Editorial

Préserver la diversité

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 » Contre la part de rouleau compresseur que vont engendrer les autoroutes de l’information, il faut que surgissent les chemins de traverse, les sentiers et les pistes qui resteront autant de sillons sur lesquels germeront les semences de la diversité et autant de petits ruisseaux qui irrigueront la mémoire des peuples « .
Gaston Kaboré, cinéaste burkinabè

Réalisé en partenariat avec le réseau Anaïs pour contribuer à la préparation de la Rencontre des Passerelles du Développement de février 2000 à Bamako, ce dossier fait des choix.
Tout d’abord celui de ne pas nous enfoncer dans l’étude des politiques de coopération. Tous les organismes internationaux, toutes les coopérations ont des programmes de développement d’internet et travaillent au renforcement des capacités des pays africains. Une étude serait à faire pour mieux saisir les rapports Nord-Sud : une enquête qui dépasse les discours officiels et décèle les contradictions pour ne pas rester superficiel. Cela dépassait les dimensions de ce dossier. Ce partenariat nous a permis de privilégier notre ligne éditoriale : donner au maximum la parole aux acteurs africains eux-mêmes, alliant interviews et reportages de nos correspondants.
Cette parole est forte : elle est celle d’une génération battante, optimiste et lucide qui se saisit d’un outil pour faire bouger l’Afrique. Ce n’est pas l’outil lui-même qui révolutionne (ce que les médias qui tombent dans le panneau voudraient souvent nous faire croire), c’est la manière de se l’approprier. Et le mot révolution n’est sans doute pas de mise, car on sens une profonde continuité historique : celle d’une culture qui a toujours su jouer les syncrétismes pour se fortifier, sans jamais cesser de faire le tri et d’imposer son rythme.
On voit à quel point la problématique de l’appropriation d’internet est proche de celle du développement : il ne s’agit pas de rattraper un retard mais de se saisir d’outils avec un vrai projet qui respecte sa propre culture et ses hommes. Tout en restant conscient de ce qu’est l’outil ! Car le net devient très vite la panacée du grand commerce mondial et confirme le laminage culturel et technologique en cours. La fabuleuse accélération des avancées techniques, loin de le réduire, creuse chaque jour davantage le fossé entre le Nord et le Sud tout en renforçant l’uniformisation du monde.
Nous ne sommes pas dupes de l’idéologie techniciste, néo-libérale et bourrée d’illusions égalitaristes du village planétaire : le fossé technologique et de compétences fait qu’internet n’est pas la connaissance pour tous mais bien une démonstration de plus d’un monde à deux vitesses ! Plus encore, cette idéologie confond technique et contenus : elle masque l’imposition au monde d’une manière de procéder et de penser. Elle oublie que plus on communique, plus les différences apparaissent. Et plus on a tendance à enfermer l’Autre dans sa différence pour finalement le considérer tel qu’on a besoin qu’il soit : celui sur qui projeter ses manques et qu’il faudra prendre en charge pour le faire devenir comme soi. Donc l’appauvrir. Le fardeau de civilisation dont parlait Fanon n’est pas encore sorti des têtes blanches… Si la peur technologique est légitime, ce n’est donc pas seulement dans le fait de se faire bouffer mais aussi dans le fait de se faire enfermer dans ce qu’on est pas, de ne pouvoir vivre son altérité. Cela implique une lutte. Cette parole africaine de la jeune génération affirme clairement son désir de présence dans un monde multiculturel qui ménagerait à chacun, peuples comme individus, une place autonome et responsable.
Le développement d’Africultures est dans cet esprit : partir de simple pour construire un outil durable ; bâtir sans aller trop vite, hors des logiques étatiques, un réseau France-Afrique-Diasporas de personnalités et d’associations qui soit la synergie d’actions autonomes et non la convergence vers un centre. Nous faisons nous aussi le choix des nouvelles technologies en développant un robuste site internet complétant la revue imprimée, tant elles nous offrent l’occasion de surmonter les obstacles du livre en Afrique : sa diffusion et son coût. Mais internet nous offre bien davantage : la possibilité de fédérer des démarches pour rendre compte de la diversité à travers les partenariats avec les associations africaines – et réaliser bientôt sur le web, dans l’égalité et dans la diversité, la revue multirédactionnelle dont nous rêvons.

///Article N° : 1102

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