c’est E. Lourenço et sa « psychanalyse mythique » qui intervient ;
– son objectif initial est d’apporter un témoignage personnel sur ces temps passés sous les drapeaux en Afrique. Entre alors en jeu la critique philosophique par les questions qu’il fait naître. Celle-ci se déploie divers niveaux : a) elle interroge la fiabilité et les conditions de réalisation du discours testimonial en général, b) elle met en avant la concrétisation du Mal, notion qui n’est plus simplement une composante du vocabulaire éthico-religieux mais qui prend une dimension politico-historique dès l’instant où sa mise en pratique est une résultante de l’idéologie officielle et des recherches intellectuelles acquises à la politique expansionniste du pays (G. Freyre et sa notion de lusotropicanisme), c) elle se continue par une écriture renversée de l’Histoire où les mythes fondateurs de la nation sont perçus comme porteurs d’une idéologie chargée de fonder la politique de conquête et de masquer les conséquences néfastes de cette entreprise, ce qui est prétexte à une révision de l’idée d’exception et d’exemplarité mise en exergue par Camoens (19) et questionnée par W. Benjamin, d) connectée aux mythes et à l’histoire nationale comme à la vie psychique individuelle, cette littérature possède une dimension tragique qui renvoie à la culture grecque.
Cet appareillage vise ainsi à cerner non pas la littérature de la guerre coloniale en tant que telle mais son apport dans l’intelligibilité du moment historique qu’elle relate et dont elle explore les prémisses et les prolongements en vue d’un questionnement sur les fondements idéologiques de l’impérialisme colonial. C’est dire que, dans l’essai qui nous occupe, les questions afférentes à la construction du récit s’effacent au profit de « sa valeur culturelle et historique », laquelle est jugée première (plus importante) par rapport à sa « valeur littéraire » (Vecchi, p. 181). Autrement dit, les techniques d’écriture, l’approche textuelle, les innovations formelles, ne sont pas prises ne compte en elles-mêmes ; l’auteur n’y fait référence que pour autant qu’elles corroborent une approche historico – philosophique du phénomène colonial dans son ensemble et des conséquences psychiques et culturelles des treize années de guerre qui ont précédé les indépendances des anciennes provinces portugaises d’outre-mer. Par exemple, il se demande si les œuvres développant la thématique de la guerre coloniale constituent un genre littéraire nouveau ou bien si elles entrent dans la catégorie plus générale de la littérature de guerre (cf. p ; 60 sv) mais il n’envisage pas le problème sous l’angle de la littéralité – si cette optique avait été choisie, il aurait fallu dégager les régularités du récit de guerre et déterminer si elles se retrouvent telles quelles chez Lobo Antunes, Manuel Alegre ou Lidia Jorge ou bien si elles sont contournées, mises à l’écart, transformées etc. chez ces romanciers. Telle n’est pas la perspective d’étude choisie. Vecchi aborde le fait littéraire comme médiation permettant d’appréhender la réalité coloniale à partir des stigmates qu’elle a laissés tant chez les combattants que chez les civils qui ont assisté à la fin de l’Empire ; il voit en lui un mode de lecture salutaire car « thérapeutique » des événements vécus et du passé national dans sa globalité par son aptitude à recomposer les situations qui ont engendré le trauma et à retracer les étapes du deuil collectif. Cette littérature n’est donc pas traitée comme ensemble de textes fictionnels usant de moyens d’expression qui lui sont propres (et qui sont destinés à faire connaître la genèse du choc traumatique et ses prolongements au niveau des codes symboliques qui donnent sens à la trajectoire historique de la nation portugaise). Même si Vecchi reconnaît que « l’expérience de la guerre a provoqué une transformation considérable, et ceci principalement sur le plan du discours littéraire (et qu’elle a permis l’apparition) d’un imaginaire et d’un langage originaux et novateurs » (p. 61-62), il maintient au final que « l’histoire du colonialisme a marqué plus les esprits que les représentations littéraires et culturelles » (p. 182). Une telle conclusion consiste à rapporter le texte littéraire à un ensemble de conditions sociales, idéologiques, historiques censées en expliquer le contenu et la visée première. Son intérêt essentiel est de donner accès à cet au-delà, donc à autre chose que la littérature, dans lequel il s’enracine et d’où il tire sens et existence. Pour cette double raison et parce qu’il déborde largement le champ littéraire, sa prégnance s’impose.
Mais ne peut-on pas aborder la littérature de guerre coloniale par un autre biais ? Cette approche incite à examiner les relations entre le littéraire et le moment historique d’où il se manifeste, à penser le mode d’insertion des auteurs concernés dans le domaine éditorial durant la période mentionnée et leur capacité à donner des directives de lecture pour interpréter le fait colonial. La perspective d’étude serait celle de l’analyse du discours et viserait à configurer un espace discursif dans lequel les protagonistes se positionnent de manière quasi identique sur certaines questions politiques, historiques, religieuses, esthétiques, marquant ainsi un écart avec les représentants les plus connus et les plus respectés de la littérature coloniale et définissant par là même une identité narrative inédite mais à forte consistance doctrinale, laquelle prend le contre-pied des thèses et des présupposées salazaristes, reconnaît sa dette envers la psychanalyse, revendique certains auteurs d’avant-garde comme modèles à suivre etc. Ce travail envisagerait les œuvres relevant de la littérature de guerre coloniale tant du point de vue de leurs conditions d’émergence au sein de la production littéraire contemporaine que vis-à-vis des cadres sociaux de leur réception. Ces deux domaines mettent en jeu les médiations très complexes entre les institutions (types d’ouvrages sélectionnés par telle ou telle maison d’édition, prix littéraires, présentation et critiques proposés par tel ou tel média…) et les procédures linguistiques (lexicales, stylistiques, graphiques etc.) par lequel le discours littéraire, en instaurant un microcosme spécifique (l’espace colonial où a évolué l’auteur durant ses années de guerre), légitime les conditions qui rendent ce discours possible. Ce dernier serait au centre de la recherche et ne serait plus un simple palier donnant accès à un objet extérieur au corpus littéraire

(1) Eduardo Lourenço : Portugal como Destino. Dramaturgia Cultural Portuguesa. Lisboa, Ed Gradiva 1999, p. 11.
(2) Roberto Vecchi : Excepçao Atlântica – Pensar a Literatura da Guerra Colonial, Ediçaoes Afrontimento, 2010, 202 pages.
(3) La dernière sera l’ex-URSS ; les républiques socialistes devenant indépendantes au terme de la dislocation du bloc soviétique en décembre 1991.
(4) Pour un plus vaste regard sur les guerres ou actions militaires menées par le Portugal sur le continent africain, on se reportera aux études (10 volumes) de René Pélissier publiées chez l’auteur 78630 Orgeval.
(5) Ces troubles étaient ceux de l’hystérie dans le cas de la jeune fille soignée par le docteur Breuer, lequel, en collaboration avec S. Freud concluait : « Les divers symptômes de l’hystérie ne sont pas des manifestations spontanées, idiopathiques de la maladie, mais sont en étroite connexion avec un trauma provocateur qu’il est possible de retrouver par hypnose et dont la prise de conscience par les malades provoque régulièrement leur guérison » (Du mécanisme psychique des phénomènes hystériques -1893)
(6) Michel Foucault : Archéologie du savoir,Gallimard – p. 31 et 36.
(7) Michel Foucault : op. cit. p. 74.
(8) Michel Foucault : « Nietzche, la généalogie, l’histoire » in Hommage à Jean Hyppolite – Paris, PUF, 1971 – Texte republié dans Michel Foucault : Dits et écrits, Gallimard, 1994 volume II – Texte n° 84. Cité par Vecchi p. 22.
(9) Michel Foucault : « Entretien avec M.F ». Repris dans Dits et écrits op. cit. Volume III – Texte n° 192.
(10) Voir Rui de Azevedo Teixeira : A guerra colonial e o romance portuguesas, Lisboa, Editorial Noticias, 1998 et les divers colloques auxquels il a participé depuis 2001. Voir également le recueil d’études publié sous la direction de Manuel Gama : A guerra colonial (1961-1974), Braga, Centro de Estudos Lusiadas – Universidade de Minho – 2006.
(11) Severini développait ainsi le programme de Marinetti lui conseillant dans une correspondance datée du 20 novembre 1914, de « vivre la guerre plastiquement, de l’étudier dans toutes ses formes mécaniques merveilleuses (convois militaires, fortifications, blessés, ambulances, hôpitaux, parades etc.) ».
(12) S. Freud : « Deuil et Mélancolie » in Métapsychologie (1915), Gallimard, 1986, p. 45-171. Cité d’après sa publication dans la revue Sociétés n° 86 – 2004/4 p. 9.
(13) S. Freud : De la technique psychanalytique, PUF, 1953, p. 105-115.
(14) M. Fouacault : Hommage à J. Hyppolite, PUF, 1971, p. 161.
(15) R. Antelme : « À peine commencions-nous à raconter que nous suffoquions. À nous-mêmes, ce que nous avions à dire commençait alors à nous paraître inimaginable » (L’Espèce humaine, Avant-propos – 1957).
(16) P. Ricoeur : Temps et Récit 1985 – Rééd Seuil-Points, 1991, tome III, p. 435.
(17) J. Derrida : Le Monolinguisme de l’autre, Éd. Galilée, 1996, p. 11.
(18) « On ne naît pas pervers, on le devient en héritant d’une histoire singulière et collective où se mêlent éducation, identifications inconscientes, traumatismes divers… À cet égard, Gilles de Rais et Sade sont autant les enfants de leur siècle que les produits d’une généalogie familiale qui ont fait d’eux ce qu’ils sont devenus » (E. Roudinesco : La Part obscure de nous-mêmes. Une histoire des pervers,2007, Reed Livre de poche 2011 – 126.
(19) « Vois l’Europe chrétienne, qui surpasse et éclipse / Les autres nations pour l’ordre et la puissance. / Et vois l’Afrique, peu prodigue des biens du monde, / Inculte et tout entière livrée à la barbarie ». (Lusiades)
Nice – Bruxelles – Juillet-Août 2013///Article N° : 11781

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